Au hasard des conférences, des fêtes et des expos, nous leur avons demandé ce qu’ils avaient envie de dire, en quelques mots, sur Visa, sur Corbis, sur le photojournalisme…

Le paparazzi André Gordeaux - Salomon Bilong, photographe - Nicolas Reynard, VSD - Claudine Doury, photographe, VU - Marie-Paule Nègre, Métis - Sabine Weiss, photographe, Rapho - Corinne Tsévéry, CFPJ - Jean-Christophe Bechet, Réponses Photo - Sylvie Hugues, Réponses Photo - Monique Plon, Picto Bastille - Odile Hain, photographe indépendante - Yann Arthus-Bertrand - Frédéric Sautereau, L’Oeil public - Samuel Bollendorf, L’Oeil public - Wilfrid Estève, L’Oeil public - Denis Paillard, photographe indépendant - Olivier Cullmann, Tendance floue - Laurent Pinsard, photographe indépendant - Patrick Robert, Sygma (exposition " Sierra Léone, freetown ") - Laski, (Jean Wotjtek Laski), East News - Manoocher, AFP - Eric Préau, Sygma - Reza, National Geographic - Agnès de Gouvion-St-Cyr - Ammar ABD-Rabbo, Sipa Press - Rémi Gaston Dreyfus, Gamma - Alain Mingam, France Soir - Sylvie Rebbot, Géo - Marc Charuel, photographe, Valeurs actuelles - Sipahioglu, Sipa - Steve Davis, Corbis - Patrick Chauvel, photographe - Roland (restaurateur à Canet-Plage) - Sylvie Huet (rapporteuse des " ils ont dit ")

Salomon Bilong, André Gordeaux et Roger Thérond

Le paparazzi André Gordeaux

Tu as vu la une de Libé du vendredi 3 septembre ? C’est la photo de José Bové menottes aux poignets. Libération publie une photo interdite, Vive Libé !

Salomon Bilong, photographe

Un terme de référence en photographie pour Visa : white and black. A retenir.

Nicolas Reynard, VSD

Visa est génial pour les photographes. Le monde entier est là au bout des doigts. A chacun de gérer au mieux son planning. En tant que responsable photo, c’est difficile de mémoriser tous les sujets, mais il suffit de capter les petites étincelles qui feront le feu futur.

Claudine Doury, photographe, agence VU

Je me suis empressée de signer le livre de Thérond. D’autant plus que l’on vient de me faire un procès pour la photo d’une jeune fille, prise en Algérie. Il y a une grande prise de conscience aujourd'hui et une chaîne de solidarité est en train de se former. Certaines agences prennent à leur charge une partie des indemnisations. Dans mon agence, c’est 50/50. (…) Un jour il y aura deux solutions possibles pour les agences : être hors la loi, ou fermer.

Marie-Paule Nègre

Perpignan est une première pour moi. Je suis étonnée de cet extraordinaire bouillonnement de gens. Les professionnels se mélangent aux gens du cru. Un nombre incroyable de visiteurs, qui regardent les images avec beaucoup d’intérêt ; beaucoup m’ont abordée très facilement pendant mon exposition.

Sabine Weiss, photographe, Rapho

Je me sens bien dans ce festival. Arles je n’y vais plus. Le photojournalisme est ce qui me touche de plus près ; j’aime sa façon d’aborder le monde et les hommes, avec une grande sensibilité. J’ai adoré beaucoup d’expos mais j’ai eu un coup de cœur particulier pour Letizia Battaglia !

Corinne Tsévéry, CFPJ

On peut regretter de voir des reportages superbes qui ne seront jamais publiés. (…) Le positif est que l’on retrouve les véritable sens du photojournalisme à Visa. L’info redevient une arme qui prend tout son sens.

Jean-Christophe Bechet, Réponses Photo

Quelques hésitations en ce qui concerne les expos. C’est impossible de les voir toutes sans un certain écoeurement. J’aimerais voir moins de photos sensationnelles, des histoires plus positives, qui sont aussi du photojournalisme. (…) C’est une aubaine pour les jeunes photographes : comment un photographe pourrait-il vendre un reportage à GEO Corée en dehors de Perpignan ?

Sylvie Hugues, Réponses Photo

Ce qui se passe à l’hôtel Pams est fantastique, on a l’impression d’être dans un grand salon qui réunit agences et photographes, acheteurs et vendeurs. Je trouve quand même ce festival très " people " !

