Reza : "Montrer la dignité de l'être humain"

À travers 360 expositions concomitantes dans les boutiques Nespresso partout dans le monde, un livre en huit langues et une exposition monumentale sur les berges de Seine (au niveau du musée d'Orsay, jusqu'au 8 septembre prochain), le photographe Reza nous invite à découvrir le visage du monde du café. Rencontre avec un amoureux de l'humanité. 

Exposition de Reza sur les berges de Seine à Paris © Reza

Photographie.com : Quelle est la genèse de ce projet réalisée à l'occasion de la 10e anniversaire du programme AAA pour une qualité durable de Nespresso ?

Ce travail sur le café s’inscrit dans l’ensemble de mes projets, et des histoires que je raconte. Mon objectif est de montrer comment, avec l'image et tout ce qui tient de l'art visuel, on peut créer un lien, un pont entre les différentes communautés et cultures. Mes photographies visent aussi à créer l’empathie : je crois que ce que l’on appelle la "face to face photography" est en train de devenir un moyen essentiel pour créer des liens humains. Nous buvons tous du thé ou du café (boisson quotidienne d’un tiers de la population du monde), mais combien d'entre nous connaissent le vrai visage des producteurs ? Cela faisait longtemps que je voulais explorer cette thématique.

Mais le projet Chants de café est avant tout le fruit d’une rencontre. Guillaume Le Cunff, Directeur Marketing et Développement Durable International Nestlé Nespresso, m'a abordé l'année dernière après avoir vu, dans le cadre du New York Photo Festival, ma photo du vieux sage afghan assis sur son lit de fortune. Il cherchait quelqu'un qui puisse donner un visage humain à un projet qu’il mène depuis une dizaine d'années et qui s'appelle AAA. Ce projet touche plus de 50 000 caféiculteurs dans le monde entier et vise à assurer une meilleure qualité de la chaîne de production du café, tout en améliorant le niveau de vie des communautés concernées. Lorsque Guillaume m'a proposé de travailler avec lui, je lui ai répondu : 'J'accepte mais à une condition. Je veux découvrir l'impact de ce programme mené par Nespresso, et choisir moi-même les sujets de mes photographies.' 

Poser ces conditions était pour moi une manière de tester le sérieux de leur projet. Ils m'ont proposé une carte blanche en me disant : 'Faites votre enquête et on discutera après.' Ce projet a été pour moi une occasion de rencontrer ces paysans, les photographier et montrer ainsi le processus de production du café du début jusque’à la fin. J'espère que ce témoignage permettra à chacun de voir dans son café quotidien le visage de l'être humain qui y a contribué. Je suis persuadé que cette image restera avec eux et cela représente pour moi la meilleure façon de créer l'empathie dont je vous parlais avant. 

Photographie.com : Vous avez exploré les plantations de Colombie, du Brésil, du Guatemala, d’Ethiopie, d’Inde et du Soudan du Sud, qu'avez-vous découvert ? 

C’était la première fois que je découvrais le monde du café qui est l’une des denrées les plus importante aujourd’hui. Ce reportage m’a permis de documenter la vie des paysans, et de raconter l'histoire de l'humanité présente dans chacun d'entre eux.

J’ai été particulièrement touché par les femmes colombiennes qui, à cause du conflit contre les FARC ou à cause du trafic de drogues, ont perdu leur mari et doivent aujourd'hui nourrir leurs familles. Elles ont créé des associations pour produire du café et ainsi sauver leurs proches. Leur force et leur détermination à reprendre en main leurs vies et leurs destins m'ont rappelé les femmes rwandaises après le génocide. Cela redonne confiance en l’être humain.

Photographie.com : On parle souvent de l’exploitation des paysans par les grandes marques occidentales. Le programme Nespresso AAA a-t-il un vrai impact positif sur la vie des petits producteurs de café ?

Il est vrai qu'une grande partie des grandes marques ne font pas dans la dentelle. Ce que j’ai pu voir lors de mon reportage, c’est que Nespresso améliore la vie des paysans, leur production, et augmente leurs revenus. Si nous pouvons montrer aux autres entreprises qu’il est possible d’imaginer des initiatives pour aider les petits producteurs, il faut le faire. 

Cette carte blanche montre aussi aux autres photographes que l’on peut aller plus loin et utiliser notre appareil pour écrire la vérité et montrer la dignité de l’être humain.

Propos recueillis par Roxana Traista

16/07/2013