NOS ÉTÉS D'ARLES
40 FÊTES DE PHOTOGRAPHIE
- ÉPISODE 3

1975 © Yan Morvan
L’exposition « On n’a pas tous les jours 20 ans » dirigée par Christian Caujolle, Jean-Jacques Naudet, Catherine Philippot et Françoise Riss tente de retracer quelques uns des moments les plus forts de l’histoire du festival d’Arles. De ces rencontres. Car c’est bien de rencontres qu’il s’agit, de confrontations entre les regards, partage des savoirs, échange des créations, émergence de la beauté et dialogue entre tous. Il n’est alors pas question de présenter des œuvres, des images produites par les artistes mais plutôt des images qui parlent d’eux. De photographies des grands maîtres prises par ces monstres sacrés eux-mêmes. Arles a vu dans ses ruelles déambuler les plus grands, les plus importants photographes du siècle dernier. Près de 300 images sont exposées et les représentent eux, avec toutes les histoires qu’elles symbolisent. Plus de 600 photographies sont projetée afin de conter le festival d’Arles depuis 1969. C’est un parti pris. Celui de retrouver ce qu’était Arles, principalement à ses début, lorsque l’ambition et la conviction accompagnait la création. Suite au tournant des années 90 où la photographie s’est confondue à la communication, la façon d’appréhender le médium s’est peu à peu décalée. L’exposition parle d’avant ce phénomène mais également de l’après, d’aujourd’hui et son émergence toujours vivante de créateurs.
On n’a pas tous les jours 20 ans, certains sont disparus, d’autres ont une derrière eux une vie bouleversante de richesse créatrice. Tous ces moments retracés en snapshot ou en anecdotes. Selon Jean-Jacques Naudet, l’exposition présente « toute la photo depuis 40 ans ». Simplement !
ON A PAS TOUS LES JOURS 20 ANS
par Jean Jacques Naudet, Commissaire de l’exposition "On a pas tous les jours 20 ans"
Quelques anecdotes peuvent mettre l’eau à la bouche, telles que les absences des intervenants des stages… parmi lesquelles les tribulations de la séduisante photographe Tana Kaleya, chargée en 1975 d’animer le stage pédagogique du festival. En pleine période de libération des mœurs et de la sexualité, la jeune femme, quelques minutes après avoir commencé son cours découvre parmi ses élèves un homme plus attirant que les autres. Echange de regards et de paroles, ils sortent de la salle afin de faire plus ample connaissance… et ne reviennent jamais ! Oui, on peut le dire, les codes sont bousculés à cette époque.
L’excentrique Leslie Krims quant à lui, très connu dans les années 70, a en charge l’élaboration d’un des stages du festival en 1976. Son succès et sa réputation font exploser les effectifs du cours et au lieu des 30 élèves habituels ils sont une soixantaine à se bousculer pour y assister. Le premier jour, après que chacun ai pris sa place, Leslie Krims s’adresse à l’assistance en expliquant que « la photographie ne s’apprend pas. Je ne ferai donc pas de stage. Je vous offre mon autoportrait et si un jour vous avez mal quelque part, pressez la photographie là où se situe la douleur »... À charge au festival de rembourser tous les stagiaires.
Plus récemment, en 2001, Jean-Marie Périer connu principalement pour sa participation à l’émission pour adolescents Salut les copains connaît une mésaventure qui malheureusement pour lui devient rapidement publique. Ce photographe, en mal de reconnaissance et de crédibilité (la faute aux copains…), a pourtant cette année-là l’heur de voir ses œuvres projetées au Théâtre Antique. Rassuré quant à la qualité de son travail, il traverse la Place du Forum le lendemain de la projection et croise Henri Cartier Bresson et Willy Ronis qui l’invitent à leur table. Le patron du restaurant, habitué à recevoir chaque année en ces temps estivaux les plus grands noms de la photographie, est tout de même impressionné. Appelant ses amis il s’écrit « Oh putain ! Venez voir ! Le beau-frère de Michel Sardou est là ! ».
Propos recueillis par Elsa Palito

Exposition "On a pas tous les jours 20 ans" aux Ateliers de Maintenance SNCF
Souvenir du photographe Patrick Box
Arles est plein de souvenirs. Je suis né photographiquement à Arles en 1973. J’avais alors 18 ans et je m’intéressais beaucoup à la photo. Mais il n’y avait pas de formation. Arles c’est mon histoire. J’y ai rencontré quelqu’un qui s’appelle Brassaï à 19 ans et je crois que ça a changé ma vie. De voir ses images, de le retrouver à Paris, de lui montrer les miennes et c’est lui qui m’a aiguillé : il faut aller là où les choses se passent. C’est à cette époque que je suis parti - sans aucune expérience - faire un reportage au Portugal. Mes images n’étaient très pas belles et lorsque je suis revenus à Arles pour les présenter et j’ai rencontré Eugene Smith à l’hôtel Arlatan et je lui ai montré mes images. J’étais timide et réservé face à ces gens qui avaient de l’expérience, qui avaient des photos époustouflantes. Mais il a beaucoup aimé une de mes photos et m’a proposé de l’échanger. Il me propose même de la choisir et évidemment je voulais la photo de Minamata. Mais il ne l’avait pas, alors j’ai eu le docteur Ceriani, juste comme ça ! Plus tard, aux Rencontres photographiques de 1979, j’étais apprenti photographe. Claude Pompidou vient visiter une expo et il y avait une soirée en sa présence. Et donc, on va faire des photos de Mme Pompidou, c’était en noir et blanc à l’époque, on développait les photos le soir. Et moi j’ai toujours travaillé au Leica parce qu’on m’a appris comme ça mais je n’arrivais pas à amorcer le film. Je devais ramener des photos pour la galerie de l‘Ecole nationale de la photographie d’Arles mais le film n’était pas bien entraîné. J’étais affolé et j’ai cru avoir raté mon truc. J’étais jeune et je craignais de me faire engueuler par le grand patron. Et donc j’ai parcouru tout Arles pour trouver Mme Pompidou. J’ai vu son chauffeur, elle était dans un salon de coiffure et je suis rentré, je lui ai expliqué ce qui s’est passé. Elle avait un casque, elle était en train de se faire sécher les cheveux et elle m’a dit « Vous m’attendez, je reviens ! » et elle m’a sauvé la vie.
Propos recueillis par Didier de Faÿs et Radina Hristova

Stage du nu Willy Ronis, 1993 © Patrick Box
|