Julie Cerise. Ces femmes qui travaillent dans nos campagnes

À travers sa série "Les petites bottes ont de grands pieds," exposée jusqu'au 6 octobre 2012 dans le cadre du festival ManifestO à Toulouse, la jeunes photographe Julie Cerise rend hommage aux femmes-agricultrices. Dans un milieu très masculin, elles se battent toujours pour une pleine et entière parité. Interview. 

© Julie Cerise

 

Photographie.com : Comment êtes-vous devenue photographe ?

En 2004, je suis partie vivre au États-Unis. J'ai commencé par photographier mes souvenirs, mon quotidien.

Peu après, j'ai remarqué que les Américains adoraient se mettre en scène devant un appareil photo. Les murs des maisons américaines sont recouverts de portraits pris chez un photographe professionnel. Ces photographies un peu ringardes, où chacun affiche ses hobbies ou sa tenue du dimanche, m'ont donné envie d'aller un peu plus loin et de raconter des histoires à travers des images.

J'ai commencé par des séries d'auto-portraits. Plus tard, je faisais poser les amis, et les personnes rencontrées au hasard. J'ai créé un blog, sur lequel je postais mes photos. J'ai reçu énormément de soutien de la part d'inconnus. L'année qui suivit, je travaillais à mettre en scène les produits de jeunes créateurs.

En 2007, un matin du mois de mai, je reçois un e-mail d'un directeur artistique américain me demandant de réaliser la future campagne écossaise contre le viol. C'est un beau projet, un grand projet. Quelques mois plus tard, je m'envole vers l'Écosse.

© Julie Cerise

Photographie.com : Votre série "Les petites bottes ont de grands pieds" raconte la vie des agricultrices françaises. Comment ce travail est-il né ?

Un peu au hasard. C'est sur un marché que j'ai rencontré Séverine qui vendait du miel bio ("Milabeille"). Elle m'a intriguée. J'ai eu envie d'en savoir plus sur ces femmes qui travaillent dans nos campagnes. J'ai contacté la journaliste Marie Cochard, et elle a tout de suite été emballée pour me suivre dans ce projet.

Ensemble, nous avons décidé de raconter l'histoire des bottes qui n'arrêtent pas de courir.

Photographie.com : Qu'avez-vous essayé de montrer ?

Premièrement et tout simplement, que ces femmes existent. Dans nos têtes, l'agriculture reste un métier d'homme. Depuis toujours, les femmes ont pourtant travaillé les terres dans l'ombre de leur compagnon.

Les choses ont commencé à changer : de vrais statuts ont été créés, comme celui de conjointe-collaboratrice par exemple, qui leur offre une protection sociale.

Mais certaines ont encore parfois du mal à obtenir de la légitimité dans un milieu si masculin.

© Julie Cerise

Photographie.com :  Qui sont les personnes que vous avez photographiées ? À quoi ressemble leur quotidien ?

J'ai pris les routes de nos campagnes et je suis allée à la rencontre des femmes qui du bout des bras nous fabriquent tout un monde.

Je suis passée par chez Josette qui fait pousser l'ail, puis chez Pauline et ses chèvre dans les montagnes, et un plus bas chez Séverine et les abeilles.

Il y a Céline aussi, qui cultive des pommes, des prunes et autres cerises.

Elle m'ont prêté un peu de temps et je les ai regardées faire.

Leurs vies sont différentes. Certaines travaillent seules, d'autres aux côtés de leur mari. Mais elles se rejoignent toutes dans un combat quotidien pour produire bien, dans le respect de leur environnement.

Photographie.com : Quelle est la relation entre la mise en scène et votre travail ?

La mise en scène est présente dans ce sujet, à travers les portraits mais aussi les autres images. J'envisageais la partie reportage de manière plus ludique. Je voulais raconter leur histoire individuelle en conservant un aspect plus universel, mais aussi en mettant en valeur leur travail en photographiant les gestes quotidiens de manière esthétique.

En discutant avec elles, nous avons choisi les moments clés de leur journée, puis je les ai mis en scène.

Photographie.com : Allez-vous poursuivre ce travail ?

J'adorerais pouvoir le faire. Ce travail a été passionnant, il m'a permis de rencontrer de très belles personnes. Et puis il y a encore des choses à raconter ! 

Propos recueillis par Roxana Traista

26/09/2012