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Pendant tout l’été, suivez le Festival des Rencontres d’Arles avec SFR Jeunes Talents et le magazine Photographie.com !
Chaque semaine, nous vous révèlerons une anecdote et l’actualité des Rencontres Photo d’Arles dans les colonnes du magazine Photographie.com (Page spéciale Rencontres d’Arles)
À partir du 10 juillet jusqu’au 02 septembre, tentez votre chance pour essayer de gagner toutes les semaines une photographie, signée et numérotée, des artistes lauréats SFR Jeunes Talents Marc Montmeat et Nicola Lo Calzo exposés à Arles cet été et parrainés par le célèbre photoreporter Reza.

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NOS ÉTÉS D'ARLES : 2ème ESISODE
40 FÊTES DE PHOTOGRAPHIE

Tout l’été la ville d’Arles fait la fête à la photographie avec son festival qui a vécu dans ses coulisses de nombreuses histoires, drôles, émouvantes, de gaffes, de culot, de cul tout court… Ces 40 années de fêtes de la photographie sont l’occasion de revivre ces moments qui ont fait l’Histoire des Rencontres d’Arles. Tout au long de l’été, nous vous emmenons vivre et revoir les images de la plus grande manifestation du monde consacrée à la photographie. La première semaine d’ouverture vient de s’achever sur les notes mélancoliques des Tiger Lillies qui accompagnaient la ballade sexuelle et photographique composée par Nan Goldin. Une occasion d’évoquer les grandes soirées d’Arles.


Eugene Smith, 1975 © Patrice Bouvier


LES SOIRÉES D'ARLES
Par Bernard Perrine, Journaliste, photographe, Directeur des Rencontres de 1974 à 1977, Commissaire de l’exposition Léon Herschtritt


En 1974, au début des rencontres j’ai été convoquéIl y aurait beaucoup de faits marquants à citer et à se remémorer au cours de ces quarante années, mais pour ma part, je m’en tiendrai aux soirées qui sont vraiment aux origines de ces rencontres, dont la naissance a eu lieu dans la salle des mariages de la mairie d’Arles, le 2 juillet 1970 devant une centaine de personnes qui découvraient les œuvres de Denis Brihat, Jean-Philippe Charbonnier et Jean-Pierre Sudre.


Je me souviendrai toute ma vie de la soirée consacrée au "Minamata" d’Eugene Smith en 1975. La pluie qui avait envahi la journée nous avait obligé à envisager une solution de repli au Palais des Congrès. Je ne sais quelle intuition m’a amené à appeler la météo de Marignane. Verdict: entre 21h30 et 23h la pluie devrait cesser. J’ai donc pris le risque. On a rapporté le matériel du Palais des Congrès dans la Cour de l’Archevêché et on a demandé à des petites mains d’éponger les sièges. Smith a fait sa projection en commentant les images de victimes de la pollution au mercure de Minamata. A la fin, la pluie s’est remise à tomber, et personne n’a bougé et une grande partie de l’assistance était en larmes. Il y a eu cette même année l’avalanche visuelle déclenchée par Kishin Shinoyama qui avait présenté 7 à 800 photos sous forme de "flash" qu’on avait à peine le temps de voir. Le public a trouvé cela insupportable et on a assisté à la première bronca.

Sur le plan technique, les premières projections étaient pour le moins artisanales. En 1974, lorsque les invités arrivaient au dessert, je les abandonnais pour aller installer les premières projections dans la cour de l’archevêché. Cette première année, Brassaï m’avait sidéré. Au cours de sa projection, pour commander le passage d’une vue à l’autre, je ne l’ai pas entendu dire deux fois le même ordre. C’était: "la suivante", "une autre image", "la suite s’il vous plaît"... Des problèmes inattendus surgissaient : celui de la buée sur les diapos, lié à la différence de température entre l’air ambiant humide et la chaleur dégagée par la lampe du projecteur. Pour éliminer cette buée, le technicien de Leica avait trouvé une parade en préchauffant les paniers de diapositives avec le sèche-cheveux de sa femme. Il y a eu aussi, plus tard, cette photo de Man Ray mal fixée et surtout mal lavée qui s’est mise à cristalliser et à exploser en direct sur l’écran géant. Man Ray qui était malade n’avait pas pu descendre à Arles mais son agent m’a dit qu’il aurait beaucoup apprécié cet acte surréaliste.

