Kyriakos Kaziras : "La photographie animalière est une photographie de terrain, d’instants"

Interview

À l'occasion de la sortie de son premier ouvrage "Animal Emotion" (aux éditions VILO), nous avons interviewé le photographe animalier Kyriakos Kaziras. Né en Grèce, ce passionné de la nature et des animaux partage sa vie entre Athènes et Paris, et réalise de nombreux reportages en Afrique, en Asie, en Amérique latine et du Nord, et dans les régions polaires. Tendres et émouvantes, ses photographies saisissent la beauté et la fragilité de la vie sauvage.

(c) Kyriakos Kaziras

(c) Kyriakos Kaziras

Photographie.com : Vous avez étudié la littérature française à la Sorbonne, avant de vous lancer en 2003 comme photographe professionnel…

Je n’avais jamais pensé à devenir photographe animalier. Lors de mon premier voyage en Afrique Australe, j’ai été subjugué par la beauté de la nature, les lumières, la sensation de liberté et de force qui se dégageaient des espaces vierges et encore sauvages et des animaux qui y vivent.

Je ne savais pas encore que je deviendrais photographe animalier mais je savais que j’y reviendrais souvent.

Photographie.com : Vous êtes photographe autodidacte, comment avez-vous appris votre métier ?

Je n’ai jamais pris de cours. J’ai appris la technique photographique sur le terrain. Mon grand-père paternel qui était peintre m’a très tôt sensibilisé à la peinture, aux couleurs, aux perspectives, aux lumières. Il a formé mon regard.

(c) Kyriakos Kaziras

(c) Kyriakos Kaziras

Photographie.com : Pourquoi avoir choisi la photographie animalière ?

La photographie animalière est une photographie de terrain, d’instants. Il faut composer une image en quelques secondes. Ce qui me séduit c’est que le photographe doit s’adapter au sujet. Il ne créé pas un décor de toute pièce, il ne maîtrise pas ses modèles. Les lumières et les couleurs qui existent dans la nature sont d’une intensité qu’il est très difficile de recréer en studio. Enfin, il n’y a pas de seconde prise…

Photographie.com : Certains animaux que vous avez photographiés - je pense notamment aux ours polaires - sont particulièrement dangereux pour l'homme. Quelles règles faut-il respecter lorsqu'on photographie ces animaux ?

L'ours polaire est le plus grand prédateur terrestre pour l’homme. Il se nourrit exclusivement de viande. Quant il s’approche il ne cherche ni à nous intimider ni à nous provoquer, mais il recherche une proie à manger.

Pour photographier les animaux dangereux, il faut respecter certaines précautions. Ne jamais paniquer, ne pas gesticuler, être calme, silencieux, les suivre constamment du regard. Il faut toujours être très respectueux des animaux sauvages qui demeurent imprévisibles.

(c) Kyriakos Kaziras

Photographie.com : Y a-t-il un épisode difficile que vous souhaitez évoquer ?

Un épisode difficile non, des épisodes qui m’ont marqué, oui.

Lors d’une expédition au Rwanda, à la frontière du Congo, j’ai tenté d’approcher une famille de gorilles. Ce groupe n’était pas habitué et était très méfiant. Ils reculaient à chacune de mes approches. Au bout d’un certain temps, un jeune mâle s’est finalement approché pour faire connaissance. Après une première tape sur l’épaule gauche, il m’a salué par un coup de poing dans la cage thoracique. J’ai été propulsé à quelques mètres. Après cette entrée en matière très virile, le groupe m’a enfin laissé l’approcher.

Les bleus n'ont duré que quelques semaines, mais le souvenir, lui, reste.

(c) Kyriakos Kaziras

Photographie.com : Vous êtes photographe, mais avant tout, vous êtes un véritable amoureux de la faune et de la nature. La photographie est-elle pour vous un moyen de transmettre cet amour et lutter pour la protection de l'environnement ?

Bien sûr. La nature est belle mais fragile. L’impact de l’homme se fait de plus en plus ressentir, l’extinction des espèces s’accélère. Il est important de prendre conscience de la beauté qui nous entoure et qu’il est de notre devoir de la protéger. Je pense qu’il faut montrer la beauté de la nature et des animaux pour faire prendre conscience à ceux qui n’ont pas la chance de voyager de l’importance de préserver ces environnements.

