Back to the frontline !

Nous savons tous que la presse a déclaré forfait, hormis évidemment le Figaro Magazine, le National Geographic ou Géo. Confrontés à cette crise sans précédent, les photojournalistes, jeunes ou chevronnés, locaux ou internationaux, s'interrogent sur leur avenir et sur le poids de leur métier dans l'ère de l'internet et de l'image numérisée.

© Stanley Greene

Cette année encore, le festival Visa pour l'Image offre aux photojournalistes un cadre de réflexion important autour de ces questions, et leur permet de construire une vision de sortie de crise. Mais le malaise est palpable, autant du côté du festival que des photographes. De nombreuses agences ne prennent plus de stand officiel, préférant organiser des rencontres parallèles à celles organisées au Palais des Congrès, afin d'éviter de payer une participation. "C'est couper l'arbre pour avoir le fruit", s'insurge Jean-François Leroy, directeur du festival, qui estime que ce genre de comportement "parasitaire" aura des effets désastreux pour Visa et  pour l'ensemble du métier. "S'il n'y a plus de festival, leurs clients (…) ne viendront plus !"

Stanley Greene parle lui aussi d'inconscience et de non prise-de-risque. Le photographe américain nous met en garde contre les prix photographiques, une fausse bonne idée selon lui. De plus en plus nombreux, les prix et les bourses accordés aujourd'hui représentent parfois la seule source de financement, notamment pour les projets au long cours. Mais à quoi cela sert, s'interroge Stanley Greene, si le travail réalisé finit au fond d'un carton ? Dans une interview accordée à Photographie.com, il affirme : " Je veux aller au front ! Si le photojournalisme fonctionnait toujours, je serais en Syrie (…) et non pas à Paris, en train de faire des portraits à 300 euros pour pouvoir payer mon loyer !" Pour lui, la presse doit remplir son rôle de diffuseur de contenu, faute de quoi le photojournalisme perd tout son sens. Si rien n'empêche l'internet de reprendre le flambeau, "il doit faire preuve de beaucoup plus de créativité," estime le photographe. "On peut faire mieux qu'un pauvre diaporama !" 

© Stanley Greene

Pour le jeune photo-reporter Stephen Dock, l'époque actuelle est celle de la confusion. Il y a quelques semaines, il est revenu avec un reportage sur la guerre en Syrie. Il a eu la surprise d'apprendre que Jean-François Leroy refusait de voir son travail, sous prétexte qu'il avait été réalisé sans garantie. Romain Lacroix du magazine Grazia partage absolument ce point de vue : "Ce serait hypocrite de fermer les yeux sur un départ sans garantie [et donc sans assurances] pour publier les photos à leur retour. Il ne faut pas l'encourager." "Il est vrai qu'il y a de plus en plus de photographes qui sont obligés de prendre ce risque," admet Stephen Dock, "mais si les journaux ne sont plus derrière nous, comment est-on censé faire notre métier ?"

À l'issue du festival Visa pour l'Image, Photographie.com s'est engagé avec Stanley Greene à lancer un vaste débat de réflexion sur l'avenir du métier et les nouvelles sources de financement. 

La rédaction de Photographie.com