Zed Nelson, l'insoluble conflit israélo-palestinien

Interview

Cela fait plusieurs années que le photographe britannique Zed Nelson se rend en Israël et en Palestine, afin d'essayer de comprendre un conflit qu'il décrit comme extrêmement complexe et frustrant. Son nouveau livre et l'exposition organisée jusqu'au 17 mars à la Noorderlicht Photogallery mettent en lumière les racines du conflit israélo-palestinien et explorent avec sensibilité le psyché du peuple israélien. 

(c) Zed Nelson

 

(Please read below the full English version of the interview with Zed Nelson)

Photographie.com : Vous avez fait plusieurs voyages en Israël, comment expliquez-vous votre fascination pour ce pays ?

Lors de mon premier voyage en Israël, j'ai exploré l'idée d'une nation vivant avec une "mentalité de siège." J'ai voulu faire le tour du pays, le parcourir le long des frontières terrestres et maritimes, mais je me suis vite rendu compte qu'Israël est un tout petit pays - tellement petit que la majorité de la population vit à coté des frontières. J'ai commencé par documenter les contradictions et la diversité qui caractérisent l'Israël. J'ai découvert un petit pays - entouré par des ennemis à la fois réels et imaginaires - qui porte les traces des conflits et guerres passés.

En réalité, Israël est un endroit très frustrant. Vous vous donnez un mal fou à essayer de comprendre la situation, et faire un travail qui puisse contribuer d'une manière ou d'une autre à trouver une "solution." J'ai essayé de comprendre le psyché de cette nation, ce qui me permettrait de formuler mon propre "plan de paix." J'ai vite compris que mes ambitions étaient beaucoup trop optimistes ; la complexité de la situation et les contradictions de l'Israël et de la Palestine m'ont laissé confus.

Lorsque je suis arrivé pour la première fois en Israël, j'avais énormément de sympathie pour les Juifs de ce pays. Les persécutions et les horreurs perpétrées par les Nazis, les craintes et les rêves d'un peuple éparpillé aux quatre coins de la planète, m'ont fait soutenir la notion d'une patrie juive. Lors de mon second voyage, je me suis rendu à Jerusalem et en Cisjordanie et j'ai mieux compris la souffrance des Palestiniens, et la façon - un mélange de peur, mépris et domination - dont ils sont traités par l'État israélien.

(c) Zed Nelson

Photographie.com : Les pierres que vous avez photographiées pendant ces voyages symbolisent de nombreux siècles marqués par la guerre et la violence. Pourquoi avez-vous choisi de documenter le conflit israélo-palestinien de cette perspective ? 

La série sur les "pierres" est née du constat que la plupart des images réalisées sur ce sujet sont devenues des clichés visuels. J'ai utilisé ces images plus conceptuelles dans l'optique d'expliquer l'histoire et montrer que ce conflit est lié à l'histoire et à la possession de ce territoire, et aux conséquences psychologiques des événements passés. 

Cette série montre également la conviction, partagée par la plupart des Israéliens, que leur identité est indissociable de leurs terres. Pour eux, le passé, le présent et l'avenir sont inexorablement liés au terrain rocheux sur lequel ils vivent. Les pierres de cette série ont été photographiées (avec un appareil grand format, sous la lumière du jour) dans des endroits d'une importance historique, sociale, religieuse ou militaire. 

(c) Zed Nelson

(c) Zed Nelson

Photographie.com : La force de ces images de pierres est renforcé par un texte que vous avez écrit et par des photographies de paysage. Quelles est la relation entre ces différents éléments ?

La situation en Israël est particulièrement complexe. Rien de tout ça n'a de sens en dehors du contexte. Et si on remet les choses dans leur contexte, on se rend compte que ce "noeud" créé il y a quelques siècles est devenu de plus en plus serré. Pourquoi les Juifs, qui ont été persécutés pendant des siècles, feraient des choses pareilles aux Palestiniens ? Il y a eu beaucoup de désastres, d'erreurs, d'occasions manquées dans le passé ; pour trouver une solution, on aurait besoin de leaders aussi sages et charismatiques que Nelson Mandela et l'archevêque Desmond Tutu des deux côtés (et en même temps), et qui soient capables de trouver un terrain d'entente. 

Les images de ce travail communiquent entre elles, montrent les liens qui existent entre les différents éléments et visent à permettre au lecteur à formuler ses propres réponses. 

L'Israël a été l'un des sujets les plus difficiles et frustrants que j'aie jamais documentés. C'est un sujet tellement compliqué et délicat qu'on peut devenir prisonnier de ce "noeud" émotionnel, intellectuel et artistique. 

La notion de "photographe documentaire" est d'ailleurs de plus en plus problématique pour moi. Le fait de documenter implique l'idée que l'on puisse décrire une situation de manière fiable et vraie. C'est pour moi une vision trop optimiste de la réalité. On ne peut peut-être montrer que notre propre perception de la "vérité", telle que nous l'avons ressentie. 