 


Projection de Man RAY, 1987 © Patrice Bouvier


Un autre grand choc concerne mon premier essai de projection sur l’écran de 8 mètres de base installé dans que la cour de l’Archevêché en 1976. Le portrait d’Arnold Schönberg réalisé par Man Ray en 1926 qui envahissait littéralement la totalité de l’écran me laissa figé, au sens fort du terme, pendant une bonne dizaine de minutes. Pour ces premières séances, on avait eu l’idée de confier la télécommande à fil aux photographes qui donnaient eux-mêmes le rythme de passage de la projection. Une fausse bonne idée car Ansel Adams confondait régulièrement les touches et actionnait systématiquement la mise au point au lieu de l’avance du panier de diapos. J’étais donc obligé de refaire constamment le point à la main. Le lendemain, on a neutralisé la télécommande : lorsque le photographe appuyait sur la touche d’avancement, celle-ci allumait une petite lampe près du projectionniste qui changeait lui-même la vue !

Les années qui suivirent amenèrent quelques soirées très réussies notamment celles au cours desquelles Guy le Querrec ou Gilles Mora lièrent musique et images. Et les pires qui dérivèrent jusqu’à l’exaspération avec la mise à feu de l’écran ou celles qui se terminèrent devant un théâtre antique déserté. Pour finir, je soulignerai ce paradoxe : ces soirées qui étaient l’âme même des premières rencontres, qui associaient talent et convivialité, sont devenues au fil des temps une sorte de "casse-tête" onéreux pour bon nombre de directeurs artistiques.

Propos recueillis par Hervé Le Goff




... Retrouvez Nan Goldin à Arles pour les 40èmes Rencontres de la Photographie...


Projection de Nan Goldin, Arles 2009

Nan Goldin est l’invitée d’honneur des 40èmes Rencontres photographiques d’Arles. C'est François Hébel, le directeur des Rencontres qui découvre son travail en 1987 et est le premier en Europe à vraiment l’exposer. Accompagnée de photographes amis ou repères, porteuse d’une œuvre accomplie dans le risque constant de vivre et de créer, de témoigner des affres et des plaisirs du
quotidien, de moments, de figures et d’images donnés en partage elle présente trois œuvres : sa collection photographique, les projections Sœurs, Saintes et Sybilles et The Ballad Of Sexual Dependency.

La collection de photographies de Nan Goldin
Les œuvres de cette collection sont pour Nan Goldin une obsession qu’elle garde toujours près d’elle. « Elles ont une grande importance dans ma vie et elles couvrent toutes sortes de formes d’art, ainsi qu’en partie les XIXe, XXe et XXIe siècles, l’Afrique, l’Europe centrale jusqu’au Japon et les Amériques. Comme avec tout ce que je collectionne, la photographie qui m’intéresse n’est ni historique, ni pédante, ni d’un genre particulier, mais simplement celle qui m’émeut, avec laquelle je m’identifie, celle qui enrichit ma connaissance du monde, ou qui révèle une forme de beauté, qu’il s’agisse d’une forêt ou d’un visage. Je suis attirée par les images qui m’évoquent des parallèles avec mes propres expériences, que ce soit littéralement ou inconsciemment – images d’amants, de la vie nocturne, de lesbiennes, de drag-queens, de fumeurs d’opium, de la mort. » Le première influence de Nan Goldin est la photographie de mode et de charme des superstars hollywoodiennes des années 1930–1950. Elle veut faire de la photographie de charme comme Guy Bourdin, mettre les drag-queens sur la couverture de Vogue. Mais elle n’est pas assez « bonne photographe », techniquement. Puis elle rencontre un professeur qui réagit bien à son travail. Il l’initie à la photographie d’art et ses héros deviennent August Sanders, Weegee, Arbus, Brassaï et Larry Clarke. Sa collection est composée aussi des photographies surréalistes de Molinier et de Bellmer, de photographies en noir et blanc.« Pour moi, la photographie elle-même est une forme de collection. Beaucoup de photographes enregistrent leur vie, leur expérience, les gens qu’ils ont connus et les endroits où ils ont vécu. Ils cherchent leur version personnelle de la vie, leur propre définition du monde. Il y a une obsession commune de la mémoire, souvent abordée comme une manière de combler la perte ; je suis attirée par ces ténèbres, l’exploration du vide et la propre mortalité de l’artiste. J’ai noté que les photographes ont tendance à vivre vieux, et je me suis interrogée sur ce lien. Au-dessus de mon lit, à Paris comme à New York, j’ai accroché ces photographies. Ce sont comme des totems protecteurs. » Nan Goldin, Mars 2009.
Exposition présentée à l’église des Frères Prêcheurs.

