Nikon 1v : le paysage photographique

Pour la photo et la vidéo
par Thierry Dehesdin

L'évolution de la technologie, la demande des consommateurs et la survie de l'industrie photographique traditionnelle se traduisent par l'émergence d'un grand nombre de nouveaux appareils dont le concept pourrait se résumer en un slogan: "Small is beautiful". 

Nikon V1 - Thierry Dehesdin

Cette nouvelle génération d'appareils est destinées à deux populations différentes, celles des smartphone et celle des reflex.

La génération smartphone  Il faut conquérir ou reconquérir un public qui aujourd'hui se contente de son smartphone pour réaliser des images parce que les appareils numériques compacts traditionnels, malgré leur supériorité ergonomique, ne semblent plus suffisamment différents qualitativement des téléphones portables pour justifier le fait de prendre un appareil photo en plus de son téléphone. Ce qu'il apprécie dans les smartphones, c'est leur disponibilité et leur facilité d'utilisation. On retrouve un phénomène comparable à celui des appareils jetables en argentique, avec un grand nombre de gens qui se sont mis à prendre des photos parce que, paradoxalement, leur outil ne ressemblait pas à un "véritable" appareil photo. Sa simplicité de mise en oeuvre et leur familiarité avec l'objet, lui enlève tout ce qu'un appareil plus sophistiqué peut avoir d'intimidant. Il n'en reste pas moins que leur pratique se développant, les limites d'un smartphone ont pu commencer à les gêner. Son ergonomie est déplorable (après tout un téléphone c'est quand même plus conçu pour téléphoner que pour photographier), sa focale est fixe (ce point est en train d'évoluer avec l'apparition de compléments optiques, même si pour l'instant ça relève plus du gadget) et surtout la médiocrité des images qu'ils délivrent lorsque l'éclairage disponible est réduit laissent un créneau à des appareils dédiés et plus performants. Ce point me semble essentiel pour la plupart de ces utilisateurs qui veulent pouvoir utiliser leur appareil comme un bloc-note. Qu'il s'agisse de réaliser des photographies à l'occasion d'une réunion familiale, dans un Musée ou lors d'une exposition, dans un évènement festif ou pendant un cours, la lumière est le plus souvent réduite. Cette limite des smart-phones en basse lumière, ne prend pas son origine dans le nombre de pixels de leur capteur (mon Nokia N8 est doté de 12 mégapixels, c'est à dire autant que le Nikon D3s qui est un des tous derniers appareils professionnels de Nikon), mais dans leur dimension. À superficie équivalente, plus le nombre de pixels d'un capteur est élevé, et plus ses performances en basse lumière seront mauvaises parce que plus on augmente la sensibilité de son capteur, et plus vite la qualité de l'image se dégrade. J'ai développé ce point sur Culture Visuelle dans un article rédigé lors de l'annonce des nouveaux Nikon.

La part de marché des petits compacts numériques décroit régulièrement

L'enjeu économique est important parce que si les marges sont faibles sur les petits compacts numériques, leurs ventes en volume sont conséquentes. Ce sont eux qui sont à l'origine du succès populaire de la photographie numérique. Leur part de marché décroit régulièrement, et dans la mesure où la qualité des images des smartphones ne cesse de progresser, la disparition de ce marché à moyen terme devient de l'ordre du probable. Les capteurs des compacts traditionnels n'étant pas plus grand que ceux des smartphones, il faut pour pouvoir augmenter la qualité de leurs images en basse lumière, augmenter leur dimension. La plupart des fabricants ont décidé d'utiliser les capteurs des appareils reflex traditionnels en supprimant la visée reflex et en diminuant autant que faire se peut les dimensions du boîtier. Nikon a choisi de définir un nouveau format de capteur qui est à mi-chemin entre ceux qui sont utilisés dans les smartphones et ceux qui sont utilisés dans les reflex.

La classe reflex  Il faut également répondre à une nouvelle demande de consommateurs qui possèdent déjà souvent un appareil reflex ou qui hésitent à en acquérir un. Ils sont beaucoup plus ambitieux dans leur démarche photographique. Leur référence, c'est la qualité d'image des reflex qu'ils souhaitent retrouver dans un appareil dont le poids et l'encombrement se rapprocheraient, autant que faire se peut, de celui des appareils compacts. Avec le numérique, les appareils reflex ont pris du poids et de l'embonpoint, et on a sans doute également un effet téléphone portable et réseaux sociaux. Là où autrefois on ne prenait de photos qu'à l'occasion d'un évènement social tel qu'un mariage ou lors d'un grand voyage, la photographie fait aujourd'hui partie de notre quotidien.

Il y a une demande pour un appareil moins lourd que l'on puisse garder toujours sur soi

Un évènement exceptionnel justifiera toujours que l'on prenne sa besace lourdement chargée en boîtiers et objectifs, mais il y a une nouvelle demande pour un appareil moins lourd, plus compact que l'on puisse garder sur soi en permanence. Le premier groupe acceptera des compromis sur la qualité de l'image si l'appareil est réellement simple à utiliser et peu encombrant, alors que dans le deuxième groupe, on acceptera sans doute plus facilement un compromis sur l'encombrement et le poids si la qualité de l'image est réellement au niveau des reflex.

