Renaud Duval : "Mes projets sont comme une chasse aux trésors"

Jeune photographe né à Dunkerque en 1980, Renaud Duval a obtenu son diplôme à l'École Nationale Supérieure de la Photographie d'Arles en juin 2011, et vient de rejoindre le Studio national des arts contemporains de Fresnoy.
Portrait du lauréat de la 48e Bourse du Talent, Paysage. 

Photographie.com: Quand êtes-vous devenu photographe? Pourquoi avoir choisi de vous exprimer à travers la photographie ? 

Renaud Duval: J'utilise l’appareil photographique argentique depuis mon enfance et à un moment de ma vie d’adulte, j’ai décidé d’en faire une pratique plus « sérieuse », entendant par ce mot « le centre de mes préoccupations ».

Ce moment est un peu flou. C’est peut être celui où j’ai franchi la porte d’un laboratoire / atelier noir et blanc, ou plus certainement à la vue d’une rétrospective de Jeff Wall à la Tate Modern il y a quelques années. 

J’exprime avec la photographie ce que je ne sais exprimer autrement - en dehors de la photographie, je m'exprime en règle générale, très peu. C’est mon moyen de communiquer avec le monde. 

Photographie.com: Comment décririez-vous votre univers artistique? Quelles thématiques vous intéressent particulièrement?

Renaud Duval: Je m’intéresse, je regarde, j’écoute, je ressens, je lis, je pratique sans réelle barrière. De la danse contemporaine à la musique : mon univers ne se limite pas qu’à la photographie, et heureusement. Peut être aussi parce que je ne me limite pas moi même à la photographie. 

Néanmoins, si je devais citer trois photographes importants pour moi, ils seraient : Lewis Baltz, Jürgen Nefzger et Geert Goiris. Chez eux on peut retrouver certaines idées qui me sont chères : la beauté du paysage et l’engagement personnel dans le sujet (Nefzger), la plasticité de l’objet et le mystère des images (Goiris), le changement sociétal et l’intervention humaine dans l’environnement (Baltz). 

Photographie.com: Comment ce projet est-il né? Que voulez-vous donner à voir? Comment avez-vous choisi les lieux photographiés?

Renaud Duval: Les photographies présentées à la Bibliothèque Nationale de France (BnF) sont toutes issues de séjours à Berlin, comme touriste ou même urbaniste (métier que j’ai exercé et que j’exercerai de nouveau prochainement). C’est une ville avec laquelle j’ai noué une relation certaine depuis plusieurs années et où j’aimais et j’aime me rendre, où je me sens tout simplement bien, à vrai dire comme chez moi. Alors que je ne parle pas très bien l'allemand et que je n’avais pas spécialement de liens avec l’Allemagne.

Berlin est avant tout un lieu d’amitiés et de flânerie et en même temps un petit concentré de choses qui m’intéressent : l’espace surdimensionné, l’histoire à vif et sa mémoire parfois malmenée et la place de l’homme dans tout cela. 

Les lieux photographiés sont soit des endroits marquants dans mon parcours Berlinois (par exemple lors de mes premiers voyages, j’atterrissais à l’aéroport de Berlin-Tempelhof, encore en activité à l’époque), soit issus de découvertes lors de mes recherches (par exemple le Musée de la vie quotidienne en ex-Allemagne de l’Est).

Dans tous les cas, je pars d’éléments à forts enjeux sociétal, politique, historique, environnemental et humain, et j’aborde ensuite une démarche photographique tout en espérant qu’il y reste de mes préoccupations initiales. 

J’apprécie la « belle image » et je peux rechercher la plasticité de la forme tout en mettant en avant le sujet et en évitant l’esthétisation outrancière. J’aime aussi à définir mes projets comme une chasse aux trésors. 

Photographie.com: De combien de temps avez-vous eu besoin pour réaliser cette série? 

Renaud Duval: Mes premiers repérages et essais photographiques à Tempelhof datent de 2008, lorsque ce lieu vivait ses derniers instants d’aéroport commercial.

Ensuite, j’ai vécu à Berlin une bonne partie de l’année 2010. Cela m’a permis d’avancer grandement ce travail. Enfin, j’y suis retourné plusieurs fois en 2011 afin de terminer le projet. Les dernières photographies de cet ensemble devraient bientôt voir le jour. 

Photographie.com: Est ce que Vergangenheitsbewältigung s'inscrit dans une approche documentaire?

Renaud Duval: Je pense que cette série a effectivement une valeur de document. C’est en tout cas un des angles de lecture que me renvoient des architectes, historiens, chercheurs intéressés par mes photographies. 

Pour ce qui est de ma pratique photographique, elle est peut-être documentaire, mais pas que. Dans la genèse de mes projets, j’ai besoin d’effectuer une grande quantité de recherches (historiques, géographiques, architecturales ou urbanistiques). Mais je ne revendique pas une pratique documentaire pure (entière) et une pure (simple) pratique documentaire. J’essaie de développer une poésie et une plasticité à travers mes propositions. 

Photographie.com: Comment avez-vous entendu parler de la Bourse du Talent pour la Photographie ? Pourquoi y avoir participé ?

Renaud Duval: J'ai participé parce que je connaissais certains anciens lauréats dont j’apprécie le travail et que ce concours propose une place de choix à la photographie dite « d’espace, de paysage et d’architecture » dans laquelle je pourrais être classé.

Mais également parce qu’exposer à la BnF est rare et que ce prix est connu et reconnu. 

Photographie.com: Quelles projets pour l'avenir?

Renaud Duval: Je vais prochainement reprendre mon activité  d’urbaniste tout en me laissant du temps pour me consacrer à mes projets artistiques. 

Je suis actuellement et pour deux années au Fresnoy, le studio national des arts contemporains. Je travaille dans ce cadre à un projet qui sera exposé début juin 2012 pour Panorama 14, et qui questionne entre autres l’espace et le paysage renouvelé par l’homme. Il fera la part belle à la photographie, mais pas que…

Propos recueillis par Roxana Traista.