Photographie.com : Allez-vous un jour couvrir ce sujet de l'autre côté de la frontière ? 

Cette série inclut déjà plusieurs photographies réalisées en Palestine, mais elle couvre notamment les traces de l'occupation israélienne en Palestine. C'est très difficile de trouver des endroits en Palestine qui ne soient pas affectés par le conflit et qui soient hors du contrôle israélien. Regardez, par exemple, l'image du berger palestinien sur la colline située en contre-bas d'une colonie israélienne en Cisjordanie. C'est ça la Palestine. 

(c) Zed Nelson

Photographie.com : Vous avez publié en février un livre sur ce sujet (le livre est disponible sur le site : www.zednelson.com). Quel message voulez-vous envoyer ? 

Ce livre vise à remettre les choses en contexte, et contient un essai que j'ai écrit basé sur mon expérience en Israël. 

Je crois qu'il n'y aura pas de paix entre la Palestine et l'Israël sans que des mesures ambitieuses soient prises des deux côtés. Des mesures comme la fin de l'Apartheid en Afrique du Sud, rendue possible par des leaders courageux et visionnaires comme Nelson Mandela et Desmond Tutu. Il n'y aura pas de solution sans que des compromis courageux soient faits des deux côtés. 

Mais la méfiance des Israéliens vis-à-vis des Palestiniens semble toujours s'aggraver. On trouve difficilement des signes d'empathie. Je crois que ceci est dû à la peur : les Israéliens se sentent menacés et fragiles. Mais leur comportement les enferme dans un conflit sans fin. 

In this land offre des informations historiques et psychologiques sur ce conflit, et propose aux lecteurs de réfléchir aux conséquences du désastre qui se déroule aujourd'hui en Israël et en Palestine.

Propos recueillis par Roxana Traista

28/02/2013

(c) Zed Nelson



Zed Nelson speaks about his new series on Israel

In his new series In this land, currently on display at the Noorderlicht Gallery in the Netherlands, photographer Zed Nelson looks at the Israeli identity and analyze the relations between the people and their land. He speaks about the work with photographie.com. 

Photographie.com : How did this project start ?

My first trip to Israel explored the idea of a nation living with a ‘siege mentality’. I aimed to travel around the entire circumference of the country - around the complete land and sea border. Researching this plan, I quickly realized that Israel is a tiny country - so small that almost everywhere in the country is near a border. At first I focused on the bizarre juxtapositions, the contradictions and the sheer diversity of Israel. Here was a tiny nation - surrounded by enemies both imagined and real. The country is littered by past signs of war and conflict. The Israeli people live in a permanent state of readiness for attack. By law, every Israeli citizen must have access to a bomb shelters and a gas mask.

But the truth is, Israel messes with your brain, and it is a frustrating place. Your head feels like it will explode trying to understand the situation, to attempt to make work what will contribute in some way to a ‘solution’. I had a sense that I wanted to understand the psyche of the nation, and with that knowledge put forward my own personal ‘peace plan’. I quickly realized this was a wildly optimistic ambition, and the complexity and contradictions of Israel and Palestine began to drag tie me up in knots.

My second trip I focused more on Jerusalem and the Palestinian West Bank. I had first arrived in Israel with reservoir of sympathy for the Jews of Israel. The history of persecution, the horrors that took place in Hitler’s concentration camps and the resulting psychological scars,

fears and dreams of a scattered people, all contributed to a basic, hazy, unfocussed feeling of support on my part for the notion of a Jewish homeland. But on my second trip, I saw more clearly the plight of the Palestinians, and how the Israeli state treats them with a mixture of fear, contempt, and domination.

Photographie.com: The stones depicted in your work become symbols of many centuries of fighting and violent episodes. Why did you chose to look at the Israeli-Palestinian conflict from this angle ?

The Israeli ‘stones’ series was borne from a realization that many of the images that come out of this place have become visual clichés: overly familiar, over-used, one-sided. Using the more conceptual images of the ‘stones’ to underpin the series was a strategy to focus the mind differently, to explain the history, and to make the point that this ‘conflict’ is utterly rooted in both history, possession of the land, and the

psychological effects reverberations of past events.

So the ‘stones’ series was born – and suddenly it allowed me to include insights into past history and also more current events that informed what is happening in the country today.

The stones series reflects on Israel’s fiercely unwavering beliefs that its identity is embedded in the very fabric of the land, with its past, present and future inextricably linked to the rocky ground underfoot.

Confounded, photographically, by the over-familiarity of images of rock-throwing Palestinian youths in headscarves and militant gun-wielding Israeli settlers, this series of images (photographed with a large-format view camera, in the intense light of Israel) depict stones gathered from places in the country invested with historical, social, religious or military importance.

Lifted out of context and scrutinized, these seemingly benign objects seem to reveal the scars of history etched into them, bringing to mind past and future triumphs, tragedies and conflicts. The fact that stones have been employed throughout the Palestinian intifada resistance as both a practical and symbolic means of attack and resistance to the Israeli military adds a second layer of resonance to the images.

