|
Frank Christen La Galerie
de La Filature
Au-delà des grands thèmes dont ils se saisissent - le corps, le portrait, le paysage... - leurs travaux portent-ils traces de ce lien parfois distendu qui les rattache à cet espace frontière si complexe et particulier, lieu de culture et d'affrontements qui ont fortement marqué notre mémoire, voie d'échange essentielle, axe économique de l'europe d'hier et d'aujourd'hui ? A priori la question peut paraître superflue tant les oeuvres présentées dans cette exposition révèlent des univers aux dimensions personnelles déjà très affirmées. Pour autant la question de la référence - ou non - à cet espace, dans leurs travaux d'enregistrement d'une réalité inscrite dans ce contexte culturel et social, ne peut-être totalement évacuée. C'est une des raisons de cette exposition qui s'inscrit dans la volonté de La Galerie de La Filature, scène nationale de Mulhouse, de prendre toute sa place dans un réseau d'échange/confrontation avec les artistes et institutions de cet espace rhénan. Cependant, cette motivation ne doit pas occulter notre volonté première de faire régulièrement une large place à de jeunes créateurs d'horizons et d'origines très diverses, en pensant que le talent n'attend nulle part d'être reconnu mais qu'il dépend de notre désir de le découvrir. Franck Christen, Léa Crespi, Roland Görgen, Anne Immelé et Estelle Schweigert présentent au total une centaine d'oeuvres, couleur et noir et blanc, petits et grands formats. Aucune volonté documentaire dans ces travaux, si ce n'est la volonté d'interroger la réalité, leur réalité, en regardant plus qu'en interprétant. Il
s'agit moins de "vouloir dire" que de confronter la réalité
de leurs travaux aux multiples questionnements de la représentation.
|
|
Florence
Chevallier
On se souvient de ses premiers autoportraits en 1979 et de sa collaboration avec le groupe " Noir limite " avec Yves Trémorin et Jean-Claude Bélégou. A cette époque, elle travaillait en noir et blanc et déjà à partir de mises en scène de la nudité des visages et des corps. Cest seulement en 1989-90 avec sa série " La Mort " que s'opère le passage à la couleur, même si, comme son nom l'indique, le sujet traité reste plutôt sombre. " Le Bonheur " en 1993 nourrit des scènes de l'histoire de la peinture ou encore d'un certain cinéma poétique : postures artificielles du couple du style roman-photo et effets de parodie. S'enchaînent " Le commun des mortels " en 1995 sous forme de triptyques associant systématiquement l'animal, le végétal et l'humain ou encore " Les Philosophes " sous forme de diptyques comme un écho entre corps et nature, éléments domestiques et végétaux, avant de poursuivre avec " L'enchantement " en 1997.
Cette
exposition présente une importante série de photographies
récentes de Florence Chevallier : "Mes
images ne sont pas manipulées .- Je pars d'une matière
réelle, d'une prise de vue qui, confrontée à ma
perception, à ma conscience, dévoile ce qu'aucune objectivité
ne peut obtenir: un sens qui, pour moi, est essentiellement de nature
poétique ". Florence
Chevallier, comme à son habitude, photographie son entourage
au hasard de jours et d'heures passés avec ses proches, en l'occurrence
dans le sud de la France pendant l'été. Les poses sont marquées, les corps participent d'un univers biographique et statique. Les regards sont lointains, tournés vers un hors champ systématique. [,'image symbolise donc le lieu de passage, organisé avec des successions récurrentes. Au paysage statique répond bientôt le parcours de ]'il. Les limites de l'image en viennent à la définir par défaut. Ce que l'on ne voit pas à côté, en-dehors, n'a donc rien a voir : regardons plutôt cette scène quotidienne qui fait que l'on se souvient d'un fragment de vie ou de film, quelque chose que l'on avait perdu momentanément, un petit bout de paradis. Avec Florence Chevallier, tout est théàtralisé. C' est de l'idée de l'image qu'il s'agit, de l'idée du sud, d'une certaine idée du jeu avec l'Autre. Nous assistons à la mise en abîme d'un temps du récit produit par des effets de vision toujours fragmentaires et subjectifs, comme toujours, mais qui revendiquent ici cette posture de l'image fixe, dans sa forme comme dans son contenu.
