Mme Pescatus
Cela exige un travail assidu, il faut pas traîner et prendre du bon temps. Les recettes quelques fois sont très difficiles, même en travaillant avec la radio. Si je fais trois bonnes courses le matin, deux aéroports et un retour, ça améliore la journée. Mais dans Paris, c'est plus possible, il y a trop de circulation. Et puis les nerfs...on en souffre. Je commence à 4h30 le matin, cela me permet de rentrer progressivement dans les embouteillages de 8 heures, je suis déjà dans une ambiance de travail donc je n'en souffre pas énormément. Comme ça j'ai mon après midi, et le soir je me couche tôt. Je ne suis pas fan de télé.
J'ai choisi d'être taxi. J'ai travaillé dans une entreprise qui devait fermer alors j'ai cherché un travail où j'ai pas un patron sur le dos. Et j'ai vu une dame au volant d'un taxi, et j'ai passé le cap. Cela fait 19 ans que je travaille, avec des hauts et des bas mais j'aime cette profession car j'aime beaucoup le contact, cela me permet de rencontrer des gens de toutes origines, de connaître leurs modes de vie, de partager.
Je suis guadeloupéenne, je suis en métropole depuis 68. Avant d'être taxi, j'ai fait d'autres boulots. Quand je suis arrivée ici, je voulais travailler, gagner un peu d'argent et partir aux Etats-Unis. C'était ça mon rêve. Après je me suis mariée et on a fondé une famille.

 

M. Tanawa
Moi je suis tombé dans le taxi il y a 10 ans, quand je suis revenu du Canada. J'y étais allé pour jouer de la musique. Je suis originaire du Congo Brazzaville, j'ai été musicien pendant 25 ans. J'étais auteur-compositeur, je jouais de la guitare, j'ai fait beaucoup de spectacles et de de disques. A Brazaville j'étais très connu, les journalistes m'interviewaient. A notre époque quand on travaillait la musique, c'était le plaisir, il n'y avait pas de business. Avant j'avais plein de succès, mais cela n'avait rien à voir avec le porte-monnaie. Maintenant j'ai choisi de bien manger et je n'ai plus de succès. Chaque personne a une trajectoire de vie à suivre. Et moi je ne regrette pas d'être dans le taxi parce qu'on apprend beaucoup de choses. Je n'exagère pas, le taxi, c'est le travail le plus complet de la planète. Vous voyez toutes les couches de la société. Quand j'étais musicien les spectateurs étaient devant, là, ils sont derrière, ils sont proches. Parfois ils vous font des confidences, ils vous racontent leurs vies. Moi j'ai fait un métier public, j'aime le contact avec les gens. Il y a des gens qui prennent un taxi pour parler, d'autres, juste pour faire un tour quand ils s'emmerdent.


SADI Bachir-Erneste
Cela fait quatre ans que j'ai commencé. Au début c'était un hasard, et puis ça s'est bien passé.
En Algérie, j'ai fait une formation en architecture. J'ai enseigné les mathématiques quand j'étais étudiant pendant presque 9 ans. J'étais engagé sur le plan associatif et politique dans la reconstruction de ce pays. A partir de 88 on a tous cru à une ouverture démocratique jusqu'au jour où on s'est aperçu que c'était une supercherie. J'avais l'impression de cesser de rêver dans cette société. Alors j'ai changé de cap, de climat et je suis revenu en France. C'est pas pour chercher fortune ailleurs, je suis pas candide. J'ai travaillé à l'APHP pendant 5 ans dans les transports sanitaires. Je connaissais bien Paris alors j'ai choisi cette profession. J'aimais bien le côté relationnel, cela permet un petit peu de s'évader et d'entretenir cette illusion de liberté par rapport à un travail de salarié.
Aujourd'hui, je fais le taxi, c'est un peu pénible. On a une société qui fonctionne selon une échelle d'évaluation sociale que je trouve amusante. Quand on descend de l'échelle on comprend mieux les choses. Les gens vous jugent à travers le paraître, ils voient un chauffeur de taxi et ils en ont une idée bien précise, ils cernent le personnage, dressent un portrait. Ils n'ont pas besoin de s'investir, de comprendre. Malgré cela, on fait beaucoup de rencontres et on apprend beaucoup de choses des échanges avec les clients. Mes deux moyens d'évasions préférés c'est la lecture et la musique, cela me permet de partir, cela apporte beaucoup d'équilibre. Dans la voiture je peux pas rester sans avoir un bouquin sur moi, j'aime pas perdre mon temps.

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