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••• EPISODE 6 •••


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NNOS ÉTÉS D'ARLES
40 FÊTES DE PHOTOGRAPHIE
- ÉPISODE 6


Bernard Batais sur la Place du Forum. La Une du quotidien France-Soir au lendemain de la projection interrompue du film de Romain Slocombe au thétre antique d’Arles : " Vidéos Scandales. Un film sado-maso hué à Arles. Colère et chahut au Festival de la Photo, où des dizaines de spectateurs ont interrompu la projection d’un film de bondage japonais." Photo Hervé Le Goff

Arles à le sang chaud et ses passions sont contrastées de rouge et noir. La ville camarguaise passe rapidement de l’amour enflammé à la colère lors de la corrida comme pour la photographie. Les Rencontres de la Photographe ont connu de nombreuses broncas transformant souvent le théâtre antique en arène. Retour en 1995, une année où la programmation de Michel Nuridsany n’avait pas laissé les arlésiens indifférents. Ils l’ont manifesté bruyamment lors des soirées de projection.

Les tomates d'Arles
par Romain Slocombe

La soirée avait à son programme deux projections, un diaporama des photographies d’Araki et "Un monde flottant", une vidéo sur Araki lui-même, commandée par Michel Nuridsany, et que j’avais réalisée à Tokyo avec Nicolas Miard à la caméra. Nuridsany inaugurait une nouvelle formule. La direction des Rencontres nommait un directeur artistique pour un an et il y avait déjà une cabale montée par les gens qui ne voulaient pas que le festival change. La programmation de Michel Nuridsany était axée sur la sexualité et les gens l’attendaient là-dessus. Le public d’Arles qui n’était pas trop pointu en photographie contemporaine ne savait pas trop qui était Araki. Nuridsany avait précisé qu’il avait exposé la même année à la Fondation Cartier et cela avait imposé une sorte de respect. En revanche, je ne représentais rien que moi et c’est sur mon film que les spectateurs se sont déchaînés. Il y a eu des ricanements, des sifflements dès le début de la projection, des gens qui tapaient des pieds pour qu’on n’entende pas le son. Au bout d’un moment avant même qu’Araki apparaisse dans le film, il y a un chahut monstrueux, quelqu’un a obturé le faisceau du projecteur, et les gens ont quitté leur siège pour descendre vers l’écran. J’étais assis en bas des gradins avec Masaaki Toyoura un des photographes japonais qui étaient interviewés dans le film. Ce qui était drôle, c’est que les photographes de la presse locale nous insultaient avec l’accent du midi tout en nous photographiant. La direction avait eu vent que des troubles se préparaient et on se demandait s’il fallait prévoir une protection pour Nuridsany et pour moi. Le jet de tomate était de toute évidence prémédité, on ne va pas à une soirée au théâtre antique avec les courses du marché. Les personnes chargées de nous protéger nous ont demandé, à Nuridsany et à moi de les suivre, nous sommes partis dans le noir pour nous engouffrer dans une voiture qui a démarré à fond de train, comme dans un film. Le pauvre Masaaki Toyoura qui n’était pas sur la liste des personnes à protéger est resté sur place en se faisant insulter, on lui reprochait notamment de passer son temps à faire des photos érotiques au lieu de porter secours aux victimes du tremblement de Kobé qui venait d’avoir lieu.Le lendemain, il y avait un point presse sous un arbre, le "micocoulier" je crois. Je ne voulais pas du tout aller, mais Bernard Millet a insisté au téléphone pour que j’y aille, en m’expliquant que mon absence serait interprétée comme aveu d’échec. J’avais gardé ma chemise avec ses taches de tomates. La discussion était chargée d’hostilité, mais sans violence. Lucien Clergue a pris la parole pour annoncer qu’il démissionnait des Rencontres ce qui a fait rire tout le monde parce qu’il faisait assez souvent ce genre de déclaration. J’ai été agréablement surpris par deux femmes qui ont courageusement pris ma défense, Claude Alexandre et une artiste plasticienne. Le soir même, il y a eu une soirée autour de la piscine de l’hôtel du forum, j’étais entouré d’amis japonais et suisses, on ne nous parlait pas, mais nous étions regardés du coin de l’œil comme si on nous soupçonnait de pratiques sado-masochistes. A mon retour à Paris, comme il y a eu pas mal de presse autour de ce film qui avait fait scandale, la société de post-production où j’avais fait le montage a organisé une projection dans une salle comble et les gens ont adoré le film. Kiki Picasso a tenu à faire une soirée chez lui. Chris Marker qui voulait voir "Un monde flottant" m’a dit qu’il y retrouvait le Tokyo qu’il connaissait. J’aime autant me fier au commentaire de Chris Marker qu’à celui du public d’Arles de l’époque !

