Christophe Bertolin : "Révolutions est la suite logique du travail de Rémi Ochlik"

Nouvelles du front

Du 13 janvier 2011 sur l'avenue Bourguiba à Tunis en Tunis, jusqu'au 22 février 2012, jour de l'offensive terrestre lancée par Bachar el-Assad à Homs en Syrie, Rémi Ochlik a couvert les révolutions arabes et raconté la colère et le désespoir des peuples oppressés. Trois mois après sa disparition, sa famille et ses proches font appel au financement participatif pour l'édition du livre Révolutions, du rêve au printemps de Rémi Ochlik, sur la plate-forme de crowdfunding emphas.is. Interview de Christophe Bertolin et Arnaud Brunet, amis du photographe et respectivement membres de IP3 Press et Neus

Tunisie © Rémi Ochlik

Photographie.com : Comment l'idée de réaliser ce livre est-elle née ? 

Christophe Bertolin : Quand Rémi est décédé, nous avons voulu réaliser un livre : pas un livre hommage, mais un livre qui soit la continuité de son travail. Nous avons démarché un éditeur, mais nous avons découvert que Rémi avait l'intention, de son vivant, de sortir un livre avec emphas.is. Nous avons alors fait appel au financement participatif.

Photographie.com : Pourquoi un livre sur le Printemps arabe ? 

Christophe Bertolin : C'est la suite logique de son travail. Rémi a fait un travail extraordinaire sur ces révolutions, un travail très fourni et très complet. Il y a eu d'autres photographes qui ont couvert ces événements, bien sûr, mais je pense que Rémi a marqué les esprits, par son talent, par sa maturité photographique, et par sa jeunesse aussi. 

Ce livre représente une façon de témoigner de ces événements, une manière de garder une trace pour les gens qui ont participé à ces révolutions, et pour les générations futures. Quand il a eu la première révolution en Tunisie, on s'est dit : pourquoi ne pas faire un livre sur cette révolution, et rendre ainsi hommage aux Tunisiens ? Les révolutions se sont enchaînées, et on a préféré attendre un peu et faire un livre sur tout le Printemps arabe. 

Egypte © Rémi Ochlik

Photographie.com : Comment les images présentées dans Révolutions ont-elles été sélectionnées ?

Arnaud Brunet : Je connais Rémi depuis longtemps. Dès son retour de Tunisie, nous avons discuté du Printemps arabe, et il m'a dit qu'il voulait faire un livre ; je lui ai répondu que je lui donnerais un coup de main pour l'éditing. Il construisait ses reportages au fur et à mesure, pour avoir la succession de ce qui se passait dans les différents pays ; chaque fois qu'il revenait, nous faisions un éditing de 20-30 images. 

Comme beaucoup de photographes de news, Rémi ne savait absolument pas sélectionner ses photos pour un travail à long terme. J'ai trouvé des diamants parmi ses clichés, qui étaient parfois partis à la poubelle, parce qu'il ne se donnait pas le temps de regarder son travail et de faire un choix. Il n'avait qu'une envie : travailler et repartir le plus rapidement possible. Lorsqu'il revenait, nous essayions de réduire le nombre de photos, de voir ce qu'il lui manquait. Lorsque je lui disais : il manque ceci, il manque cela, la plupart du temps il me répondait : mais ça je l'ai fait. Il suffisait de chercher au bon endroit.

Après la mort de Rémi, et lorsque nous avons décidé de faire ce livre, nous avons choisi de restreindre le nombre des photos couvrant le Printemps arabe, pour faire le livre que lui il voulait faire.

Libye © Rémi Ochlik 

Photographie.com : Comment le livre est-il organisé ?

Christophe Bertolin : Révolutions suit le Printemps arabe à travers les yeux de Rémi. Il sera organisé par révolution et par pays : l'histoire commence en Tunisie, et finit en Syrie. 

Il y aura des textes écrits par un journaliste, avec des anecdotes des reportages de Rémi. Il y aura aussi une préface signée par un grand photographe. 

Photographie.com : Quelle est pour vous la principale qualité de cet ouvrage ? 

Christophe Bertolin : Ce livre représente le travail réalisé par Rémi sur les révolutions arabes dans sa globalité. C'est un travail où il a beaucoup d'émotion, dans le regard des gens, dans leurs expressions, dans leurs gestes. À seulement 28 ans, Rémi est arrivé à une maturité photographique extraordinaire, et ces images en sont la preuve. 

Syrie  © Rémi Ochlik 

Photographie.com : Quelques jours après le lancement du projet de financement participatif, vous avez déjà quasiment atteint votre objectif…

Nous sommes tous très très contents, il y a eu des dons anonymes, des dons très très élevés, tous les gens se sont mobilisés. Nous sommes surpris, parce que pour le moment il n'y a pas eu beaucoup de communication, cela s'est fait par le bouche à l'oreille et par Facebook

Nous allons tout faire pour que le livre sorte au moment de Visa pour l'image. Le Prix du jeune reporter de la ville de Perpignan sera renommé le Prix Rémi Ochlik, et nous voulons présenter Révolutions à ce moment-là. 

Le livre sera ensuite disponible sur emphas.is, bien sûr, mais aussi dans les librairies photo à Paris, dans le cadre des prochaines expositions qui lui seront dédiées, et nous l'espérons, dans les grandes enseignes. 

Propos recueillis par Roxana Traista

Pour soutenir ce projet, rendez-vous sur emphas.is

 © Rémi Ochlik