Le meurtre d’un journaliste est-il un crime de guerre ? C’est la question que se pose Aidan Sullivan de Reportage by Getty Images après la mort de Chris Hondros, Tim Hetherington, Rémi Ochlik, Marie Colvin et bien d’autres photographes et journalistes, locaux et internationaux.

© Rémi Ochlik
L’idée est de sensibiliser le public aux risques qu’encourent les journalistes lorsqu’ils couvrent des conflits comme le Printemps Arabe. La solution ? Fédérer autour de la même cause les médias du monde entier pour instaurer un black-out sur l’actualité – surtout en zone de conflits – pendant une journée.
Mais la proposition ne fait pas l’unanimité. « Je pense que c’est une idée intéressante, mais le mot utilisé par les Khmers pour désigner un journaliste est le même mot qu’ils utilisent pour un propagandiste, explique Gary Knight de l’agence VII Photo. J’en parle parce qu’aujourd’hui les standards du journalisme sont flexibles et son interprétation n’est pas très ferme. Par exemple, il y a des journalistes qui ont un parti-pris lors d’un conflit, donc il est assez difficile de demander à la Convention de Genève de protéger des gens qui sont, en somme, les porte-paroles des protagonistes d’une guerre. »
À la place, Gary Knight préférerait voir la communauté journalistique se mettre d’accord sur la définition du journalisme. « Peut-être devrions-nous reprendre le contrôle de la discussion qui se fait autour du rôle du journaliste, explique-t-il. » Mais, rajoute le photographe Brent Stirton de l’agence Reportage by Getty Images, le problème trouve son origine au sein même de la communauté. « Nous vivons dans une bulle, et je ne pense pas que la majorité du public se rende réellement compte de l’importance du travail que nous faisons. Nous devons remettre en valeur ce travail. Nous devons montrer ce qu’il se passerait si nous n’étions pas là. Et pour cela, nous devons créer une unité au sein de notre communauté. »
D’ici là, les jeunes photographes continueront à partir en zones de conflits sans un support optimum pour assurer leur sécurité, comme ce fut le cas pour la photographe Nicole Tung qui a vécu sa première expérience en zone de guerre en Libye l’année dernière. « J’y suis allée toute seule, dit-elle. Mais j’ai eu la chance de me retrouver au milieu de photographes professionnels qui savaient ce qu’ils faisaient. J’ai beaucoup appris d’eux : comment ils bougeaient, comment ils travaillaient, et les calculs qu’ils faisaient pour éviter le pire. J’ai rencontré quelqu’un qui m’a passé un gilet pare-balle et qui m’a donné des leçons de premier secours. C’est de cette façon que j’ai appris. J’ai eu de la chance. »
Mais en Syrie, où très peu de journalistes s’y aventurent, ce type de support n’existe pas, et avec la crise de la presse qui limite les commandes, de nombreux journalistes se retrouvent sans assurance et sans support, en quête d’une publication éventuelle dès leur retour. « Ce n’est pas facile, admet Nicole Tung. » Mais, rajoutent Gary Knight et Jon Jones du Sunday Times Magazine, en Bosnie, il y a 20 ans, c’était la même chose.
Olivier Laurent
British Journal of Photography
5/09/2012