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Des Images et des mots
Le " Monde " de samedi titrait " Dix photos face à la justice " ;
La Une illustrée par des images célèbres de la guerre du Vietnam, des Camps de concentration nazis, de Bové lagriculteur menotté, exprimait la crainte de la profession journalistique toute entière de voir la presse interdite de photos de reportages dinformation.
La loi Guigou adopté en première lecture par lassemblée nationale le 30/03/99 portait sur le droit des individus à la présomption dinnocence et au respect de la dignité humaine.
Mais que dit la loi :
Article 26
I. Les troisième et quatrième alinéas de larticle 38 de la loi du 29 juillet 1881 précitée sont remplacés par un alinéa ainsi rédigé : " Le fait de diffuser, par quelque moyen que ce soit et quel quen soit le support, la reproduction des circonstances dun crime ou dun délit lorsque cette reproduction porte atteinte à la dignité dune victime est puni de 100 000F damende".
II.- Larticle 39 quinquies de la même loi est ainsi rédigé : " Art.39 quinquies - Le fait de diffuser, par quelque moyen que ce soit et quel quen soit le support, des renseignements concernant lidentité dune victime dune agression ou dune atteinte sexuelle ou limage de cette victime lorsquelle est identifiable est puni de 100 000F damende". " Les dispositions du présent article ne sont pas applicables lorsque la victime a donné son accord écrit".
Sur la même Une de ce quotidien Xavière Tiberi déclarait : " Tant que jaurai un souffle de vie, je me battrai pour Jean ", ironie de lhistoire ou ajustement non dépourvu dun certain humour, la loi Guigou vaudrait un bonus de 100 000 FF à Mme Tibéri, si daventure un malheureux presse-bouton avait un jour la surprise et la stupéfaction de voir la mairesse menottée.
Car la loi est ainsi faite, que pour défendre quelques indélicats de la gent politique, et dieu sait que nombre dentre eux sont assis sur les bancs de la nationale, ils ont dun commun accord, décidés de défendre leurs intérêts de classe et de priver le reste du pays du droit à être informé.
La loi est aujourdhui extrêmement restrictive, et les juges pénalisent lourdement, depuis leffet Diana, les auteurs " dattentats photographiques " à la dignité humaine, il faut voir le nombre de procès intentés aujourdhui par les victimes de conflits, dattentats, et surtout de faits anodins de la vie quotidienne, la simple publication de la photo dun quidam déambulant benoîtement sur le macadam pouvant valoir à son auteur au minimum 10 000 FF damende si la " victime " choisit de lassigner pour " atteint au respect de la vie privée ".
Pour un procès justement intenté à la face des paparazzis, sur lacharnement vénal quils imposent aux idoles dun peuple tout entier dévoué aux cultes des saints modernes, faut-il condamner limage qui informe et qui témoigne ?
Sous prétexte dutiliser la vindicte populaire pour faire passer les lois anti-démocratiques et scélérates afin de protéger le secret de la bassesse et autres ignominies- on nous épargnera alors la vue de personnages cyniques comme Roland Dumas dûment menotté et encadré (sil savérait que la justice le déclare coupable, ce qui est encore une autre affaire), document qui pourrait interpeller dans sa candeur lélecteur et lamener à réfléchir sur les aménagements monarchistes de lesprit républicain.
Le droit étant toujours la raison du plus fort, il nous faut citer en guise de conclusion la loi céleste elle-même qui condamnait déjà les auteurs dimages et il y a de cela déjà bien longtemps.
" Tu ne feras point dimage taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point ; car moi, lEternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punit liniquité des pères sur les enfants jusquà la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent, et qui fait miséricorde jusquen mille générations à ceux qui maiment et qui gardent mes commandements. "
Ancien Testament (Exode, XX, 4-6).
Le mérite de la Loi Guigou sera quand même de donner à réfléchir sur la véritable indignité, à savoir, qui est le plus méprisable, celui qui torture, celui qui est torturé ou bien celui qui montre la torture.
Y.M
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