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Résultats de la Bourse du Talent #36 : Espace, Paysage, Architecture - Newsletter du vendredi 24 octobre 2008

Jean Frémiot, lauréat de la Bourse du Talent #36
Mention spéciale : Marilia Destot


Le jury (de gauche à droite) : Yves di Maria, Lydie Trigano, Martine Ravache, Thierry Girard et Nancy Dorking

Le jury de la BT36 unanime n’a pas seulement remarqué un "reporter de guerre opérant en Berry", en attribuant la 36ème Bourse du Talent à Jean Frémiot pour ses territoires occupés, c’est aussi le travail "original" d’un photographe plasticien qui arpente depuis trois années les conflits urbains/paysagers qui ravagent les contours de sa ville.
"Il dépasse le reportage pour réaliser un travail de photographe sur ces lieux éphémères" apprécie Yves Di Maria. Jean Frémiot dresse un inventaire à la Jan Van Eyck (missionné en 1428 auprès de Jean 1er, roi du Portugal en qualité de reporter dessinateur), de ces zones périurbaines ou péri-rurales en pleine transformation, prêtes à accueillir des populations de "rurbains" positionnées comme autant de fantassins sur une ligne de front.
Thierry Girard remarque dans son enquête "la maîtrise dans son jeu avec les ouvertures des fenêtres montrant ce qu’il reste du paysage traditionnel."
Le jury de la Bourse du Talent réuni le jeudi 23 octobre 2008 a donc attribué la 36ème édition à Jean Frémiot, et à décerné une mention spéciale à Marilia Destot pour sa série photographique "Ellipses".

Le jury était composé de 5 personnalités du monde de la photographie : Nancy Dorking (DA Editions du Chêne), Martine Ravache (Critique - Connaissances des Arts, Exporama...), Lydie Trigano (galerie Emotion), Yves di Maria (Expert) et Thierry Girard (photographe)


 BIOGRAPHIE

Formation
1994 > Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique (D.N.S.E.P.) E.N.B.A. [Bourges]
1992 > Diplôme National d’Arts Plastiques (D.N.A.P.) E.N.B.A. [Bourges]

Expositions personnelles
2009 > La Métisse d’Argile [Saint-Hippolye-37]
2008 > “Le coeur des territoires occupés” - Palais Jacques Coeur [Bourges-18]
2003 > Cesal [Bourges-18]
2002 > Médiathèque de Villebon-sur-Yvette [Villebon-sur-Yvette-91]
2000/01 > Esprit club - Cyber café [Bourges-18]
1999 > “Quoi de neuf en surface ?” - Galerie Pictura [Bourges-18]
1998 > “Photographies” - Ecole d’Art [Saint-Amand-Montrond-18]

Expositions collectives
2004 > “ZACs” - O.P.A. chez Lucien Petit [Bannay-18]
2003 > Journées du patrimoine [Vierzon-18]
2001 > “Aux frontières de la limite” - Carte blanche à Jean Frémiot, Castel Coucou [Forbach-57]
2000 > “Du coq à l’âne” - Galerie le bleu du ciel [Lyon-4e]
> Ateliers Portes Ouvertes [Cher-18]
> Foire d’Art Contemporain - Château d’eau [Bourges-18]
1999 > La Valise accueille “La Rotavie” [Oudon-44]
> “La fête des enfants” [Crozant-23]
> Ateliers Portes Ouvertes chez Jean-Louis Pujol [Bourges-18]
1996 > “Moisson de printemps” - Centre d’art - Château de Ratilly [Treigny-89]
1994 > “1,B,ix,12 4-0” - Galerie Barbès - Atelier Michel Aubry [Paris-18e]
> “Sans agent conservateur” - Galerie la Box [Bourges-18]



• Jeunes photographes de la Bourse du Talent
Depuis 1998, la Bourse du Talent, décernée à de jeunes photographes, leur offre une reconnaissance de la profession et un espace d’exposition. Forte du succès de l’exposition présentée l’an dernier à l’occasion de la 10e édition, la BnF poursuit l’aventure.

En savoir plus...
Bibliothèque nationale de France BNF Site François-Mitterrand - Quai François-Mauriac
75706 Paris Cedex 13
Visitez le site : www.bnf.fr

 

• Exposition Fictions Aptères - Marikel Lahana
A chaque session de la Bourse du talent, le sujet du lauréat est exposé dans le laboratoire Picto Bastille immédiatement après l'attribution de la Bourse. Le sujet de Marikel Lahana "Fictions Aptères" est visible sur les cimaises du laboratoire.
Picto Bastille - 53bis, rue de la Roquette 75011 Paris
Visitez le site : www.picto.fr

La bourse du Talent 2009
Retrouvez le calendrier et les thèmes de l'année 2009 en ligne sur Photographie.com à partir du mois de février 2009.

Visitez le site : www.photographie.com

 

Partenaires de la Bourse :
KODAK PROFESSIONNAL
PICTO
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PHOTOGRAPHIE.COM
BnF



© Jean Frémiot
Ces visuels de presse sont diponibles sur simple demande par email.

