Journal de bord
Du Mali et de ses hommes
Afrique de lOuest, loin de locéan. Le Mali est grand comme deux fois et demi la France. Parmi les plus démunis du monde, on y mène une vie simple au rythme des saisons et des crues du fleuve, au bon vouloir du dieu et des forces supérieures, aux caprices de la terre et du vent. Sil pleut les récoltes seront suffisantes, si les criquets ne viennent pas cette année, les prairies donneront à manger aux troupeaux. Le fleuve sera-t-il riche en poisson ? Les maladies nous épargneront-elles ? Efforts permanents sous le soleil implacable. On sen remet à la bienveillance de Celui qui donne et un jour reprend, mais tout est écrit.
1990 : première année à Bamako, premier contact avec lAfrique Noire. Le pays est vaste et les cultures multiples, lhistoire commune des peuples ancienne. Musulmans, animistes ou chrétiens, tous se réclament du clan du Mali ou "gens du Mali ", dont lexpression diffère suivant les dialectes. Cest Mandiga en malinké, Mandéké en sarakollé, Malinkédyo en peul, Maninka en bambara, A-mali en touareg. Un autre facteur de cohésion sociale ma interpellé : le sanankouya ou plaisanterie de cousinage, oblige tout membre dune famille, dun clan ou dune ethnie envers chacun des membres dune autre famille, dun autre clan ou dune autre ethnie, pour toujours. Né dun haut fait, dune circonstance mémorable, le sanankouya est éternel, interdit et protège.
1994 : quelques semaines en brousse. Jy découvrais une grande sincérité, de générosité et de chaleur humaine mêlée, de tranquillité aussi, quelque chose qui ressemble peut-être à la sagesse. Au fil des rencontres jai envie den voir plus, jai besoin den connaître plus, de témoigner de cette ligne de conduite issue dune authenticité que nous avons perdue.
Fin 1995 : tout est prêt, la technique éprouvée, litinéraire tracé. Jai voulu réaliser un document complet sur ce pays basé sur des séries de portraits rapprochés, montrer des présences individuelles fortes, tenter doffrir au spectateur la possibilité, ne serait ce quun bref instant, de pénétrer dans le monde dun inconnu, de participer à une meilleure connaissance dautrui.
Pour ces prises de vue, jai utilisé une chambre photographique grand format, qui avec son voile noir rappelle les photographes reporters du siècle dernier. Le chargement en pellicule Polaroïd noir et blanc ma permis de conserver un négatif de qualité tout en laissant la photo originale sur place. Mon but était de construire un travail sur un véritable échange et non sur des portraits dérobés. Toutes les personnes dont le portrait figure ici en possèdent un exemplaire. Chaque fois que jarrivais à proximité dun village ou dune maison, jattendais une invitation pour mapprocher. A aucun moment, je nai tenté dimposer ma volonté. Curieusement, il est arrivé très souvent que mes hôtes soient les premiers à aborder ce sujet. Peut-être voulaient-ils que je les photographie pour pouvoir plus tard me souvenir deux. 
Jexpliquais alors
que non seulement, javais effectivement un appareil photo, mais
quen plus, il faisait des photos sur place. Le premier
moment démerveillement passé, la nouvelle se répandait
rapidement, créant lévénement. Tous se regroupaient
pour voir et nombreux étaient ceux qui demandaient à participer
à la fête.
15 mois, 50 villages et 13 000 kilomètres de pistes plus tard,
550 portraits noir et blanc ont été réalisés
auprès des ethnies Bambara, Dogon, Peul, Touareg, Béla,
Maure, Sénoufo, Minianka, Malinké, Kassonké, Saracolé,
Bobo, Songhaï et Bozo.Je tiens ici à remercier M. Philippe
Georgeais, conseiller culturel à lambassade de France au
Mali pour son aide, Sabine Angeli et Mamoutou Ouattara pour mavoir
assisté pendant les prises de vues, sans oublier Laurence et Amadou
Chab Touré, Alice et Frank Pythais, Fred et Mohamed Haïdara
pour leur soutien logistique, et enfin, Françoise Huguier pour
ses encouragements et conseils, Nathalie Lamier Fabre de m'avoir programmé
à Bordeaux en avril pour le festival "Itinéraires des
photographes voyageurs"
Les tirages ont été réalisés par Philippe
Salaün.
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