Propos recueillis par Hervé Le Goff Romain Slocombe est peintre, écrivain, photographe et cinéaste


Eugene Richards et Marc Riboud à la Galerie SFR Jeunes Talents à Arles. Rencontres d’Arles 2009. © D2F / Photographie.com

Terreur arlésienne
par Eugene Richards

Je suis venu à Arles pour la première fois en 1986. Je présentais un petit livre qui explorait la vie de ma première épouse qui avait un cancer du sein. En première partie était présenté le livre A day in the life of America, des photographies prises le même jour (le 2 mai 1986) par 200 des plus grands photojournalistes mondiaux. Le public s’est mis à hurler et à siffler et tout le monde jetait des choses. Je n’avais jamais vu une telle audience. J’étais terrifié. Cependant, j’ai vécu un moment formidable parce que mon livre a été très bien reçu. J’avais vraiment peur car je n’avais jamais vu cela auparavant. Aux États-Unis on peut aimer ou non ton travail, mais on ne hurle jamais. Il y a 12 ans, quand je suis revenu à Arles j’ai vécu la même chose. Je suis impressionné par l’enthousiasme du public français. Aux États-Unis nous sommes habitués à être gentils alors qu’ici en France, on s’exprime…

Propos recueillis par Radina Hristova


Lionel Fintoni. Rencontres d'Arles 2009. © D2F / Photographie.com

Pour l'amour de la photo
par Lionel Fintoni

1995, c’est une année où j’ai sciemment commis une faute professionnelle. Au cours d’une discussion où chacun se plaignait du caractère plutôt glauque de la plupart des expositions, de ce film complètement nul sur les photographes japonais, je m’étais exprimé en mon nom, et seulement en français en affirmant que cette édition était un dévoiement des Rencontres et que les réactions du public étaient celles de gens qui aiment l’image et qui se sentent trahis. Je concluais qu’au-delà du verbiage des discussions, il y avait d’un côté les gens qui aiment la photo et qui la servent et l’autre ceux qui ne l’aiment pas et qui s’en servent. Étant moi-même en dehors du monde de la photo, je pouvais dire des choses que les spécialistes ne disaient pas.

Propos recueillis par Hervé Le Goff Lionel Fintoni est l’interprète des Rencontres d’Arles depuis 1990





... Focus sur Eugene Richards


The Blue Room (La Chambre Bleue) © Eugene Richards

En 1986 ses photographies sur le cancer de sa femme Dorothea sont présentées avec une grande émotion au Théâtre Antique d’Arles. Le photographe américain revient avec deux expositions présentées à l’Atelier des Forges du Parc des Ateliers d'Arles.

The Blue Room
The Blue Room, le premier travail en couleurs d'Eugene Richards, est un regard émouvant et éloquent sur les maisons abandonnées de l’Amérique rurale. On trouve des maisons silencieuses et solitaires, dans des endroits isolés, là où, dit-on, les choses ne se sont pas passées comme prévu. Pour Eugene Richards, il s’agit d’un patrimoine, témoin de vies passées ; des machines à remonter le temps. Durant trois ans et demi, sur des milliers de kilomètres de petites routes américaines, il a établi une oeuvre photographique qui met en évidence la beauté de ces maisons et nous entraîne à imaginer les vies de leurs habitants d’alors. « En me déplaçant lentement d’une pièce effondrée à l’autre et en fouillant dans les restes oubliés, écrit-il, les vieilles maisons déclenchent des sentiments semblables à des souvenirs, qui vont et viennent au gré des morceaux de verre cassé, de la convergence des ombres et de la lumière, de la poussière qui s’élève des sols. »


Exploding into Life © Eugene Richards

Au cours des années, des commissaires d’exposition lui ont souvent demandé d’établir une version condensée du contenu de ses 15 livres pour les exposer plus aisément. Il refuse tout d'abord en expliquant qu’un livre d’images " ne peut pas être résumé de manière satisfaisante, justement parce qu’il tire sa force de son agencement, son rythme, ses différents temps narratifs". Puis en 2007, en expérimentant avec d’autres modes d’expression, il commence à créer des montages d’images de certains de ses livres, y superposant ensuite des passages de texte. Le plus simple de ces montages, fait au jet d’encre, utilise comme point de départ une seule photographie.

Le montage Exploding into Life est composé d’un Polaroid, joli mais abîmé, de ma première femme, Dorothea Lynch. Sur les bords, on peut lire du texte manuscrit, provenant de son journal, qui évoque sa lutte contre le cancer qui finira par l’emporter. Le montage le plus grand et le plus complexe, issu de Stepping Through the Ashes, comprend environ 80 photographies étalées sur quatre panneaux, hauts de 2,50 m. Le long de ces panneaux courent des extraits d’entretiens avec des survivants et des témoins des événements tragiques du 11 septembre 2001. Ces montages ne prétendent pas représenter la forme originale des livres ; l’intention est plutôt de condenser et de révéler l’essentiel des idées et des émotions qu’ils renferment.

Exposition présentée jusqu'au dimanche 13 septembre 2009 à l'Atelier des Forges, Parc des Ateliers, Arles.