Sarcelles, ce que personne ne veut voir !

Plutôt connue pour ses quartiers dits sensibles, son taux de chômage stratosphérique et ses terrains de Roms, Sarcelles n'a rien du charme traditionnel des villes comme Arles, Perpignan ou Sète. C'est pourtant ici que Xavier Zimbardo (doux idéaliste ou vrai visionnaire ?), a choisi d'implanter la photographie sociale, avec tout ce qu'elle a de plus poétique, de plus touchant et d'inédit. Au milieu des cités, pour que les jeunes désoeuvrés cessent de penser que la création artistique n'est pas pour eux. Dans le centre commercial, qui devient ainsi un lieu d'exposition. Pas moins de 16 artistes étaient cette année au programme de cette manifestation unique en France, qui délocalise l'image hors des lieux habituels.  

© Jean-Manuel Simoes

"Notre but est un engagement au partage pour créer du lien social, porté par des valeurs fortes : la beauté, la bonté, la justice et la vérité," affirme Xavier Zimbardo (lire l'interview), personnage haut en couleurs pour qui ces mots n'ont rien d'abstrait. Né il y a huit ans, Photsoc vise à faire découvrir la photographie aux Sarcellois, et balayer le cliché "banlieue dangereuse." Comment donner du sens à un festival avec un budget de moins de 30 000 euros ? La tâche peut sembler impossible, mais Photsoc a réussi à réunir cette année des travaux d'une qualité impressionnante. Des juifs orthodoxes photographiés par Agnieszka Traczewska aux immenses chantiers de recyclage de navires immortalisés par Pierre Torset, les séries exposées nous interpellent et nous font réfléchir.

Un festival de l'underground

"La plupart des travaux présentés sortent du cadre de la photographie sociale classique, avec ses images d'un pauvre qui tire la gueule, qui a froid et qui a faim," explique Jean-Manuel Simoes, auteur d'un travail au long cours sur Clichy-sous-Bois. "On sort de ce cliché de la photo sociale et du circuit officiel de la photographie "qui marche" pour aborder plus le fond du problème. Photsoc est pour moi un festival de l'underground, parce qu'il montre ce que personne ne montre aujourd'hui." 

Pour le photographe malgache Pierrot Men, Photsoc est une remarquable célébration de l'être humain. "Les différentes manières et approches photographiques, toutes si différentes, dressent une fois réunies un seul portrait : celui de l'homme dans ce qu'il a de plus grand, son quotidien !"

Démocratiser l'expression visuelle

Mais Photsoc, c'est avant tout un festival dédié à une communauté locale, qui n'est pas souvent amenée à fréquenter des lieux d'exposition. Dans la ville de Sarcelles, nous sommes bien loin de la boulimie artistique que l'on peut retrouver à Paris ou ailleurs. "Ici, les gens partent du principe que ce genre de manifestation n'est pas pour eux. (…) Photsoc permet une délocalisation de l'expression visuelle dans des endroits où il n'y a rien habituellement," explique Jean-Manuel Simoes.

Les ateliers photographiques organisés pendant l'été ont permis à Photsoc de bâtir une relation de confiance avec son public, et de pérenniser son action sociale. "Les ateliers, c'est comme une rumeur," explique Nicolas Henry, qui a réalisé avec les enfants plusieurs  sculptures à partir de matériaux récupérés dans les différents quartiers de Sarcelles. "Les gens nous ont repérés - ils savent toujours ce qui se passe dans leur quartier - et ils ont fini par attendre avec impatience le début de l'exposition." 

Une histoire positive

Dans ces quartiers marqués par la violence où le taux de chômage frôle les 45% chez les moins de 30 ans, Photsoc "crée une histoire positive, et un repère. Le festival leur permet de voir autre chose, de rêver," considère le phographe. Loïc Lautard, qui présente l'histoire de Brahms le SDF, affirme : "Je sens une petite graine remplie de couleur et qui ne demande qu'à grandir. Une manifestation pleine d'énergie, et de poésie dans une ville qui n'est pas habituée à accueillir de la culture visuelle. C'est important que ça se développe."

Roxana Traista

Pour plus d'informations, rendez-vous sur photsoc.org et La Revue des Ressources.

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