Enrica Viganò : "La MIA Fair place l'artiste au centre de l'attention"

À l'occasion de la Milan Image Art Fair qui se tiendra du 10 au 12 mai au Superstudio Più à Milan, nous avons rencontré Enrica Viganò, commissaire d'exposition, critique de photographie et organisatrice d'événements culturels. Elle nous explique comment cette manifestation fondée il y a seulement trois ans est en train de changer le marché de la photographie en Italie. (Read the English version of the interview below.)

Photographie.com : Vous faites partie du comité scientifique de la MIA Fair, quel est votre rôle dans le cadre de cette structure ?

Depuis la création de la foire en 2011, tous les membres du comité (qui est composé non pas de galeristes, mais de commissaires d'exposition) travaillent ensemble : on ne peut pas vraiment parler d'une répartition des rôles. Notre mission principale est de proposer de nouvelles idées pour que la MIA Fair reste fidèle à sa réputation de foire innovante. Nous sommes également chargés de sélectionner les artistes indépendants présentés dans le cadre du programme "Proposta MIA". Tous les membres du comité scientifique ont des parcours différents, ce qui fait que nos points de vue sont parfois très différents aussi !  

Photographie.com : Quels ont été vos critères de sélection cette année ? 

Fabio Castelli, fondateur et directeur de la foire, nous a donné une seule consigne : tous les artistes souhaitant faire partie de cette manifestation doivent respecter quelques règles simples qui rendent le marché de l'art fiable. Les informations concernant le nombre de tirages, le papier et les techniques utilisés, la date de création, la durée de vie, etc, doivent être particulièrement visibles pour les visiteurs. On sait très bien que dans le monde de la photographie, il y a, d'un côté, l'idée ou la vision de l'artiste, et de l'autre côté, l'objet qui est exposé et vendu. Pour que ces deux éléments puissent coexister, il faut absolument respecter ces règles qui renforcent la confiance de l'acheteur. C'est ça notre filtre principal. 

Photographie.com : La MIA Fair a attiré près de 20 000 visiteurs l'année dernière. Comment expliquez-vous ce succès ? 

Ce succès s'explique avant tout par l'esprit de la foire, la MIA Fair ressemble beaucoup à une rencontre entre amis ! Le fait que chaque artiste dispose de son propre stand nourrit cette convivialité : les collectionneurs et les amateurs d'art peuvent discuter directement avec les artistes, leur poser des questions par rapport à l'évolution de leur travail, leurs séries en cours, leurs futurs projets, ou les techniques utilisées. Ce genre d'échange est assez rare. 

Il faut aussi rappeler qu'en Italie la plupart des institutions et galeries sont consacrées à l'art classique au détriment de l'art contemporain : la MIA Fair représente donc une excellente occasion pour le public de suivre l'évolution de la création photographique actuelle, découvrir les nouvelles tendances, etc. 

© MIA Fair

Photographie.com : Comment décririez-vous la MIA Fair, par rapport aux grandes foires internationales telle Paris Photo ? 

La principale différence réside dans le fait que chaque artiste a son propre stand et son propre catalogue. La plupart des autres foires sont consacrées aux galeries, alors que la MIA Fair est dédiée aux artistes. Chez nous, le photographe est constamment au centre de l'attention. Les galeries semblent être parfaitement d'accord avec ce principe, même si leur rôle est sensiblement différent par rapport à celui auquel elles sont habituées. Elles restent de tout façon le lien principal entre l'artiste et le collectionneur. 

Une autre différence majeure : contrairement aux grandes foires qui peuvent compter sur leur nom et leur réputation pour attirer du monde, nous sommes obligés d'innover en permanence. Chaque année, nous devons apporter quelque chose de nouveau afin de continuer à exister. 

© MIA Fair

Photographie.com : Quelles sont les surprises cette année ? 

Les surprises sont nombreuses ! Pour donner juste un exemple, nous présentons dans le cadre de "Proposta MIA" - section de la foire qui est consacrée aux artistes émergents - Felice Andreis, un photographe né en 1907 dont les photos témoignent notamment de la vie dans les années 30 !