Photographie.com: The project is constructed around the relationship between the "stones" images, the accompanying text, and landscape images. How do these elements support and re-enforce each other ?

The reality of Israel is extremely complex.

To some degree none of it makes sense until seen in context. And when you see it in context, you realize it is a centuries-old knot

that has been tied, tighter and tighter. Why would Jews, who have been persecuted over the centuries, commit such acts against Palestinians? It’s been a series of disasters, mistakes, and missed opportunities. A solution would require leaders with the wisdom and charisma of Nelson Mandela and archbishop Desmond Tutu, to appear on BOTH sides, at the same time, and make an enormous effort to find common ground.

The images, mixed and sequenced in this way, attempt to inform one another, to show connections, to take the viewer on a journey that provokes a thoughtful response.

There are mixed sympathies that emerge in the work, and my response to the place. What I have tried to do is make connections. To show how past battles have informed the contemporary mindset. How the violence, forced removal and continuing oppression inflicted on Palestinians has manifested itself in extreme acts of terror and violence in return.

The subject of ‘Israel’ has been one of the most frustrating and difficult subjects I have attempted to make work on. This is a subject so complicated and emotive that it can tie you in an emotional, intellectual and artistic knot.

The notion of being a ‘documentary photographer’ is increasingly problematic to me. The implicit suggestion is that to document is to provide a reliable, truthful account of a situation. This is hugely optimistic. Perhaps we can only ever show our own vision, our own version of a ‘truth’ as we have experienced it.

In my first book, Gun Nation - (published as a book in 1999) - I had already become increasingly aware of the limitations of a strictly traditional documentary approach.

In Gun Nation I adopted ‘traditional’ 35mm B/W reportage photography, but mixed it with carefully-observed formal portraits photographed with a large-format camera and studio-lit still-life ‘details’. I had never seen a photographer mix these styles and techniques in one project before, but it quickly became vital tool to me: creating tension and juxtapositions. These strategies weren’t adopted for novelty, they helped tell the story, to shake the viewer awake, to engage, inform and surprise.

Photographie.com : The idea of a wall keeping others out but also locking people inside is very strong. Is this a solution that Israli’s have come to see as permanent ?

The massive Israeli ‘security wall’ that dominates the landscape is a spiteful scar on the politics of this conflicted nation. The 8-metre high, 465-mile long concrete wall snakes into the occupied West Bank, swallowing up tracts of Palestinian agricultural land, slicing through communities and separating Palestinian farmers from their fields and olive trees. The international court of justice ruled the barrier illegal under international law in 2004.

But even on the Palestinian side of the separation wall, Israeli settlements dominate the landscape. Half of the Palestinian West Bank has effectively been annexed by Israel, leaving the occupied population with disconnected lands and no viable existence. Only a strategy of permanent rule can explain this vast Israeli colonization project and the enormous investment in housing and infrastructure on Palestinian land.

It is as if Palestine is being made into a ghetto state. But the Israeli’s are also building walls in their head too. Everybody loses in this situation.

Photographie.com : Will you some day look at this conflict from the Palestinian side ?

This series already includes work from the Palestinian side, but mainly focussing on manifestations of Israeli occupation in Palestine. It is very difficult to find parts of Palestine unaffected by the conflict and by Israel’s control. Look, for instance, at the image of the Palestinian shepherd on the hill, overlooked by the vast Israeli settlement in the Palestinian West Bank. This is Palestine.

Photographie.com : A book will be published in February on this issue (available at: www.zednelson.com). What message do you hope to send ?

The book provides even more context, with a long essay I have written about my experience in Israel.

There are so many reasons why things seem to have gone wrong. But, boiled down to its simplest reason, the violent birth of Israel has been a fight for land, identity, and a home, on both sides. But there is one difference, the Palestinians were living in Palestine, and the Jews who arrived with dreams of a safer future created the state of Israel - the Jewish Homeland - in Palestine. Many mistakes were made along the way. Perhaps it could have been different. The question is now, how find a solution that can appease both sides.

There will not be a peace between Palestine and Israel unless something unimaginably bold takes place. Something like the end of Apartheid in South Africa, brokered by leaders as courageous and visionary as Nelson Mandela and Archbishop Desmond Tutu. There will be no solution without courageous, forward-thinking compromise on both sides.

But the mood in Israel seems to be hardening towards the Palestinians. There is little sign of empathy. I think it is borne from fear: the Israelis feel threatened and unstable. But their behavior traps them in a continuing battle.

As I said, I feel some sympathy for the notion of a Jewish homeland. But the violent birth of Israel displaced so many Palestinians that the problems it created remain as fresh and as raw today as when the conflict first began.

Events that followed have spawned one of the most bitter, intractable conflicts in the world. In This Land provides psychological and historical insights, and aims to be a thought-provoking meditation on the disaster that is unfolding in Israel and Palestine today.

28/02/2013