Uche Okpa Iroha est un membre fondateur du collectif photographique nigérian BlackBox. Le photographe, dont le travail reflète une lutte pour la survie, revendique dans ses reportages une filiation avec la photographie sociale.

© Uche Okpa Iroha
Comment évolue la photographie africaine aujourd'hui?
Ces dernières décennies, l'Afrique se résumait à des photos d'enfants avec des assiettes vides dans la main, en train de demander de la nourriture. La plupart des photographes travaillaient dans le domaine de l'anthropologie ou de l'ethnographie, mais les choses commencent à changer.
La photographie contemporaine en Afrique explore aujourd'hui de nombreuses questions importantes: des questions sociales, économiques, politiques, des questions liées à l'identité, au statut des femmes dans la société. On parle beaucoup des problèmes d'éducation, d'intégration, liés aux différents conflits. Quand on regarde les artistes et les photographes africains, on voit que le concept d'afro-politanisme est en train d'évoluer; il y a beaucoup d'artistes d'origine africaine qui font partie de la diaspora, beaucoup d'entre eux sont nés en Afrique mais ont quitté leurs pays pour aller étudier ou se former à l'étranger, ils s'acclimatent aux modes de vie occidentale, et apprennent beaucoup de choses. Certains décident de rentrer chez eux et de faire quelque chose de leurs connaissances et leurs talents, en montant des réseaux et des collaborations avec d'autres pays ou autres continents: avec l'Amérique du Sud, avec l'Europe, ou avec l'Asie. Au Nigéria, on voit énormément de jeunes avec une envie terrible d'étudier les arts, notamment la photographie.
C'est comme ça que j'ai commencé aussi, j'ai été influencé par les photographes nigérians. Leurs succès donnent du courage et montrent bien que ce qui semble parfois être impossible ne l'est pas. On est ainsi en train de construire une sorte de "voie rapide artistique", sous la forme de plate-formes de discussion et d'échange à l'intérieur du continent avec l'objectif de renforcer l'industrie de la photographie en Afrique. Les initiatives de ce genre se multiplient et je suis convaincu que la photographie en Afrique a un très bel avenir devant elle.
Qu'est-ce que Bamako a changé dans votre vie d'artiste?
Beaucoup de choses. Je vois d'abord Bamako comme un événement qui m'a encouragé à aller plus loin. Chaque jour, j'essaie de m'auto-évaluer, en tant que personne et artiste, et j'essaie de devenir meilleur, d'améliorer mon travail du point de vue technique, du point de vue de l'approche que j'adopte vis-à-vis de la photographie. Ensuite, Bamako m'a donné plus de visibilité, pas seulement en Afrique mais aussi en Europe, et c'est l'une des raisons pour laquelle je suis à Paris en ce moment… Enfin, les Rencontres m'ont donné aussi le courage de continuer, de demander toujours plus, et de regarder chacun de mes projets comme un travail sans fin.
Propos recueillis par Didier de Faÿs et Roxana Traista