Jean-Louis Fernandez, témoin privilégié des artistes

Visa pour l'Image

Photographe de scène depuis de nombreuses années, Jean-Louis Fernandez est le témoin privilégié des artistes, des premières répétitions aux représentations. Il s'exprime sur son amour pour le processus de création, et sur les difficultés du métier de réalisateur des soirées de Visa pour l'Image.

Dolly Albertin, Compagnie Pippo Delbono. Préparation du spectacle Questo Buio Feroce. Comédie de Clermont-Ferrand, 2010. © Jean-Louis Fernandez

Photographie.com : Comment devient-on photographe de scène ?

Je suis passionné par le spectacle vivant, le théâtre, la danse, maintenant l'opéra. Ce que j'aime photographier, ou en tout cas essayer de saisir, ce sont tous les moments de création d'un spectacle, du premier jour où les comédiens se retrouvent autour de la table, commencent à répéter, faire des impros dans la salle de répétitions ou sur la scène, jusqu'au moment où le spectacle se construit. Je fais aussi des photos du spectacle fini - pour la communication des compagnies ou pour la presse -, mais ce qui m'intéresse réellement c'est de faire un travail de mémoire pour ces artistes-là. 

Quand l'interprète est en train de se préparer, il devient l'Autre, et il s'abandonne, il se concentre, il a des doutes, il est content, il passe un coup de téléphone à sa famille qui ne l'a pas vu depuis trois semaines parce qu'il est en tournée. A ce moment-là, il est important pour le photographe de se faire le plus discret possible, de se faire accepter par l'autre... C'est comme si on jouait au chat et à la souris : être à côté du metteur en scène, derrière le metteur en scène, devant le metteur en scène, jusqu'au moment où on m'oublie et tout est possible, je suis là et je ne suis pas là. Je fais des photos mais on ne me voit pas. 

James Thierrée. Raoul. Comédie de Clermont-Ferrand, 2010. © Jean-Louis Fernandez

Photographie.com : Il est rare de voir un travail de ce genre à Visa pour l'Image...

Jean-François connait depuis longtemps mon travail de spectacle vivant, il y a eu trois projections sur Pina Bausch, sur Pippo Delbono, Wajdi Mouawad. Quand la ville de Perpignan lui a proposé de faire une exposition au nouveau théâtre de l'Archipel, il a tout de suite pensé à moi et m'a dit : "S'il doit y avoir une exposition dans ce lieu, il faut que ça soit toi". J'en suis très fier.  

Photographie.com : Cela fait dix ans que vous êtes l'un des réalisateurs des soirées de projection de Visa pour l'Image. Est-ce un exercice difficile ?

C'est difficile quand tout d'un coup, il y a beaucoup d'images et on doit faire un choix. Moi je m'occupe plus précisément de toute l'actualité des mois écoulés. Cela fait plusieurs années que je fais ce travail, et c'est vrai qu'avec le numérique, il y a beaucoup plus de propositions. Pour deux mois d'actualités, je me retrouve avec entre 10 000 et 15 000 images de toutes agences confondues. Au final, je dois choisir 350 photos. Souvent, il y a de très belles photos, il y a de très beaux regards, c'est très dur de faire un choix. 

Propos recueillis par Didier de Faÿs et Roxana Traista 

13/09/2012