Rencontre avec Reza

Une manifestation internationale consacrée à la fois aux jeunes photographes et aux grandes questions environnementales : le Festival International de Photographie pour la Jeunesse qui se déroulera à Bakou du 12 au 14 mai prochain s'inscrit parfaitement dans le parcours de Reza. Depuis près de 30 ans, ce photographe d'origine iranienne parcourt le monde et témoigne des événements majeurs de notre époque. Tout en poursuivant sa collaboration avec les grands titres de la presse internationale dont National Geographic, Time Magazine, Newsweek ou Paris-Match, il organise de nombreux ateliers photo en France comme à l'étranger. Son objectif : sensibiliser les enfants aux enjeux sociétaux et environnementaux de notre planète à travers l'alphabet de l'image. Interview.

© Mark Thiessen / National Geographic

Photographie.com : Comment l'idée de créer un festival photo pour les jeunes est-elle née ?

Cela fait déjà plusieurs années que je travaille avec les jeunes partout dans le monde. Les adolescents que j'ai rencontrés à Toulouse, en Sicile, dans les camps de réfugiés en Ouganda, en Jordanie, en Afghanistan, ou en Ethiopie réalisent souvent des images extraordinaires ; ce travail m'a permis de comprendre que l'âge des bons photographes est en train de baisser. Il y a une dizaine années, il fallait se donner du temps et apprendre à connaitre l'outil : les bons photographes commençaient à se révéler à partir de 25 ans. Aujourd'hui, grâce à Internet et à la TV, les jeunes ont une éducation visuelle assez sophistiquée et leur talent est visible dès l'âge de 14-15 ans. 

D'où l'idée de lancer un concours international de photographie, et de proposer aux jeunes de porter leur regard sur des thèmes importants pour l'ensemble de l'humanité. "I love nature, I fear pollution" ("J'aime la nature, je crains la pollution"), la thématique proposée dans le cadre du premier concours, a eu beaucoup de succès, et le résultat a été incroyable. 

Le Festival International de Photographie pour la Jeunesse est la suite logique de ce concours : plusieurs milliers de manifestations consacrées à la photographie sont organisées chaque année dans le monde, mais aucune d'entre elles ne met en lumière le travail des jeunes photographes émergents.   

Nous souhaitons que le festival devienne un lieu de rencontre pour toutes les personnes qui travaillent dans le domaine de la photographie, de l'éducation et de la jeunesse. Le festival joue également un rôle de sensibilisation. Il met en lumière les grands enjeux de notre société et transmet un message fort : "Attention, regardez comment les jeunes voient aujourd'hui notre planète !" 

Photographie.com : Le concours que vous avez organisé sur le thème de la nature et de l'environnement a attiré des milliers de jeunes photographes. Comment expliquez-vous ce succès ? Les jeunes comprennent-ils les enjeux environnementaux, et quel est leur rapport avec l'image ?

En 2011 pendant le Printemps arabe, j'étais au Caire en Egypte et j'ai compris le rôle grandissant de l'image dans l'évolution de nos sociétés. J'ai compris combien les adolescents utilisent la photographie pour communiquer, exprimer leurs états d'âme, etc. Le succès que nous avons eu sur le concours Children's Eyes On Earth s'explique aussi par le travail des ambassadeurs que nous avons mis en place dans plusieurs pays du monde. Nous avons beaucoup utilisé les réseaux sociaux, et travaillé avec des institutions comme National Geographic. 

Les superbes travaux que nous avons reçus montrent très bien ce que j'avais ressenti en travaillant avec les jeunes : combien ils sont attirés par la photographie, combien ils cherchent à s'exprimer, et combien leur façon de réfléchir est profonde (parfois plus profonde que celle des adultes !). De mon point de vue, ce concours offre aux universités et autres institutions qui travaillent sur l'éducation et l'environnement de vraies pistes de réflexion et de recherche. 

Je tiens à mentionner que nous sommes en train de publier un livre consacré aux meilleurs photographes ayant participé au concours. On va également essayer, grâce à Internet et à Facebook, de garder un lien constant, de les former et de leur offrir une éducation visuelle continue.  

Photographie.com : La première édition du festival met à l'honneur les travaux des 100 meilleurs photographes du concours Children's Eyes On Earth. Qu'est ce qui vous surprend le plus dans leur façon de regarder le monde ? 

Ce qui me surprend le plus, c'est qu'il n'y a pas de préjugé. Leur regard est pur, dépourvu de tout idée préconçue. Ils ne cherchent pas à montrer des symboles, ils sont très directes dans leur façon de photographier. Nous avons vu aussi la différence de photographier le même thème dans différentes cultures, par exemple en France les enfants pratiquent la photographie conceptuelle. Avant de réaliser leur photo, ils se demandent comment ils peuvent illustrer telle ou telle idée. Ils ne font pas de reportage, ils ne vont pas chercher leur sujet à l'extérieur, mais ils créent des concepts. 

Je vais donner l'exemple de Sophie, qui a décroché le coup de cœur du président du jury avec sa superbe photo montrant l'envol d'un sac plastique. Elle a beaucoup réfléchi au sujet proposé, et elle a choisi de photographier un sac plastique, symbole de notre société. (Il faut se rendre en Afrique, en Asie, ou en Amérique du Sud, pour se rendre compte à quel point les sacs plastiques - qui couvrent parfois les champs entiers - sont un fléau pour l'homme et pour la nature !). Lorsque nous l'avons contactée, sa maman nous a dit : "Je suis très contente qu'elle ait gagné, car elle a beaucoup réfléchi à cette photo ; j'ai dû jeter en l'air 200 sacs plastiques pour qu'elle fasse la photo qu'elle avait envie de faire !"

Photographie.com : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le plus jeune des photographes exposés ? Quel travail présente-t-il ?

Le photographe le plus étonnant du concours est une fille de huit ans, Anastasia, qui habite dans la banlieue de Saint-Pétersbourg en Russie, et qui a remporté la compétition. De la fenêtre de son école, elle a voulu photographier les cheminées des usines avoisinantes qui crachent de la fumée ; et c'est juste au moment où elle était en train de prendre la photo qu'un oiseau est passé. Elle a appris la photographie à l'école et avec ses parents.  

Photographie.com : La première édition du festival aura lieu à Bakou en Azerbaïdjan, pourquoi ce choix ? 

La première édition du concours a été organisée en partenariat avec l'ONG IDEA, fondée par Leyla Aliyeva et basée en Azerbaïdjan, qui oeuvre en faveur de l'environnement. L'Azerbaïdjan est l'un des plus gros producteurs de pétrole dans le monde, mais il y a dans ce pays une véritable volonté de préserver l'environnement, et de diffuser cette idée dans d'autres pays de la région. 

Propos recueillis par Roxana Traista

30/04/2013

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