Jean - Frémiot - Les Territoires occupés
Lauréat Bourse du Talent #36, Espace
Ses territoires occupés, Jean Frémiot, qui se définit comme "reporter de guerre opérant en Berry", les délimite aux alentours de Bourges, comme on les trouverait autour des grandes villes de France et d’ailleurs. Par un travail plastique pertinent, respectueux des lois du raccourci et de la perspective découvertes par les maîtres de la Renaissance, Jean Frémiot mesure en arpenteur le terrain gagné par les plans d’urbanisme et les projets de lotissement sur une nature encore vierge et jadis réputée dangereuse. Jouant des aplats gris-bleu du parpaing photographié dans la rigueur du fil à plomb, exploitant le jeu parfait des appareils de poutres et de leurs ombres, usant des ouvertures comme d’autant de gravures d’un paysage bientôt éradiqué, le photographe agit en plasticien et transmue la trivialité immobilière en installations aussi inquiétantes qu’éphémères.
Hervé Le Goff
Jean Frémiot (1971) est titulaire du Diplôme national supérieur d’expression plastique de l’Ecole des beaux-arts de Bourges et partage ses activités entre une production photographique régulièrement exposée et son implication dans plusieurs projets d’enseignement. Les Territoires occupés ont fait l’objet d’une publication en 2008, sur un texte de Laurent Cachard.
Marilia Destot - Ellipses
Mention spéciale Bourse du Talent #36, Espace
Les images nous parlent du temps qui passe, des variations de saisons, propices à la contemplation, à la méditation.
En ces territoires de villégiature, la poésie de la nature invite au voyage, à l'éveil des sens, à retrouver l'expérience originelle de l'enfance. Jouant sur des associations chromatiques, sur les résonances d'images et de personnages, sur une syntaxe elliptique proche du cinéma, les photographies de Marilia Destot finissent par troubler leur apparente quiétude.
Dans cet univers sans repères, fait d'absence et de solitudes, de tonalités changeantes, Marilia Destot propose une scénographie impressionniste de l'existence ponctuée de symboles empruntés au végétal et rebondissant sur le jeu des corps et des frondaisons.
Que l'histoire ait, comme toutes les histoires, un début, un milieu, ou une fin, importe peu : ces Ellipses la rendent perpétuelle.
Hervé Le Goff
Marilia Destot (1977) est diplômée de l’École Nationale Supérieure Louis Lumière en 2000. Auteur-Photographe indépendante, elle mène un double parcours journalistique et artistique, entre photographie et multimédia. Ses travaux ont été exposés en France, en Suisse et en Angleterre.
Marikel Lahana - Fictions aptères
Lauréate de la Bourse du Talent #35, Portrait
S’il fallait se reconnaître dans un portrait, les modèles de Marikel Lahana lui décerneraient un brevet de portraitiste. Se plaire en son image est une autre affaire qui échappe aux sujets de la jeune photographe embarquée dans une aventure qui la conduit aux marches du théâtre et de ses limbes. Ces fictions aux ailes coupées se contentent aussi d’une seule vue pour raconter une histoire, une solitude, une disparition, une absence, voire une folie. Figurants d’une scène posée face à l’objectif, pantins d’un geste chorégraphié dans la lumière brute du théâtre, fantômes soustraits au décor, les acteurs de Marikel Lahana se suivent dans la scénographie d’un récit aux tonalités douces-amères dont on n’imagine pas de fin.
Hervé Le Goff
Marikel Lahana (1978) aligne ses collaborations comme ses formations. Titulaire d’un DEA en Art en 2005, elle suit les cours de l’ENSAD à Paris-Recherche fondamentale, passe par l’université d’Arts & de Design d’Helsinki en 2007 et obtient en 2008 le diplôme de l’ENSP d’Arles. La photographie de spectacle qui lui fait approcher les scènes des grands festivals connaît un développement dans de récents travaux personnels intitulés "Autorité", " Lift" ou "N".
Jean - Frémiot - Les Territoires occupés
Lauréat Bourse du Talent #36, Espace
"Allah Akhbar". L’invocation est inscrite à l’adhésif noir sur un vitrail de plastique : la mosquée est bricolée comme le reste des baraquements érigés un bidonville tentaculaire aux alentours d’Almeria que trente années de culture sous polyane ont sorti de sa misère de ville andalouse pour en faire un des premiers sites européens de production de fruits et légumes. Pour fonctionner, cette hacienda moderne s’est constituée un peuple de travailleurs immigrés venus d’Afrique d’Amérique latine et de l’Europe de l’est. En trois séjours, entre mai 2006 et septembre 2007, Christophe Chammartin a visité cette mégapole labyrinthe de misère, dont on estime à plus de cent mille le nombre des habitants. Rapportant la ténacité qui vient à bout de la misère, ses images décrivent le mélange des cultures, avec autant d’acuité que de compassion et de révolte.
