... Retrouvez Nan Goldin à Arles pour les 40èmes Rencontres de la Photographie...

Projection de Nan Goldin, Arles 2009
Nan Goldin est l’invitée d’honneur des 40èmes Rencontres photographiques d’Arles. C'est François Hébel, le directeur des Rencontres qui découvre son travail en 1987 et est le premier en Europe à vraiment l’exposer. Accompagnée de photographes amis ou repères, porteuse d’une œuvre accomplie dans le risque constant de vivre et de créer, de témoigner des affres et des plaisirs du
quotidien, de moments, de figures et d’images donnés en partage elle présente trois œuvres : sa collection photographique, les projections Sœurs, Saintes et Sybilles et The Ballad Of Sexual Dependency.
La collection de photographies de Nan Goldin
Les œuvres de cette collection sont pour Nan Goldin une obsession qu’elle garde toujours près d’elle. « Elles ont une grande importance dans ma vie et elles couvrent toutes sortes de formes d’art, ainsi qu’en partie les XIXe, XXe et XXIe siècles, l’Afrique, l’Europe centrale jusqu’au Japon et les Amériques. Comme avec tout ce que je collectionne, la photographie qui m’intéresse n’est ni historique, ni pédante, ni d’un genre particulier, mais simplement celle qui m’émeut, avec laquelle je m’identifie, celle qui enrichit ma connaissance du monde, ou qui révèle une forme de beauté, qu’il s’agisse d’une forêt ou d’un visage. Je suis attirée par les images qui m’évoquent des parallèles avec mes propres expériences, que ce soit littéralement ou inconsciemment – images d’amants, de la vie nocturne, de lesbiennes, de drag-queens, de fumeurs d’opium, de la mort. » Le première influence de Nan Goldin est la photographie de mode et de charme des superstars hollywoodiennes des années 1930–1950. Elle veut faire de la photographie de charme comme Guy Bourdin, mettre les drag-queens sur la couverture de Vogue. Mais elle n’est pas assez « bonne photographe », techniquement. Puis elle rencontre un professeur qui réagit bien à son travail. Il l’initie à la photographie d’art et ses héros deviennent August Sanders, Weegee, Arbus, Brassaï et Larry Clarke. Sa collection est composée aussi des photographies surréalistes de Molinier et de Bellmer, de photographies en noir et blanc.« Pour moi, la photographie elle-même est une forme de collection. Beaucoup de photographes enregistrent leur vie, leur expérience, les gens qu’ils ont connus et les endroits où ils ont vécu. Ils cherchent leur version personnelle de la vie, leur propre définition du monde. Il y a une obsession commune de la mémoire, souvent abordée comme une manière de combler la perte ; je suis attirée par ces ténèbres, l’exploration du vide et la propre mortalité de l’artiste. J’ai noté que les photographes ont tendance à vivre vieux, et je me suis interrogée sur ce lien. Au-dessus de mon lit, à Paris comme à New York, j’ai accroché ces photographies. Ce sont comme des totems protecteurs. » Nan Goldin, Mars 2009.
Exposition présentée à l’église des Frères Prêcheurs.
Soeurs, saintes et sybilles
Soeurs, Saintes et Sybilles est un hommage à ma sœur et à toutes les femmes rebelles qui se battent pour survivre dans la société. Je voulais questionner au travers de ces trois récits de femmes, le piège de l’enfermement, au propre comme au figuré. L’histoire de sainte Barbara, décapitée par son père pour s’être libérée grâce à la découverte de sa spiritualité. La vie de ma sœur aînée Barbara qui fut enfermée dans différentes institutions psychiatriques pendant la majeure partie de son adolescence pour s’être rebellée contre le conformisme extrême de la société, de l’époque et de la famille. Mes deux séjours en hôpital psychiatrique, le premier pour échapper au piège de la toxicomanie et le second pour traiter ma dépression et mon autodestruction. L’installation mettra les trois projections à hauteur d’yeux du public, qui devra grimper jusqu’à un petit balcon à quatre mètres du sol, tout comme un médecin qui examine un malade d’une distance prudente. Impliqués en tant qu’observateurs, ils ont aussi la sensation d’être pris au piège. Les thèmes de l’attitude de la psychiatrie envers les femmes, du traitement des femmes rebelles, de la relation entre père et fille passeront au crible intense de la mémoire et de l’expérience personnelle.
Nan Goldin Projection présentée à l’église des Frères Prêcheurs
The Ballad of sexual dependency
Profondément personnel, The Ballad of Sexual Dependency est le journal intime visuel de Nan Goldin. Depuis plus de trente ans, Nan Goldin fait la chronique de sa vie et de sa famille étendue à Boston, Berlin, Londres, Tokyo, en Égypte et dans le Lower East Side new-yorkais. Cette exploration l’a amenée à bâtir un portrait de son univers et de notre époque. La sexualité est au cœur de l’œuvre de l’artiste. Ses photographies démantèlent les codes de l’identité sexuelle – qu’ils soient obéis, ignorés ou transgressés. Ses images sont plus que des récits à un seul niveau : leur structure répond à une interaction dense entre des personnages et des thèmes dont résulte une œuvre retentissante, presque musicale, qui se fait l’écho de l’ambivalence et de la complexité. Nan Goldin a regroupé ses photographies en séquences caractéristiques : les femmes seules et en groupe ; les hommes seuls et en groupe ; les enfants, le mariage, les couples, la mort. Elle examine les glissements comportementaux en relation au contexte social et crée ce que J.Hoberman du Village Voice appelle une « taxonomie sexuelle des années 1980 ». Son travail se manifeste quelque part entre la poésie et le roman-photo, entre le cinéma et la littérature, ou encore entre la photographie d’art et le cliché amateur. La photographe exige que le spectateur plonge sous la surface, si luxueuse que soit sa mise en lumière et en couleur, si provocante que soit sa mise en scène. Elle va au-delà des préjugés sexuels et sociaux pour éclairer les recoins de la culture contemporaine, et ce, sans l’aliénation et la condescendance des médias grand public. Nan Goldin photographie en tant que participante, et ce point de vue personnel rend son travail d’autant plus émouvant. Comme elle écrit dans ses notes sur La Ballade, « ceci est ma famille, mon histoire ».Mark Holborn, in The Ballad of Sexual Dependency, Aperture, 1986.
|