La vieillesse nous émeut, nous surprend et nous fait peur. Cela fait plusieurs années que Marion Pedenon photographie ses grands-parents, avec leurs douleurs, leur dépendance et leurs instants de tendresse. À l'occasion de son exposition dans le cadre du Festival ManifestO à Toulouse, la photographe explique pourquoi ce projet sensible est si important pour elle.

© Marion Pedenon
Photographie.com : Comment êtes-vous devenue photographe ?
J’ai commencé la photographie en 2004, au début comme un prétexte, pour rencontrer des gens sur ma route, pour accéder à des endroits fermés au publics, pour visiter des lieux de travail ou même pour pénétrer dans des intérieurs.
La photographie me permet de montrer ces personnes, comme des voisins de paliers, des inconnus qui voyagent à côté, des commerçants de quartier, afin de mettre en avant leurs incroyables particularités.
J’aime les singularités de tous ces gens autour de moi. Ces personnes m’inspirent et leurs histoires m’enrichissent. Ouvrir les yeux sur les autres et ne pas passer à côté d’eux. Voilà l’objectif que je me fixe.
Photographie.com : Votre série "Georges-Clotilde" raconte le quotidien de vos grands-parents. Comment ce travail est-il né ?
J’ai toujours aimé observer mes grands-parents.
Cela fait des années que je les photographie, mais dans le cadre de souvenirs de famille : où ils sont bien coiffés, où ils sourient, pendant leurs bons jours afin de garder des images agréables. Tel est le but des photographies-souvenirs de famille.
J’ai eu l’idée de montrer réellement ce que je voyais il y a un an et demi, lorsqu’ils ont commencé a changer de plus en plus à chaque fois que je venais les voir.
Il a fallu la perte de la vue de mon grand-père et les douleurs physiques de ma grand-mère pour remarquer ce déclin à grande vitesse.
Ne plus pouvoir se déplacer sans souffrir, ou faire certains gestes, le manque d’autonomie a engendré un état moral se dégradant de jours en jours.
Les photographier me permet d’affronter cela.

© Marion Pedenon
Photographie.com : Qu'avez-vous essayé de montrer ?
Ce projet, je le fais d’une part à titre personnel, pour mon entourage familial.
Mais aussi pour le partager. C’est important pour moi de faire vivre ce projet. Cette situation est un sujet d’actualité. La réalité des personnes âgées est une réalité terrible à voir pour la famille mais est également insupportable à vivre pour elles-même. Cette souffrance au quotidien, la dépendance aux autres qui est permanente et la dignité qui disparaît. Sans oublier cette attente, pas celle de mourir mais celle de partir.
Le sujet de mon projet est sensible, mais je ne montre pas que cette déchéance. Je montre aussi que mes grands-parents sont encore tous les deux, ensembles et chez eux. Je montre l’aide qu’ils reçoivent et qui les soulage parfois, et la tendresse qui perdure.
Certaines images montrent des détails chez mes grands-parents qui me touchent, ou qui parfois m’amusent. Comme le chausson troué de ma grand-mère qu’elle refuse de changer ou le dentier de mon grand-père qu’il s’obstine à enlever sans savoir le remettre.
Ce projet reflète l’attachement que je leur porte. Leur état actuel, que je ne pensais pas connaître quelques années auparavant, me concerne. Ce reportage restera pour moi une trace de cette période de ma vie à laquelle je fais face.
Photographie.com : Allez-vous poursuivre ce travail ?
C’est un projet que je continue encore aujourd’hui et que je continuerai jusqu’à « la fin ».
Photographie.com : Qu'est ce que ManifestO et l'exposition qui vous est consacrée représente pour vous ?
Je suis très fière de participer à la 10ème édition de Manifesto, de voir enfin mes photographies accrochées après un an et demi de travail,
mais surtout de les voir dans ce cadre convivial, et ouvert à tous.
Ce festival est à mes yeux le fruit d’une importante solidarité. J’ai fortement apprécié les rencontres, l’implication de chacun, et le sentiment d’engagement que porte ce festival. Il fait honneur à la photographie et à ses photographes.
Propos recueillis par Roxana Traista
28/09/2012

© Marion Pedenon