Il fut un temps où les photographes professionnels ÉTAIENT la photographie. Seuls détenteurs des secrets d'utilisation des rares appareils photographiques, les photographes professionnels et leur savoir-faire étaient indispensables au monde de l'image. Combien les choses ont changé ! Des appareils plus rapides prennent des photos avant même qu'on ait appuyé sur le bouton ; grâce à une riche littérature spécialisée, même les nuls peuvent maîtriser les bases du métier ; la plus grande agence de diffusion qui soit, l'Internet, déverse quotidiennement devant nos yeux un nombre incalculable d'images. Dans ce contexte de libéralisation extrême de l'image, quelle place pour les professionnels ?

Juan Fontcuberta invité d'honneur au congrès de l'UPP
À moins de six semaines de l'élection présidentielle, on aurait pensé que l'espace Pierre Cardin à Paris, qui vient d'accueillir le congrès de l'Union des Photographes Professionnels / Auteurs (UPP), grouillerait d'hommes et de femmes politiques, à la recherche de visibilité médiatique. Au final, seul Jean-Michel Gremillet du Front de Gauche a répondu à l'invitation des photographes professionnels. Pourquoi la classe politique snobe-t-elle une organisation dont le nombre de membres ne cesse d'augmenter, et une communauté forte d'environ 12 000 membres (et autant de possibles électeurs) ?

Philippe Schlienger, président de l'UPP et Daniel Barroy, directeur de la Mission de la Photographie du ministère de la Culture
"Les photographes professionnels ne constituent pas une priorité dans les agendas déjà bien chargés des politiques," analyse Philippe Schlienger, président de l'UPP. "Il y a une vraie méconnaissance de notre métier, c'est peut-être l'une des raisons pour laquelle les politiques n'ont pas assez de sensibilité vis-à-vis de nos problèmes. Je pense aussi qu'ils n'aiment pas être pris au dépourvu lors d'un débat : plutôt que de prendre le risque de répondre à coté, ou d'avouer tout simplement qu'ils n'ont pas de réponse à nos problèmes, ils ont préféré ne pas se déplacer."
Pour Jorge Alvarez-Iberlucea, photojournaliste et Secrétaire Général de l'UPP, l'absence de politiques révèle non seulement un décalage entre les problèmes des uns et les préoccupations des autres, mais aussi une grave indifférence alimentée par l'abondance photographique. Si le monde est inondé par les images des amateurs, qui s'apercevra de la disparition des photographes professionnels ? "On se rend compte que l'électricité existe lorsqu'il y a une panne d'électricité," explique Jorge Alvarez-Iberlucea. "C'est pareil pour la photo : elle est partout, n'importe qui peut faire clic-clac et avoir de belles tâches de couleur. Mais la valeur de l'image est inexistante." Pourtant Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, et Daniel Barroy chef de la Mission de la Photographie initiée en 2010, font figure de défenseurs solitaires d'un métier rudement mis à l'épreuve.

La photographie et le photographes n'intéressent pas les partis politiques : ni l'UMP ni le PS n'ont daigné repondre à l'invitation de l'UPP.
Seul Jean-Michel Gremillet du Front de gauche a souhaité rencontrer les photographes professionnels.
Les professionnels de l'image sont ainsi convaincus qu'ils ont toujours une carte gagnante à jouer, celle de la qualité de leur travail. Si l'ubiquité des photographes amateurs (dont parlait le photographe catalan Joan Fontcuberta invité au congrès) est incontestable, la valeur et la crédibilité de leurs créations restent incertaines. "Il y a eu une période dans l'histoire de la représentation, entre les années 60 et 90, où la photo pouvait se faire uniquement à travers de professionnels qui maitrisaient les outils technologiques et qui étaient des artistes," commente le photographe Carlos Muñoz Yagüe qui est également le vice-président de l'UPP. "Aujourd'hui, nous avons perdu la première moitié, c'est-à-dire la maîtrise des outils technologiques, parce que les outils technologiques sont devenu très faciles à utiliser. Mais il nous reste la deuxième moitié : à nous d'être des artistes, des auteurs de talent innovateurs !" C'est à ce prix que les professionnels pourront rester dans la photographie.

Lors du congrès de l'UPP Alexandre Brachet présente un Webdocumentaire sur les présidentielles 2012, coproduit par Upian, Myop et Radio France
La rédaction de Photographie.com