Les sapeurs de Baudouin Mouanda

Interview

Pouvez-vous vous présenter ? Qu'est ce qui vous amène aujourd'hui à Paris ? 

Je m'appelle Baudoin Mouanda, je suis photographe congolais et membre du collectif Génération Elili.

Je suis ici dans un beau décor : il s'agit du studio photo du Forum des Halles qui va accueillir à partir de demain tous les parisiens sapeurs désireux de repartir avec des jolis portraits. Le décor choisi montre la créativité africaine, il y a beaucoup de couleur, et ça donne déjà de l'énergie !

© Baudouin Mouanda

Vous êtes un spécialiste de la Sape africaine. Quels conseils donnez-vous à ceux qui viendront poser pour vous demain ?

La créativité africaine en photo, la sape, tout rentre dans le cadre de la couleur. Le sapeur c'est quelqu'un qui tient compte de tout ce qui se passe autour de lui. Au niveau de la couleur, il fait vraiment attention. Il ne suffit pas de s'habiller en choisissant des couleurs qui vont bien ensemble. Il faut s'habiller avec des couleurs qui attirent beaucoup l'attention, c'est ça le jargon des sapeurs.

© Baudouin Mouanda

Pour cet événement, je souhaite que les gens puissent s'habiller en pensant à ce code. Je ne demande pas vraiment aux gens de poser, il sera plutôt question que demain chacun vienne avec son plus beau costume. Moi, je me chargerai de trouver le bon angle et de réaliser un joli portrait. 

Je veux que les parisiens - comme un africain qui se déplace au studio - se disent qu'ils portent un beau vêtement, plein de couleurs, et que ça leur donne envie de se faire faire un beau portrait-souvenir. Ils se diront voilà je suis passé par là, c'était beau, c'est la joie, et ça reste un bon souvenir. 

© Baudouin Mouanda

On a l'impression, devant vos photos, que vous partagez un lien privilégié avec les sapeurs. Est-ce votre secret ? 

Quand on parle de studio photo, on parle forcément aussi de contact avec la personne, et de rythme. Pour entrer dans le rythme, il faut bien tenir l'appareil photo, bien bouger… 

De toute façon, avec Baudoin, ça se réveille toujours ! On le voit avec les sapeurs : mes photos peuvent donner l'impression qu'on est complices, or ce n'est pas une complicité, c'est juste l'appareil qui joue, et cela suffit pour que la personne rentre dans le rythme de l'appareil photo.

© Baudouin Mouanda

Les portraits de studio s'inscrivent dans une longue tradition africaine. Quel est pour vous l'avenir de cette pratique ?

Dans l'Afrique des années 1940-1950, des photographes comme Keïta ou Malick Sidibé ont donné naissance à une nouvelle forme photographique. Je pense que le renouvellement photographique continue : dans les nouveaux portraits de studio, l'on voit beaucoup plus d'objets, de couleurs… C'est une forme photographique qui ne cesse pas de se transformer. 

Propos recueillis par Didier de Faÿs