VISA pour un monde meilleur
Il y aurait une crise du photojournalisme ? Oui si l’on en croit
Göksin Sipahioglu qui considère aujourd'hui que la France, ex-berceau du métier, est devenue aujourd'hui son cimetière, non si l’on considère que le même Sipahioglu est à la tête d’une agence qui a pu se passer du coup de pouce américain. On peut dire de la crise si elle existe qu’elle est fédératrice, tout comme se veut l’être l’appel " de Roger Thérond, ex-directeur de Match, contre la loi Guigou, lancé le jeudi 3 septembre après les projections. Trois ou quatre milliers de professionnels réunis dans les rues, à l’hôtel Pams, le soir au Campo Santo pour les projections, et surtout dans les huit lieux d’expositions de la ville ; s’il existe aujourd'hui des Rencontres de la photographie, c’est à Perpignan qu’elle ont lieu, au sens presque physique du terme au cours des fêtes quotidiennes données par les Sipa, les Métis, les groupes Prisma, les Paris Match… mais surtout au sens de l’échange. Même si certaines langues bien aiguisées trouvent ce festival " mondain ", c’est un mondain qui s’ignore au point de devenir populaire. Toutes les questions auront été abordées cette année, les éternelles, liées à la responsabilité de la presse dans la non-diffusion des sujets, les réflexions d’usage qui voudraient voir dans les expositions des images moins spectaculaires, moins noires, moins événementielles, mais aussi les questions " chaudes " liées à la présence du président de Corbis, Steve Davis, et à son tout récent rachat de Sygma, à l’intrusion du numérique dans le photojournalisme, à la sortie imminente du D1 de Nikon au prix dérisoire de 30 000F qui équipera dans les mois à venir (survie oblige) une grande majorité des photographes d’agence.

On peut toujours trouver à regretter : que Perpignan soit le " festival de la prothèse " comme nous l’avons entendu (et observé), que certaines expositions montrent des images qui n’ont aucun lien entre elles, que l’hôtel Pams soit réservé aux " badgés " et laisse sur le trottoir des photographes et leurs portfolios qui ont parcouru quelques kilomètres avec l’espoir d’être mieux reçus qu’à Paris. Que les soirées de projection confondent parfois information et grand spectacle.

N’empêche, Perpignan est peut-être l’endroit où comprendre ce que photojournalisme signifie, avec cette profusion de sujets (trente-quatre expositions et six soirées de projection) comme autant de regards qui prennent le temps de voir (des années quelquefois) pour mieux montrer ce que nos magazines n’impriment pas faute, soi-disant, de lecteurs concernés, l’occasion de regarder (avec trop peu de temps) des " features ", des images qui prennent enfin place dans un contexte et restituent au photoreporter son véritable rôle de journaliste, lui qu’on a souvent tendance à confondre avec un illustrateur.

Sylvie Huet

voir les réactions de quelques professionnels dans la rubrique Ils ont dit "