Monique Plon, Picto Bastille

Nous sommes à l’heure de questions fondamentales, auxquelles Corbis même ne peut répondre. C’est inquiétant pour l’ensemble de la photographie. Jean-François Leroy répond, lui, par ses images. Un autre point que je souhaiterais soulever est celui de la déontologie sur les réseaux. Que l’on s’attache surtout à garder le maximum de déontologie !

Odile Hain, photographe indépendante

Je pensais que venir à Perpignan était le moyen de montrer ses photos aux agences tranquillement. En fait, les responsables photo sont tellement surchargés qu’il faut prendre rendez-vous et surtout ne pas arriver 5 minutes en retard. C’est tout juste s’ils ne vous disent pas de repasser à Paris. J’ai l’impression aussi que les contacts entre photographes sont timides.

Yann Arthus-Bertrand

Je ne reste pas longtemps et je manque de recul pour juger des expos mais je suis étonné de l’importance que prend Visa. Les photographes sont des gens un peu indépendants et ils sont vraiment heureux de se retrouver en bande pour parler business.

Frédéric Sautereau, L’œil public

Il est vraiment temps de réfléchir ensemble à des solutions, d’inventer de nouveaux débouchés et ne plus compter que sur la presse qui ne montre pas les travaux des photographes de façon satisfaisante.

Samuel Bollendorf, L’œil public

Il faudrait que certains sujets trouvent d’autres débouchés que le livre, que la presse s’engage enfin à diffuser autre chose que du commercial et du sensationnel.

Wilfrid Estève, L’œil public

Je suis libre dans la construction de mes sujets, mais si un sujet est fort, qu’il colle à l’actualité, j’utilise la connaissance que j’ai acquise des rédactions et de leurs différents besoins et j’essaie de le construire en adéquation avec elles. Pour ce qui est de Visa, je trouve qu’il y a trop de photographes badgés ; je regrette aussi de voir les directeurs photo sans les iconographes. L’Express donne un bon exemple : il est descendu avec toute l’équipe des iconos.

Denis Paillard, photographe indépendant

On est trop dans la recherche du sensationnel et du voyeurisme, mais le droit de savoir est peut-être un mal nécessaire.

Olivier Cullmann, Tendance floue

Je n’ai pas envie de me plaindre mais je trouve que les photojournalistes sont trop souvent considérés comme des gens qui n’ont aucun propos, comme de simples illustrateurs. J’ai fait un sujet sur le Chiapas qui n’a jamais eu l’équivalent d’une vraie publication, en dehors de Libé, mais dans un contexte bien précis se rattachant à l’actu.

Laurent Pinsard, photographe indépendant

Arles est mort. Ici il y a une vraie convivialité entre les photographes, du professionnalisme. Je n’aime pas l’art conceptuel, ni les intellos, l’art c’est seulement l’art de vivre, un peu comme on le trouve ici.

Patrick Robert, Sygma (exposition " Sierra Léone, freetown ")

Je trouve qu’on parle beaucoup trop de nouvelles technologies et pas assez des photographes, mais Perpignan est quand-même le dernier endroit où on parle et où on montre de la photographie. Dans un magazine, dans le meilleur des cas, on ne verra jamais que huit photos. (…) Il faudrait résoudre les problèmes de distribution, de marché. On observe une progression du sensationnel ; on montre beaucoup plus les effets de l’histoire que l’histoire elle-même. (…) Il est scandaleux que la presse achète aujourd'hui les grands sujets reportages aux prix de photos d’archives quand les sujets people continuent à être vendus dix fois plus cher.

Sylvie Huet et Laski, (Jean Wotjtek Laski), East News

Laski, (Jean Wotjtek Laski), East News

Perpignan, c’est un oasis qui donne à voir. Aux Etats-Unis d’où je rentre c’est tragique, on ne parle plus de photographes mais de numérisation. Est-ce qu’on va mettre les photographes au musée ? Aujourd'hui, on peut créer un vrai document avec des photographes qui n’en sont pas et qui, avec n’importe quel appareil numérique, peuvent transmettre toutes les images.

(…) En ce qui concerne l’antiaméricanisme récurrent, on a peut-être oublié un peu vite qu’à une époque on a eu peur des géants Sipa, Sygma, Gamma !