Je suis également très fière du programme intitulé "Codice MIA" ! Pour la première fois, 45 photographes - sélectionnés par le comité scientifique -, vont soumettre leur travail à un groupe d'experts composé de collectionneurs, conseillers d'art, directeurs de maisons de vente aux enchères, ou responsables de collections privées. Pendant 20 minutes, chaque artiste pourra rencontrer au moins quatre experts. Il s'agit d'une véritable innovation : à ma connaissance, nous sommes les seuls dans le monde à proposer une manifestation de ce type !

Une autre raison pour venir nous voir : la MIA Fair est une sorte de sismographe dans le domaine de la jeune photographie d'art italienne ! Nous avons invité cette année beaucoup de galeries et d'artistes étrangers, mais notre foire reste le meilleur endroit pour découvrir la photographie italienne de demain !

© MIA Fair

Photographie.com : Fabio Castelli expliquait l'année dernière dans une interview que le marché italien s'était ouvert relativement tard à la photographie en tant qu'oeuvre d'art. Quels sont les avantages de Milan, par rapport à Paris ou New York ?

Milan a toujours joué un rôle essentiel dans le monde du design, de la publicité, de la mode ou de l'édition. La ville a attiré beaucoup de talents au fil du temps, qui ont donné naissance à un milieu riche intellectuellement, que le public international doit encore découvrir. J'ajouterais que dans un marché relativement nouveau, il est plus facile de faire de "bonnes affaires." Les prix sont raisonnables, et les collectionneurs sont davantage motivés par leur passion que par la spéculation.

Propos recueillis par Roxana Traista

7/05/2013



(English Version) 

Enrica Viganò speaks with Photographie.com

Art event organizer, photographic critic and photographic event organizer Enrica Viganò speaks with Photographie.com about her work inside the MIA Fair. 

Photographie.com : You are one of the members of the scientific committee of MIA Fair, can you tell us a few words about your role inside this committee?

Since the beginning of MIA fair the scientific committee has been working together. There is not such a thing as a separation of roles; rather we are called to provide new ideas so that MIA can be up to its fame of an original fair. Of course one of our important jobs is that of selecting the artists taking part to “Proposta MIA”, the selection of photographers who cannot count on a gallery presented by the fair itself, one of the points of originality of MIA that started with its beginning. We try to make MIA fresh and innovative each year. We of the scientific committee have different stories and experiences, bring different points of view to the work table and unusually to the rest of art fairs, here there are not gallerists in the selection committee, but curators!

Photographie.com : Tell us a few words about the galleries and artists presented this year. What were your selection criteria ?

There is one thing our founder, Fabio Castelli, has been very clear about since the beginning of MIA. Anybody who presents himself, be he an artist or a gallery, must comply to the simple rules that make an art market reliable. Declarations of  editions, of the materials used and their resistance to aging, of the date of the work and print must be all very clear and readable for the visitor. We all know very well that in the photographic market there is always a coexistence of different factors, the idea and vision of the artist and the object that is exhibited and sold. In order to keep things together, a great strictness is necessary, a respect of the basic rules that can feed the confidence of the buyer. That’s our main filter.

© MIA Fair

Photographie.com : MIA Fair attracted 20 000 visitors last year. How do you explain this success ? Where does the force of the fair come from ?

First of all it’s the atmosphere. The official part of the fair is kept to a minimum: it’s a gathering of friends, really. I think this friendly atmosphere is contagious: just think to the fact that the formula, one artist for each stand, often permits a direct contact with artists. Collectors and aspiring collectors can ask artists about the evolution of their work, or about works in progress, future projects, or about the technical processes they use. It’s not something you can do very often.

Moreover, keep in mind that Milan is an important art showcase, while large parts of Italy cannot count on exhibitions or museum institutions that constantly work on photography. You know, we have so much classic art that spaces and resources for contemporary art are smaller than elsewhere. So for many people around Italy MIA is a chance to get the taste of how things are moving in realm of photographic art, what the tendencies are, and so on.  

