L'artiste et critique Joan Fontcuberta est invité ce week-end (dans le cadre du congrès de l'UPP, qui se tiendra du 9 au 10 mars à l'Espace Pierre Cardin à Paris) face aux photographes professionnels, après les avoir qualifiés de dinosaures insouciants devant la tombée du météorite. Direct et catégorique, le verdict du photographe espagnol avait suscité un tollé général dans le monde de l'image il y a quelques années. Et si Joan Fontcuberta avait raison ?

Projection d'un réflectogramme (commissaire d'exposition : Joan Fontcuberta) dans le cadre de ManifestO, Toulouse 2010
Joan Fontcuberta présentait en 2010, dans le cadre du festival de photographie ManifestO à Toulouse, ses célèbres réflectogrammes, des autoportraits réalisés par les amateurs devant un miroir à l'aide d'un petit appareil photo ou un téléphone portable. Recueillies sur Facebook, Flickr et autres pages Internet, ces images - pour certaines on ne peut pas plus intimes - représentent pour le photographe catalan "un baromètre de l'usage de l'image aujourd'hui." Libres de droit et accessibles à tous, ces réflectogrammes ont "une valeur métaphorique," explique l'artiste. "La caméra est l'élément qui symbolise et donne la définition de ce qu'est le geste photographique. Se regarder et l'enregistrer. Le narcissisme et l'exhibitionnisme."

Projection d'un réflectogramme (commissaire d'exposition : Joan Fontcuberta) dans le cadre de ManifestO, Toulouse 2010
Dans un contexte difficile pour la création photographique, les artisans de l'image sont aujourd'hui obligés de se remettre en cause et de revoir les fondations sur lesquelles sont bâties leurs oeuvres. Iconoclaste et radical, Joan Fontcuberta va plus loin que la plupart de ses confrères. Il est convaincu que le renouvellement de son art passe par un retour à une photographie libre de toute référence. "La photographie faite par les photographes professionnels est devenue très ennuyeuse," déclare-t-il. "La photographie faite par les artistes est absolument pathétique. (…) Il faut retrouver une photo sans qualité où l'on projette l'humanisme, la sociologie, l'anthropologie, la politique… Je pense que d'une façon modeste, avec toute la timidité avec laquelle on peut déclencher une nouvelle idée, je propose avec ce projet une façon de faire un reset dans le processus de création photographique."

Projection d'un réflectogramme (commissaire d'exposition : Joan Fontcuberta) dans le cadre de ManifestO, Toulouse 2010
Les photographes professionnels défendent leur savoir-faire et leur regard "avisé" sur le monde, mais force est de constater que la nouvelle création photographique va dans le sens de Joan Fontcuberta. Pour s'en rendre compte du passage de l'image dans le domaine public, il suffit de regarder les oeuvres des nouveaux représentants de la photographie érotique, que nous vous présentons aujourd'hui. Alors que Fabien Delage avoue son attirance pour la photographie amateur assumée, les modèles de Jls Birdy semblent avoir exactement la même liberté que les personnages collectionnés par Joan Fontcuberta. L'ère du Do It Yourself photographique serait-elle déjà là ?
La rédaction de photographie.com

Projection d'un réflectogramme (commissaire d'exposition : Joan Fontcuberta) dans le cadre de ManifestO, Toulouse 2010
UN RESET DANS LA CRÉATION PHOTOGRAPHIQUE
"Dans mon travail il y a déjà un goût pour les images trouvées et d'un certaine façon pour ce que j'appelle le réflectogramme : ce sont des autoportraits que les gens se font face au miroir ou l'appareil photo." "

Projection d'un réflectogramme (commissaire d'exposition : Joan Fontcuberta) dans le cadre de ManifestO, Toulouse 2010
C'est souvent un petit appareil numérique ou un téléphone cellulaire qui sont également pris dans l'image finale. Il y a un dispositif d'enregistrement : la camera et le miroir comme deux éléments qui articulent cette idée de la photographie : l'image et l'enregistrement. Avec ces images que je collectionne depuis des années - j'en ai plus de 30.000 - je réalise des projections vidéo où les images sont présentée dans un rythme frénétique. Cette façon de mitrailler le spectateur avec des images nous parle d'une nouvelle façon de construire l'identité d'une société panoptique où le voyeurisme et l'exhibitionnisme sont en équilibre."

Projection d'un réflectogramme (commissaire d'exposition : Joan Fontcuberta) dans le cadre de ManifestO, Toulouse 2010
"Il y a toute une démarche sociologique et anthropologique. Les images que j'utilise pour cette installation proviennent de page internet de FaceBook, de Flickr, de pages érotiques. Il y a de nombreuses provenances, mais toujours, il s'agit d'images pour lesquelles le public a un accès direct. Les images ne sont pas protégées. Il ne faut pas payer pour accéder à ces images là. Il n'est pas nécessaire de devenir membre. Ce sont des images que tout le monde pourrait regarder si l'on dispose du lien correspondant. De l'autre coté du miroir, c'est le titre de Lewis Caroll."