Hervé Le Goff
Christophe Chammartin (1970), titulaire du CFC suisse de photographie depuis 1974 a complété sa formation par une expérience de vendeur et par de nombreux voyages, aux Etats-Unis, au Maghreb et en Europe de l’Est. Photographe indépendant régulièrement publié dans la presse, exposé à Arles et à Montpellier, il intègre l’agence genevoise Rezo en 2001.
Damien Fellous - Les guerill’ados de l’ELN
Coup de Coeur, Bourse du Talent #34, Reportage
Sans doute par défaut d’otages célèbres, l’ELN intéresse moins l’actualité que les FARC, ses rivales de la scène révolutionnaire colombienne. Damien Fellous a accompagné les garçons et les filles qui font les jeunes recrues de l’Ejercito de Liberacion Nacional. Si la mort n’est jamais loin, prête à les faucher, ces adolescents pour la plupart transfuges d’une condition de misère vivent entre eux une aventure plutôt heureuse, partagée entre l’éducation politique et la musique, entre les escarmouches et leurs amours. Le symbole d’autocollants enfantins sur l’arme à feu d’un de ces ados guerriers est aussi celui du regard aigu et sensible de Damien Fellous sur un des paradoxes qui semblent devoir façonner le 21e siècle.
Hervé Le Goff
Damien Fellous (1970) complète des études universitaires en cinéma et en sciences politiques par une formation au photojournalisme à, l’EMI-CFD. Photojournaliste indépendant, membre du collectif « Libre arbitre » depuis 2003, il a réalisé plusieurs reportages en Europe, en Asie et en Amérique latine.
Magali Corouge - Nagorno Karabagh
Coup de Coeur, Bourse du Talent #34, Reportage
Comme la Tchétchénie ou l’Ossétie, le pays fait partie de ces régions longtemps inconnues de l’ancien bloc communiste et que les luttes pour l’indépendance ou l’autonomie ont sorties de nos lacunes en géographie. Coincé entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, le Nagorno Karabagh, ou Haut Karabakh que visite Magali Corouge doit à quatorze années de paix civile d’avoir retrouvé le cours ordinaire de la vie, des routes à peu près sûres pour la Traban, le temps des soins et les fastes du mariage. Montrés dans des images marquées des stigmates de la guerre, ces bonheurs rejoignent le compromis fragile d’un conflit atomisé par l’effondrement d’un empire totalitaire.
Hervé Le Goff
Magali Corouge (1976) a obtenu en 1999 le Diplôme national d’art plastique de l’Institut d’arts visuels d’Orléans et en 2002 le diplôme en photojournalisme au London College of Printing. Elle travaille depuis 2003 comme photographe indépendant avec de nombreux titres comme Le monde, Le Pèlerin, Politiken, The Guardian, La vie, ou Financial Times.
Stéphanie Lacombe - Les Français à table
Coup de Coeur, Bourse du Talent #35, Portrait
L’usage veut qu’on s’active entre les repas. Stéphanie Lacombe en a fait au contraire son temps plein, s’invitant en spectatrice chez des Français de toutes conditions, origines et confessions. Photographie sociale bien plus que culinaire - on ne voit guère ce que mangent ces gens qui mangent - le travail de Stéphanie Lacombe s’apparente à l’écriture d’une comédie humaine ou à l’édification d’un musée de cire variant ses registres de l’humour à l’émotion, de la compassion à la terreur, où la télévision, convive hors-champ mais souvent deviné, apporte son éclairage fade et indigeste.
Hervé Le Goff
Stéphanie Lacombe (1976) est diplômée de l’Ecole nationale supérieure des Arts Décoratifs. Régulièrement publié dans la presse, souvent remarqué à la faveur des prix et concours de photographie son travail commandé ou personnel décline une approche esthétique sur de nombreux sujets contemporains. Stéphanie Lacombe a reçu en 2001le Prix spécial du Jury Agfa et le Prix spécial du Jury de la Fondation Lagardère en 2006.
Jean-Claude Delalande - Tentatives
Coup de Coeur, Bourse du Talent #35, Portrait
Narcissique et auto destructeur, Jean-Claude Delalande est sans aucun doute les deux. A la fois metteur en scène, acteur et spectateur, il s’insinue dans ses fantasmes avec la distance salvatrice de l’humour. Et il en fallait pour sauver l’homme dans ces multiples tentatives qu’on suppose de suicide, avec la déclinaison des mises à mort : le rasoir, l’asphyxie, l’empoisonnement, la noyade en chambre, la chute de cheval, le knockout définitif et d’autres voies plus originales encore. La lettre d’adieu, les derniers mots ont beau être écrits en bonne place, les tentatives sont vouées à l’échec, le "serial suicidomane" inspiré par son double finira par se donner le coup de grâce en déchirant son portrait, sans être vraiment certain de ne pas lacérer son âme.