Photographie.com : How would you describe MIA Fair, as compared with other big fairs such as Paris Photo ?

The main difference is the formula MIA was based on from its foundation: one stand for each artist, one small catalogue for each artist. We could say that other art fairs are mainly gallery fairs, while MIA is an example of authors’ fairs. The artist is at the center of the stage. Since it works, galleries are glad for the solution even if seemingly their role is different than elsewhere. Their function as middleman between the artist and the collector is unmatched anyway. We also are compelled be much more careful about innovation. Big fairs can live on their name. We must invent something each year to earn media and public attention.

Photographie.com : Will there be any "surprises" or new artists you would like to talk about ?

There are many possible surprises. Just as an example, Proposta MIA, the section devoted to emerging artists,  not necessarily young, but where young artists tend to appear, presents this year Felice Andreis, an author born in 1907 and still living with his subtle photographs shot mainly in the Thirties of last century. Another source of interest is in the fact that MIA is a seismograph of where Italian fine art photography is going, what its trends are. There is a considerable number of foreign galleries and foreign artists, but let’s say that this is the only place where you can get hints of future about Italian photography.

© MIA Fair

Photographie.com : How can the new Collector's corner help people interested in buying photography ?

The aim behind Collector’s corner is that of providing the collectors and would-be collectors with hard to find services, like specialized insurance, high quality framing, restoration and preservation. Italy has a strong tradition of handicraft, but often those services are placed in rather scattered districts. The collector must feel there is a growing supply chain that can stand beside him, and that he will not be left alone after buying a work.

Photographie.com : Vous introduisez cette année le "Collector's corner", un nouvel espace de rencontre dédié aux collectionneurs. Pouvez-vous nous en dire plus ? 

Le "Collector's corner" vise à offrir aux collectionneurs et aux futurs collectionneurs des informations utiles concernant des services pas toujours faciles à identifier, comme par exemple l'assurance, le cadrage, ou la restauration des oeuvres. Nous avons en Italie un réseau impressionnant d'artisans, mais ce n'est pas toujours facile de trouver la bonne personne au bon moment. Nous voulons que les collectionneurs sachent qu'ils peuvent s'appuyer sur un reseau solide de spécialistes, et qu'il ne sont pas seuls suite à l'acquisition d'une oeuvre d'art.     

Photographie.com : What are the other new features introduced this year at the MIA Fair ?

I am very proud of Codice MIA, Code MIA as you may call it. For the first time a small number of artists, 45, selected by the scientific committee, will submit their work to some of the leading experts at international collecting, collectors themselves, art advisors, directors of auction houses or corporate collections. Each author will have a 20 minutes meeting with at least four experts, an invaluable experience, very complicated to organize, that will be a real first of MIA: we have been unable to find any previous example anywhere in the world, in which the reviewers are exclusively and strictly linked to active photography collecting!

Another one is Four Hands sections: five artists will exhibit together with their printer, and their work will be signed both by the photographer and the printer. We try to underline the fact that the printer can be an essential part of a reliable process.

There is also a new prize, with the support of Io Donna magazine and Eberhard, a watch company, awarded to an important archive.

Photographie.com : Do you feel a growing interest from Italian and foreign collectors in young photographers ?

There is always an interest in fresh visions and ideas brought forward by young photographers. Often their access to big collections is limited by the aversion to risk. The fact of sharing a showcase with established masters can be a great help. It’s somehow physiological: if the market grows, so will do the readiness to accept new experiences.

Photographie.com : As Fabio Castelli explained last year, the market for art photography is rather new in Italy. What are Milano's advantages, as compared with other "capitals" of photography (Paris, New York) ?

Milano has historically been one of the international centers of design, advertising, fashion, publishing. So a great number of talents have been working here since the end of WWII. It’s an intellectually rich environment, which in part has still to be discovered by the international public. Moreover, in a new market it is easier to make good deals. Prices are not inflated, and the drive of collectors is passion more than the hope of a good speculation or the search for prestige. There are other places for that.

7/05/2013