Ces 16 images représentent un choix personnel fait à partir d’un travail de commande. Photographier tous les membres d’une entreprise afin de produire un « trombinoscope » : document qui rassemble tous les portraits d’un groupe.
D’une manière générale, le trombinoscope est considéré comme le parent pauvre de la photographie. Ça s’explique : peu de temps à consacrer à chaque portrait – 3 mns par personne / 100 personnes dans la journée -, mêmes conditions d’éclairage pour tout le monde. Ça peut ressembler à de l’abattage : un travail photographique à la chaîne, calqué sur le monde du travail ouvrier. Et ça l’est.
Pour moi, cette photo synthétise et exprime l’essentiel de mon rapport à la photographie et au monde d’une manière générale. Un face à face extrême rendu possible par ce tiers qu’est l’appareil photo et la scène du studio.
Je trouve là, parfois, une réponse franche et entière à ma quête identitaire : qui êtes-vous? Qu’est-ce qui vous différencie de moi? Qu’est-ce qui est le même de vous à moi?
Dans ce rapport de frontalité immédiate et d’autant plus intense que le moment est fugace s’expriment des individualités, des « êtres-là ». J’essaie d’être le passeur, celle qui les aide à habiter le plus sereinement ce moment et à faire en sorte que la personne se pose un instant dans le tourbillon de la vie. En trois minutes ! Le pari est grand, il est excitant, il faut être patient et persévérant pour que ces quelques petits miracles surviennent. Malgré l’énergie que j’y emploie et ma quête effrénée de l’identité, cela relève toujours du miracle que quelqu’un accepte de se laisser voir et ainsi de se dévoiler dans sa singularité.