 

Le positionnement des deux nouveaux Nikon, le J1 et le V1

Sur ce nouveau marché, extrêmement concurrentiel, Nikon a choisi un positionnement original. Plutôt que d'essayer de créer, comme la concurrence, un appareil compact autour des capteurs utilisés dans les appareils reflex, Nikon a développé un nouveau capteur qui est en terme de surface un intermédiaire entre les mini-capteurs des téléphones portables (et des compacts traditionnels) et les capteurs des appareils reflex.

L'intérêt c'est que, au moins en théorie, un capteur plus petit doit permettre de développer des boîtiers et des objectifs moins encombrants. Les progrès constants en matière de sensibilité des capteurs permettent de supposer que sur le long terme, ce compromis entre facilité d'utilisation, encombrement et qualité de l'image sera gagnant pour un utilisateur qui ne cherche pas à avoir ce qui serait l'excellence de l'image numérique à un moment donné, mais le meilleur compromis du marché entre coût, poids, encombrement, qualité d'image et ses besoins réels. On conçoit aisément que les attentes d'un photographe qui réalise des images destinées à être partagées avec ses amis ou sa famille sur les réseaux sociaux ou au travers de tirages 10x15 ou 13x18cm, sont différents de ceux d'un photographe qui travaille professionnellement pour la publicité ou l'illustration, ou qui veut pouvoir réaliser des expositions avec des tirages grands formats. La difficulté pour Nikon, c'est que ces appareils doivent être crédibles dès aujourd'hui. Ces appareils doivent offrir une qualité d'image en basse lumière qui fasse la différence avec les smartphones et les compacts à petits capteurs tout en offrant une facilité d'emploi et un encombrement qui leur permettent de se distinguer des concurrents qui ont fait le pari de miniaturiser les boîtiers et les optiques tout en conservant les capteurs des reflex.

Les choix de Nikon: Le choix d'un capteur de 10 mégapixels me semble avisé, même s'il présente un risque en termes de marketing. Le nombre de pixels est encore aujourd'hui bien souvent, et malheureusement, le principal argument qui sera utilisé en grande surface par un vendeur cherchant à conseiller un client en proie à un doute existentiel devant la multiplicité de l'offre. Mais 10 mégapixels, c'est plus que suffisant pour la majorité des consommateurs. Plus de pixels cela signifie de moins bonnes performances en basse lumière et des fichiers plus lourds à gérer pour l'ordinateur. L'ergonomie du V1 le destine plutôt au grand public. C'est un appareil très lisse, avec très peu de boutons, qui par son apparence semble destiner à des photographes débutants. Il offre la plupart des fonctions prisées par des photographes experts, mais ces fonctions sont accessibles au travers d'un Menu. Il n'a pas par exemple deux boutons séparés et dédiés pour modifier manuellement le diaphragme et la vitesse. Même les messages d'erreur semblent destiner à un public que je n'hésiterais pas à qualifier de novice. :) Nikon V1 - Dos
Dans le même temps, il a des objectifs interchangeables, on peut enregistrer ses images en JPEG et en Raw et on peut utiliser tous les modes habituels (P, A, S et M) en photo comme en vidéo. La majorité des consommateurs, lorsqu'ils achètent un appareil à objectifs interchangeables, se contentent de l'optique qui lui est associée. Et le plus souvent, ils achèteront un nouvel appareil quelques années plus tard, sans avoir acheté de nouvelles optiques dans l'intervalle. C'est cependant intéressant commercialement dans la mesure où avec seulement deux boîtiers mais plusieurs objectifs, ça permet à Nikon de proposer une offre variée. Chaque kit (l'ensemble boîtier+objectif) est un appareil différent pour le consommateur qui pourra privilégier par exemple un zoom encombrant mais offrant une grande variation de focale (le zoom Nikkor 10-100mm VR F/4.5/5.6, équivalent à un 27-270 mm en 24x36), à un zoom plus restreint mais moins encombrant (le zoom Nikkor VR 10-30 mm F/3.5/5.6 équivalent à un 27-81 mm) ou à une focale fixe plus lumineuse et moins encombrante (le Nikkor 10 mm F/2,8 équivalent à un 27 mm en 24x36).

Avec des optiques interchangables, le RAW, il a tout d'un grand

De plus, si quelques années après, ils s'offrent un nouvel appareil de la gamme CX de Nikon, leur ancien objectif sera compatible avec leur nouvel appareil. (C'est d'ailleurs aussi pour Nikon, un bon moyen de fidéliser sa clientèle). Par ailleurs, nous ne sommes qu'exceptionnellement des consommateurs rationnels, et ce n'est pas parce que statistiquement, nous n'achèterons pas d'objectif supplémentaire, que cette possibilité ne nous influencera pas dans notre choix. Et puis cela permet de distinguer cet appareil des smartphones. Pour les photographes plus experts, c'est bien entendu un argument commercial réel. Le format Raw ne sera utilisé que par les experts, mais son existence est un atout commercial, même vis à vis des photographes qui n'utiliseront que le JPEG, parce qu'il crédibilise l'offre de Nikon vis à vis des smartphones. C'est un petit appareil qui a tout d'un grand. :)