Des territoires occupés

Comme Jean Frémiot ne fait et n’a jamais fait autre chose que ce qu’il a envie de faire, le voilà lancé dans « Les Territoires occupés », ces photos qu’il prend sur des chantiers de lotissements en construction à la périphérie des villes. Chantiers désertés le temps d’une pause déjeuner ou cigarette, laissés tels quels, avec leurs boyaux qui se dévident, les meurtrières que n’ont pas encore comblées les fenêtres qu’on posera une fois les cloisons montées, le toit arrivé. Chantiers laissés à la lumière d’un jour, qui n’aura, une fois occupés, plus lieu d’être. Lieux d’êtres en devenir, déposés là, dans un entre-deux qui tient et de la relégation et de l’aboutissement. Parce que ces gens qui vivent là, se vivent dans une forme de réussite, c’est ainsi qu’on le leur a vendu. Ils quittent des quartiers défavorisés, accèdent – rhétorique immobilière – à la propriété. On leur attribue des voisins, des numéros, des places préférables à d’autres. On les laisse nommer leur maison, en faire un lieu reconnaissable. Ils ne savent pas qu’ils payent cher leur indépendance, que les lieux artificiels souffrent d’un déficit de mémoire et d’histoire que l’éloignement d’avec les lieux de culture ne fait qu’aggraver. Il l’annonce, Frémiot, en filigrane, l’insociable sociabilité, kantienne ou woltonienne (1).
Il l’attribue en secret, la mécanique des places dont elles seront privées : en sans-culotte, il va donc chercher là noblesse où elle est. Il réinstaure l’entrée de service qu’on trouve encore dans les appartements des immeubles bourgeois mais plutôt que de veiller à ce que les invités ne le voient pas, il fait une entrée fracassante et, comble du lèse-majesté, c’est lui qui invite ! Après les anciens, il entre en force dans des lieux qui ne l’auraient jamais reconnu si ses photos ne l’avaient pas précédé. L’arrière-scène, les coulisses, rien de cela ne sied vraiment aux rites millimétrés des cérémonies protocolaires : il faudra bien, pourtant, qu’ils s’y habituent, ces monuments historiques, à ce que l’objectif du photographe ramène à ce qui ne se voit pas, souvent parce qu’on ne veut pas le voir.
Parce que quand il rentre dans Jacques Cœur, c’est à l’échafaudage qu’il commence à s’intéresser. Quand, en plein patrimoine –l’idée cooptée de ce qu’on a fait de mieux – il nous remet le nez dans ce qu’on est sans doute en train de faire de pire, il y a matière politique, déjà. Les fragments qui suivent sont des morceaux de philosophie politique, détournés poétiquement. La meurtrière de l’objectif fixe le détail d’un paysage ancien qu’on a remodelé. Les chemins éthique et esthétique sont convoqués, en parallèle des clôtures qui renferment. A travers les chantiers, c’est plus un passé qu’un projet que Frémiot interpelle. Il est à sa place au Palais, mais pas comme le fou du roi : comme l’iconoclaste qui met le doigt là où il ne faudrait pas, plutôt. C’est tant mieux : les engagements qu’on suit sont toujours de ceux qu’on n’aura pas à prendre… Mais il fallait au moins lui donner une réplique ; j’ai fait de mon pire, de là où je suis. De mon Collège aristotélicien là où lui fonde la République Indépendante des Enfants. J’ai baissé le regard pour mieux regarder mes ongles en assénant des vérités. Que je ne prétends pas détenir pour autant : moi qui ne suis pas sociologue, j’ai dû pourtant trouver les mots pour dire cette sociologie qu’il fait plus qu’induire mais à laquelle il n’ajoute rien d’autre que ses photos. Elles sont juste là, criantes, ouvertes à qui veut bien les voir en regardant la série des Territoires occupés.
Laurent Cachard

(1) dont la conférence à l’ENS LSH Lyon en février 2007 m’a largement inspiré et à qui j’emprunte le premier aphorisme, lui-même descendant de l’insociable sociabilité kantienne. Son chapitre sur les nouvelles solitudes urbaines que révèlent les techniques nouvelles de communication, son propos sur le téléphone portable comme substitut amoureux de la main qu’on voudrait tenir dans la sienne étaient plus que remarquables, ils étaient des avertissements. Les derniers ?
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Mention spéciale : Marilia Destot
Ellipses

 Au commencement, une forêt sombre et lointaine qui ondule doucement à l’horizon. Puis tout près cette courbe maternelle couchée sur l’herbe brûlée. Ensuite l’éclaircie blanche, et vite, le frémissement doré de la fin du jour... Les saisons, les paysages, les silhouettes passent, se ressemblent et résonnent dans leur beauté sensuelle et éphémère.
La photographie est pour moi un moment d’évasion comme de recueillement, une contemplation songeuse du monde : la nature est l’espace infini de mes rêveries, et l’expérience des êtres qui s’y plongent, mon sujet photo-sensible.
Rien de plus universelle et subjective que l’expérience photographique : nous sommes spectateurs d’une même scène, pourtant nous la regardons différemment.
Mais qu’avons nous vu ? Et que voyons nous maintenant ?
Dans ellipses, j’associe en une série de diptyques des images de lieux et temps parfois identiques, parfois différents.
Par une approche chromatique picturale des saisons, par la répétition/permutation des images ou par la présence/absence des figures, j’explore la suspension et le passage du temps, la vision subjective et sensorielle de l’espace, ou encore les rémanences illusoires de la mémoire. Je sonde notre “présence au monde”.
Sous la forme poétique d’un "cadavre exquis elliptique", le défilé des images quitte l’univers du réel vers un espace-temps imaginaire.
À cette frontière entre réalité et fiction, mes "tableaux photographiques" deviennent des séquences d’un film en pointillé : un champ des possibles dans lequel l’esprit du spectateur peut librement voyager.

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