|
|
Philipe
Apeloig Philippe Apeloig est né en 1962 à Paris. Il suit des études à l'École des Arts Appliqués Duperré et à l'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs. En 1983, et en 1985, il effectue deux stages chez Total Design à Amsterdam. Il découvre la culture graphique hollandaise et la typographie qui deviendra son point de référence. En 1985, choisi par un jury pour occuper le poste de graphiste au sein de l'équipe du musée d'Orsay, il conçoit de nombreuses affiches, publications et espaces muséographiques. Son affiche pour l'exposition : "Chicago, naissance d'une métropole", avec son effet de perspective, est remarquée, non seulement sur la scène graphique française, mais aussi par un plus large public. En 1988, boursier du ministère des Affaires Étrangères, Il s'installe un an à Los Angeles, où il travaille avec April Greiman, pionnière du graphisme sur ordinateur. Passionné des nouvelles technologies, il revient à Paris, et ouvre son studio. Il crée des affiches et des logotypes pour le secteur culturel : le festival Octobre en Normandie, le Carré d'Art à Nîmes, la Fête du livre d'Aix-en-Provence, le musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme, l'École des Arts Décoratifs, les éditions Autrement, Odile Jacob, et l'imprimerie Nationale. En 1993, il est directeur artistique du magazine le Jardin des Modes, et depuis 1997, consultant artistique au musée du Louvre. En 1994-95, Philippe Apeloig est pensionnaire à la Villa Médicis à Rome. Il invente des caractères typographiques, ce qui lui vaudra la Médaille d'or du Type Director Club de Tokyo en 1996. Philippe Apeloig a enseigné la typographie à l'école des Arts Décoratifs, de 1992 à 1998. En 1998, invité aux Etats-Unis par la Rhode Island School of Design, il donne plusieurs conférences dans des écoles d'art américaines. Sa candidature est retenue à la Cooper Union School of Art de New-York où il est professeur de design depuis 1999. Philippe Apeloig a choisi de vivre à New-York. Il y découvre un cadre favorable à l'épanouissement de son travail et anime, à la Cooper Union, un cycle de conférences sur le graphisme, invitant les plus grands noms du design américain et européen. " J'avais envie de faire partie de la vie artistique new-yorkaise, me confronter à son rythme, sa vitalité et son architecture. La création y est vivante et indomptable. Si New-York est la première grande ville du "nouveau monde", elle est aussi la dernière grande ville européenne. je m'y sens à l'aise et inspiré". Affichiste, typographe, publicitaire, professionnel de l'image, acteur social, un graphiste peut être tout celà, mais pour Philippe Apeloig, "un graphiste est avant tout un artiste qui met en scène la matière même de la communication : les lettres et les images." Il veut que ses affiches ne soient pas seulement des images éphémères. Elles s'inscrivent dans la mémoire visuelle. En effet, elles témoignent de son souci de bousculer l'impartialité du lecteur sur le texte : constater que les lettres véhiculent autant la forme que le concept. La typographie de ses affiches est transformée ou déformée pour communiquer de façon pertinente, abstraite, et spectaculaire. Le style Apeloig ? c'est la surprise. Jamais à l'endroit où on l'attend. Aucune fioriture à la mode dont il faudrait changer périodiquement, mais plutôt un point de vue toujours novateur. Ainsi, il répond aux problèmes de communication qu'on lui soumet. Son but : "faire évoluer le regard du spectateur, sans provocation ni scandale dont usent les publicitaires, mais par le subtil, le fragile, le sublime". C'est ainsi que souvent chez Apeloig, sous l'apparente sagesse de la composition se cache une sophistication invisible. Rien de pompeux. Juste l'essentiel. Philippe Apeloig est membre de l'Alliance Graphique Internationale. Un livre sur son travail sera publié par l'éditeur suisse Lars Müller en Mai 2001. Dès 1990, Philippe Apeloig expose au Centre Arc-en-rêve à Bordeaux, puis tout récemment dans les galeries de la Dai Nippon Printing Company (DDD à Osaka et GGG à Tokyo), ainsi qu'à la Cooper Union de New-York. L'exposition à la galerie Anatome permet de découvrir ou de revoir les créations de Philippe Apeloig. Un parcours rigoureux, original et indépendant dans le contexte graphique français.
|