Heureusement, il demeure encore des endroits sauvages et préservés sur la planète.

(c) Kyriakos Kaziras

Photographie.com : Vous avez photographié les animaux en Asie, en Amérique Latine, du Nord, dans les Régions Polaires. Quelle rencontre (avec un animal) vous a le plus marqué ?

Il n’y a pas une rencontre en particulier, mais des rencontres. La première rencontre avec un animal sauvage est toujours un moment d’émotion très fort. Le premier regard d’un chimpanzé, le premier ours polaire aperçu sur un rocher avec son petit entre les pattes, le premier regard d’un léopard, le pas silencieux d’un éléphant…

(c) Kyriakos Kaziras

(c) Kyriakos Kaziras

Photographie.com : Vos photographies suggèrent une incroyable complicité avec les animaux. Pouvez-vous nous expliquer comment se déroulent les prises de vues ?

Je travaille avec des guides que je connais bien, et qui ont une excellente connaissance de la région où je suis et des animaux. Le meilleur photographe ne peut rien faire sans sujet. Le guide, lui, permet de trouver les animaux en toute sécurité. 

Après, le photographe doit faire son travail, se placer et tenter d’anticiper les mouvements pour pouvoir capter un instant. Il doit se passer quelque chose. Pour les portraits, j’ai besoin d’avoir un contact visuel avec l’animal, qu’il se passe quelque chose entre lui et moi, et ensuite seulement je déclenche. Pour les photos d’actions, je travaille en mode rafale. 

Une de mes meilleures séries, c’est une chasse de guépard au lever du soleil, à 6400 ISO, avec le Canon 1 Dx et le nouveau 600 mm f/4. L’autofocus en suivi du sujet en ignorant les obstacles m’a permis pendant toute la durée de la chasse de conserver la mise au point fixée sur le guépard, malgré les herbes et les arbres. Dans des conditions difficiles, le matériel prend toute son importance. Vous pouvez voir cette série sur ma page facebook.

(c) Kyriakos Kaziras

Photographie.com : Parlez-nous de votre livre paru aux éditions VILO. Comment ce projet éditorial est-il né ?

L’idée est née en discutant avec un ami. Il aimait beaucoup mes photos, et m’a poussé à les partager. Ce livre représente six ans de travail. J’ai souhaité un livre avec très peu de texte qui mette en valeur les photographies et permette de transmettre les émotions ressenties lors des prises de vues.

Il est possible de commander le livre avec une dédicace personnalisée directement sur mon site www.kaziphoto.com

Photographie.com : Quels sont les animaux que vous rêvez de photographier ?

J’espère avoir la chance de photographier un jour une panthère nébuleuse, ou au moins d’en apercevoir une dans son environnement naturel.

Photographie.com : Vous avez remporté l'année dernière le Zoom du Public organisé par le Salon de la Photo. Cette récompense est-elle importante pour vous ?

Oui. Pour plusieurs raisons. Denis Boyard du magazine Déclic Photo a cru en mon travail.

Cette récompense m’a donné l’opportunité de rencontrer un public très large lors du dernier Salon de la photo et de leur faire partager mes photos. Beaucoup de personnes m’on dit ne pas aimer particulièrement la photo animalière, mais aimer mes photos.

Photographie.com : Quels projets pour l'avenir ?

Une nouvelle exposition, basée sur Animal émotion, et consacrée principalement aux ours se tiendra du vendredi 22 mars au dimanche 19 mai 2013 à la Galerie BLINPLUSBLIN (à Monfort l’Amaury (78490) – 1 bis rue Amaury).

En juin, je retourne au Kenya dans la Mara North Conservancy.

Au début du mois d’août une nouvelle expédition arctique pour monter jusqu’à la banquise.

Mi-septembre, je repars un mois dans le nord de l’Alaska, essayer de faire un reportage sur les ours polaires.

Propos recueillis par Roxana Traista

28/02/2013

Animal Emotion de Kyriakos Kaziras, préface de Pierre Ménès. Aux Editions VILO. 240 pages - 28 x 32 cm - 38€

Exposition en cours jusqu’au 15 mars 2013 à la Galerie Janos (rue Christine – 75006)

Prochaine exposition du  23 mars au 19 mai 2013 – Galerie BlinplusBlin à Monfort L’Amaury (78)