Yves Desjardin : "Arles est en train de s'ouvrir au monde"

Haut lieu de la vie arlésienne, l'Hôtel d'Arlatan accueille cet été, en collaboration avec Olympus, une série d'expositions photographiques, dont Joueurs de Denis Darzacq. Nous avons rencontré Yves Desjardin, Directeur de l'établissement et grand amoureux de la photographie. 

Photographie.com : L'Hôtel d'Arlatan partage une longue histoire avec la photographie et les Rencontres d'Arles...

Notre histoire avec la photographie a commencé il y a 43 ans, lorsque le conservateur des musées de l'époque, et l'un des fondateurs du festival, Jean-Maurice Rouquette, est venu voir mon père en lui disant, "il nous faudrait un coin où nous réunir". Et mon père lui a répondu, "vous n'avez qu'à vous installer dans la cour de l'hôtel". 

Quarante-trois ans après, l'Hôtel d'Arlatan est toujours impliqué dans l'organisation des Rencontres. Avec Olympus, nous accueillons cette année trois expositions, ainsi que des colloques, des réunions, etc. Du début jusqu'à la fin des Rencontres, les expositions sont ouvertes à tout le monde, pour que la photographie vive à travers l'hotel. 

Photographie.com : Peut-on parler d'une ré-appropriation de la photo par les Arlésiens ? 

Je ne parlerais pas d'une ré-appropriation, mais d'une révolution. Jusqu'il y a quelques années, la photographie à Arles était considérée par les Arlésiens comme quelque chose d'étrange ou d'étranger. Et puis un nouveau courant s'est créé, avec des petites galeries, des petites associations dédiées à la création et à la diffusion de la photographie. Et l'Arlésien s'est dit, "pourquoi ne pas participer aux Rencontres, qui animent la ville pendant une grande partie de l'année ?" En tant qu'habitant de la ville, je constate qu'il y a plein de monde qui, une fois le rush des expositions passé, continuent à venir profiter de la ville et de ses expositions, en juillet, en août ou en septembre. Les Arlésiens commencent à comprendre que leur ville est en train de s'ouvrir au monde. 

Avec la Nuit de l'année, l'habitant se sent concerné, la photo vient à lui

Photographie.com : Qu'est ce qui a déclenché cette ouverture ?

C'est une question de générations : les vieux Arlésiens, qui étaient parfois un peu repliés sur eux-mêmes, ont laissé la place aux jeunes, à de nouveaux habitants qui sont arrivés avec un état d'esprit différent et qui se sont ré-appropié Arles. C'est une vaccination lente mais efficace ! 

La Nuit de l'Année a également joué également un rôle majeur dans cette nouvelle relation entre les Arlésiens et la photographie. Quand la photographie vient dans un quartier, dans une rue, lorsqu'elle est projetée sur les murs des maisons, l'habitant se sent concerné. Il n'a pas besoin d'aller vers la photo, la photo vient à lui. L'Arlésien devient participant et non pas étranger.  

Photographie.com : Quel regard portez-vous sur l'action des manifestations off ? 

Pour moi il n'y a pas de in et de off. C'est comme le festival d'Avignon, où il y a beaucoup de pièces officielles, dans la Cour d'Honneur, mais il y a aussi beaucoup de pièces des théâtre dans des locaux qui sont loués l'espace de deux heures, le temps de faire une petite représentation. Je pense qu'Arles est sur la même trajectoire, avec un nombre grandissant de petites expositions faites par les particuliers, chez les particuliers, ou chez les commerçants. C'est ça la force d'Arles. 

Propos recueillis par Roxana Traista

photo : Joueurs © Denis Darzacq