Manoocher, AFP

J’ai été frappé par la prestation du représentant de Corbis. C’était un show américain à 100%. Les Français n’ont rien dit, et portant c’est du futur de notre métier qu’il s’agit.

Eric Préau, Sygma

Les soixante-dix premières années sont toujours les plus dures, après, ça va tout seul !

Reza, National Geographic

99, c’est la fin d’un siècle, la fin d’une certaine manière de travailler. Mais la fin de quelque chose, c’est aussi une renaissance, donc c’est douloureux. C’est l’ère de l’électronique, son utilisation est essentielle même si nous ne maîtrisons pas tout.

Agnès de Gouvion-St-Cyr, Inspecteur Général à la photographie

Les photographies n’auront plus besoin d’aucun visa pour voyager. L’aspect positif de Corbis, c’est qu’il faut quelqu'un pour s’occuper de la tuyauterie. A celle-là le photographe devra ajouter son supplément d’âme. Je souhaite que chacun joue honnêtement son rôle.

Ammar ABD-Rabbo, Sipa Press

C’est mon premier Perpignan. C’est excitant d’être dans cette ville avec autant de gens du métier, pas stressés, rassemblés autrement qu’à cause d’une émeute, de voir passer ces hordes de photographes. Je ferai pourtant un reproche à Visa : celui d’être trop axé sur le malheur ; le photojournalisme, c’est aussi des choses heureuses. Je ne voudrais pas que Visa devienne le ghetto des images d’un monde souffrant.

Rémi Gaston Dreyfus, Gamma

Chaque fois qu’on privilégie l’émotion au préjudice de l’information, on commet une erreur. On l’a vu avec l’affaire Diana, on recommence avec la loi Guigou. Nos démocraties ont besoin d’images, de la réalité telle qu’elle est. Ce n’est pas la photographie d’un attentat qui est condamnable, ce n’est pas le messager de la mauvaise nouvelle qui doit être condamné non plus !

Alain Mingam, France Soir

Au contraire de la plupart des visas délivrés pour une durée déterminée, on a l’impression que Visa est là sans limitations. (…) Il faudrait dépasser le temps des regrets. Je souhaite qu’à terme les magazines viennent faire leur marché ici.

Sylvie Rebbot, Géo

Je remarque dans les portfolios que je consulte dans le cadre de Visa des choses très prétentieuses, des sujets noir & blanc " à la manière de ". (…) Je suis contente que Sipahioglu soit la star de ce Visa.

Marc Charuel, photographe, Valeurs actuelles

Je suis ravi que Visa pour l’image se professionnalise à ce point. Les salles sont combles et c’est souvent pour travailler, et pas pour faire la fête. Il y a des expositions sublimes qui avoisinent malheureusement des expos plus médiocres.

Sipahioglu, Sipa

Pourquoi j’ai refusé Corbis ? Je voulais garder ma Sipa ! Mais Bill Gates est un homme remarquablement intelligent, il est le seul à avoir compris la valeur des archives photographiques pour l’Histoire.

Steve Davis, Corbis

Nous définissons des axes de croissance pour assurer un avenir radieux au photojournalisme. (…) Plus le système sera convivial, meilleurs seront les reportages. (…) Nous espérons d’ici un an nous concentrer sur les besoins des photographes et leur permettre d’œuvrer dans un monde respectueux de leurs droits. (…) En ce qui concerne l’achat de Sygma, Sygma reste Sygma dans Corbis.

Patrick Chauvel (il a dit pendant sa conférence)

La crise du photojournalisme ? Il n’y en a pas. Regardez les couvertures de Life il y a trente ans, c’était Marylin ! Comment diffuser mieux les images ? Ca restera une question ! (…) On m’a annulé une parution sur la Tchétchénie parce que Cantona avait giflé un reporter. (…) La télévision ? ce n’est pas un problème, c’est une solution. Aujourd'hui si on veut montrer des images, il vaut mieux faire de la télé. Si j’avais 18 ans aujourd'hui, jamais je ne prendrais un appareil photo.

Roland, (il fait les meilleures pizzas de Canet-plage)

Je dis que la photo, c’est un mélange du bien et du mal, un symbole. (…) Il faut que ça te montes directement à l’esprit.

Sylvie Huet (rapporteuse des " ils ont dit ")

Après les propos de Roland, je me demande s’il faut nécessairement faire de la photo pour la comprendre !