Hervé Le Goff
Jean-Claude Delalande (1962) a étudié la photographie à l’école MI 21. Régulièrement publié depuis 1995, promu par plusieurs prix, son travail a fait l’objet de plusieurs expositions personnelles, aux Rencontres d’Arles et à la Maison européenne de la Photographie à Paris.
Steffen Rault - Courants d’air
Coup de Coeur, Bourse du Talent #35, Portrait
Face au discours commun sur la pollution, Steffen Rault voyage et décline. A chaque mégapole son mauvais air, pour chacune une carte, un plan que l’artiste, aussi documenté qu’un procureur, imprime sur le buste glabre de jeunes hommes si ressemblants qu’ont les tiendrait pour des clones du Terrien inconnu. Pour Seveso une dioxine déjà célèbre, à Hong Kong une grippe aviaire qui s’intéresse à l’homme, à Mexico des particules de soufre, pour Hanoi des poussières d’époques diverses et à New York, les cendres de Ground Zero dont on découvre à sept années du 11 septembre qu’elles pourraient à leur tour être meurtrières. Le tourisme de Rault connaît d’autres destinations sur le globe et dans le temps : Auschwitz et Hiroshima respirent sans rien oublier.
Hervé Le Goff
Steffen Rault (1971) a partagé sa formation en communication et en photographie entre Paris et Londres. Connu pour une œuvre déjà riche de plusieurs titres, "Le Soldat", "Images A Louer", "Final Print, Preview" , "Grain Sonore", "No Remix", "la Bataille de Newbury" Steffen Rault est régulièrement sollicité pour diriger des stages ou donner des conférences.
Renan Astier - L’étreinte
Coup de Coeur, Bourse du Talent #35, Portrait
Populaire aux Etats-Unis, au Japon, en Grande-Bretagne et au Brésil, le free-fight est interdit en France et Renan Astier travaille en connivence avec des lutteurs au cours de séances d’entraînement, mêlant d’autres disciplines autorisées comme le grappling, la boxe thaïlandaise ou le ju jitsu brésilien. Occultant les premières heures du combat et la violence des coups, Ronan Astier s’intéresse à la phase finale, quand un des deux protagonistes prend le dessus sur l’autre et atteint sa victoire par une contention totale, à la limite de l’étouffement. Ses images qui se passent de l’instantané communément consommé par la photo de sport approchent les corps, la peau et les muscles noués et dont émerge, grimaçante de douleur, la tête du vaincu.
Hervé Le Goff
Renan Astier (1978) est titulaire d’une Maîtrise d’économie en 2002 et du diplôme de l’ENS Louis Lumière en 2006. Ses portraits sont régulièrement publiés dans Libération et dans le Nouvel Observateur. Photographe publicitaire, il a à son actif plusieurs commandes institutionnelles
Laurent Julliand - Stigmates
Coup de Coeur, Bourse du Talent #35, Portrait
L’histoire de l’art occidental est criblée de stigmates : les saintes plaies inspirent. Laurent Julliand fait feu du même bois en célébrant les restes des forêts brûlées vives de Provence. Même s’il s’accompagne d’un cri d’alarme contre les incendiaires inconscients ou criminels, son travail trouve dans le désastre encore assez de beauté.Tiges calcinées fusant en coups de fusain sur fond de cendre blanche comme neige, spectres d’arbres tournés au ciel comme les adoraient les romantiques, tout participe du même spectacle post apocalyptique, jusqu’au mystère de la renaissance d’un buisson ardent de verdure.
Hervé Le Goff
Laurent Julliand (1970) vient à la photographie par le détour de la publicité et de la communication. Impliqué dans la culture électronique des nuits noires ou blanches, notamment celle de la Mairie de Paris, il conçoit et réalise des pochettes de disques et publie régulièrement ses portraits dans Le Monde et dans Tsugi, le magazine de la culture électronique.
Boris Gayrard - 69.13°N 51.06°W
Coup de Coeur, Bourse du Talent #36, Espace
Entrée sur Google Earth, la position vous conduit en un point de cette grande île blanche que le Viking Eric le Rouge nomma en son temps Groenland, la Terre verte. La verdeur n’est pas la verdure de l’Irlande, elle surgit au mois de juin entre les nuances minérales de baie de Disko, au moment où le grand froid se contente de n’être que froid et quand les glaces se disloquent pour leur mobilité estivale. Oubliant le ch¦ur des lamentations sur le réchauffement de la planète, Boris Gayrard décrit avec lyrisme le spectacle immémorial et grandiose des icebergs chaque année abandonnés par le fjord-glacier de Sermeq Kujalleq, au départ de leur voyage sans retour vers la mer de Baffin.
Hervé Le Goff
Boris Gayrard (1971) a été formé à l’ESRA de Paris et à l’ETPA de Toulouse. Il a derrière lui une courte mais dense carrière photojournalistique qui le conduit d’Haïti au Moyen-Orient en passant par l’Afrique et l’Asie. Parallèlement à son travail de photographe, il mène une carrière de spécialiste en tirage d’art graphique numérique.