la Bourse du Talent

 

 

Têtes de poulets
Contacts
Mémoires d'images
Légendes sans images
Biographie

 

"Pour me présenter brièvement, je dirais que la nature de mon parcours s’inscrit dans le territoire de l’image fixe. Depuis quelques années, au sein de mon travail, je tente de questionner notre rapport au monde des images, et notamment les modifications que le numérique a pu y introduire. En rassemblant ces quatre séries, j’ai tenté de mettre en perspective une réflexion constructive sur l’image, sur le spectateur et son regard.
Aussi, pour introduire ce dossier, je souhaite d’abord mettre en évidence ce qui m’a conduit à élaborer une telle démarche.

L’IMAGE NUMERIQUE, UNE IMAGE SANS OBJET.

En faisant basculer l’image dans l’univers de la virtualité, le numérique a profondément remis en cause notre manière de voir, de percevoir les images et le monde lui-même. L’une de ses principales caractéristiques est de libérer l’image de son support, la transformant ainsi en valeur absolue, sans identité matérielle propre.
Et parce qu’elle emprunte ses caractéristiques aux différents média traditionnels (la capture indicielle photographique, l’instantanéité de la vidéo, l’intervention sur l’image de la conception picturale ou graphique), l’image numérique vient élargir et confondre considérablement ces territoires.
Et c’est bien là où le trouble s’instaure.
Car non seulement elle nous offre une nouvelle vision des choses, l’appréhension virtuelle, mais encore, dans la mesure où elle peut être reproduite sur chacun des supports traditionnels, où elle juxtapose des caractéristiques conflictuelles (l’indicialité atteste d’un contact là où la retouche modifie et altère cette valeur testimoniale), l’image numérique en vient à confondre l’intégrité même de ce qui faisait la particularité des média analogiques. Ainsi, visualiser un polaroïd n’atteste plus la trace même de ce qui a été photographié, puisqu’il est aujourd’hui possible de luminer celui-ci à partir d’une image numérisée... De même une image numérisée peut devenir vidéographique, sculpturale, photographique et peut-être bientôt picturale (voire corporelle en façonnant le corps ?), comme un simple prolongement.
Cette image furtive, portable (en lieu et place du reproductible), immatérielle, pouvant prendre des aspects divers, intervient dans le domaine même des média analogiques (leurs supports, leurs caractéristiques), brouillant ainsi les repères d’identification traditionnels.
Elle vient ainsi déconstruire profondément le rapport que nous pouvions avoir avec ceux-ci, la perception que l’on pouvait se faire des images et des valeurs inconscientes que l’on attribuait à ces dernières.
Le numérique fait éclater notre perception de la représentation, voire les limites de la représentation elle-même, et c’est donc toute notre culture de l’image, notre mode d’appréhension et de perception, qui viennent à être modifiés.
Ce dossier d’images, à l’aide des extraits présentés, évolue au sein de cette problématique.

UNE DEMARCHE EN QUATRE ETAPES

La première série présente une interrogation sur le support photographique, argentique. Légendes sans image, propose des photographies visualisées sur leur tranche : chaque image montre une photographie que l’on ne peut voir. Cette démarche interroge notre rapport à l’objet photographique ainsi qu’ à l’image à l’aide d’un jeu sur l’absence.
La seconde série, Têtes de poulets, offre un jeu avec le spectateur. Mélangeant image argentique et traitement numérique, cette série se présente comme une interrogation sur l’image et son support ainsi que sur le rapport au réel et au fictif qu’entretiennent l’une et l’autre.
La troisième approche, Contacts, tente d’exposer le statut ambigu de l’image numérisée. Dépourvue de tout support, “sans objet”, l’image numérisée vient profondément troubler notre rapport à l’image, tel qu’on l’avait conçu avec la photographie : c’est une image an-historique (sans altération possible).
Enfin, Mémoires d’images s’interroge sur la mise en abîme du monde des images. La perception du monde à travers un écran, la mémoire effaçable, ne nous éloignent-elles pas définitivement du réel, et ne seront-elles pas à l’origine d’une nouvelle manière d’envisager notre mémoire ?

________________________
FIN DU TEXTE

.