 

Soeurs, saintes et sybilles
Soeurs, Saintes et Sybilles est un hommage à ma sœur et à toutes les femmes rebelles qui se battent pour survivre dans la société. Je voulais questionner au travers de ces trois récits de femmes, le piège de l’enfermement, au propre comme au figuré. L’histoire de sainte Barbara, décapitée par son père pour s’être libérée grâce à la découverte de sa spiritualité. La vie de ma sœur aînée Barbara qui fut enfermée dans différentes institutions psychiatriques pendant la majeure partie de son adolescence pour s’être rebellée contre le conformisme extrême de la société, de l’époque et de la famille. Mes deux séjours en hôpital psychiatrique, le premier pour échapper au piège de la toxicomanie et le second pour traiter ma dépression et mon autodestruction. L’installation mettra les trois projections à hauteur d’yeux du public, qui devra grimper jusqu’à un petit balcon à quatre mètres du sol, tout comme un médecin qui examine un malade d’une distance prudente. Impliqués en tant qu’observateurs, ils ont aussi la sensation d’être pris au piège. Les thèmes de l’attitude de la psychiatrie envers les femmes, du traitement des femmes rebelles, de la relation entre père et fille passeront au crible intense de la mémoire et de l’expérience personnelle.
Nan Goldin Projection présentée à l’église des Frères Prêcheurs

 

The Ballad of sexual dependency
Profondément personnel, The Ballad of Sexual Dependency est le journal intime visuel de Nan Goldin. Depuis plus de trente ans, Nan Goldin fait la chronique de sa vie et de sa famille étendue à Boston, Berlin, Londres, Tokyo, en Égypte et dans le Lower East Side new-yorkais. Cette exploration l’a amenée à bâtir un portrait de son univers et de notre époque. La sexualité est au cœur de l’œuvre de l’artiste. Ses photographies démantèlent les codes de l’identité sexuelle – qu’ils soient obéis, ignorés ou transgressés. Ses images sont plus que des récits à un seul niveau : leur structure répond à une interaction dense entre des personnages et des thèmes dont résulte une œuvre retentissante, presque musicale, qui se fait l’écho de l’ambivalence et de la complexité. Nan Goldin a regroupé ses photographies en séquences caractéristiques : les femmes seules et en groupe ; les hommes seuls et en groupe ; les enfants, le mariage, les couples, la mort. Elle examine les glissements comportementaux en relation au contexte social et crée ce que J.Hoberman du Village Voice appelle une « taxonomie sexuelle des années 1980 ». Son travail se manifeste quelque part entre la poésie et le roman-photo, entre le cinéma et la littérature, ou encore entre la photographie d’art et le cliché amateur. La photographe exige que le spectateur plonge sous la surface, si luxueuse que soit sa mise en lumière et en couleur, si provocante que soit sa mise en scène. Elle va au-delà des préjugés sexuels et sociaux pour éclairer les recoins de la culture contemporaine, et ce, sans l’aliénation et la condescendance des médias grand public. Nan Goldin photographie en tant que participante, et ce point de vue personnel rend son travail d’autant plus émouvant. Comme elle écrit dans ses notes sur La Ballade, « ceci est ma famille, mon histoire ».Mark Holborn, in The Ballad of Sexual Dependency, Aperture, 1986.