Interview de Léa Habourdin

Mention spéciale du jury de la Bourse du Talent #46 Mode

 

Née en 1985, Léa Habourdin a étudié à l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles, d’où elle sort diplômée en 2010. Ses travaux ont été exposés cette année au festival des Boutographies, à Montpellier, et à la galerie AK*Artgentik, à Luxembourg. Elle dédie aussi son temps au projet Europehophop, avec 26 autres photographes originaires de différents pays européens. Elle s’exprime aujourd’hui sur la naissance et l'importance artistique de son projet Cahier de doléances, qui vient de recevoir la mention spéciale du jury de la Bourse du Talent #46 Mode.  

Léa Habourdin, Cahier de doléances

Photographie.com : Qu’est ce que ce prix représente pour vous ?

Léa Habourdin : Je vois ce prix un peu comme un tremplin : c’est un prix très connu, qui est capable de mettre les lauréats sous les projecteurs, pour prendre un peu le langage de la mode.

Photographie.com : Comment ce projet est-il né ?

Léa Habourdin : Cahier de doléances est parti de trois recherches : la première c’est la lecture de l’Erotisme de Georges Bataille, la deuxième c’est mon amour pour la sculpture baroque italienne, et pour cet érotisme qui s’en dégage mais aussi pour tous les plis et les corps ; et le troisième élément, c’est l’idée de parade, de prédation dans le monde animal, sauvage. Après beaucoup de réflexion, je me suis dit, peut-être que dans le monde humain, les échanges avec l’Autre sont aussi de l’ordre de la parade ou de la prédation.

Photographie.com : Quelle approche avez-vous utilisée pour la réalisation de cette série?

Léa Habourdin : Dans cette série, il y a à fois des photographies d’humains, résultat d’une prise de vue au jour le jour, des snapshots en argentique. Ensuite, il y a tout ce qui touche au monde animal, et pour ces photos j’ai visité peut-être une vingtaine de zoos en Europe. Chaque fois que j’arrivais quelque part lors de mes voyages, je cherchais d’abord le zoo et les musées d’histoire naturelle. Je pourrais écrire un guide des ménageries européennes ! (rires) Après, il y a tout un travail de relier ces deux mondes. 

Photographie.com : Quels sont les éléments qui  vous ont fasciné le plus dans le monde animal ?

Léa Habourdin : En ce qui concerne le pélican dans ma série, j’ai été fascinée par la texture de son plumage, tout l’enchevêtrement, la façon dont ses plumes se sont mises en ordre, qui est très tactile en fait. Dans le cas de l’ours blanc, il y a non seulement ça, la texture de son plumage, mais aussi le mélange entre la légèreté et la lourdeur qui est propre à tout animal un peu énorme plongé dans l’eau. Et en plus il est en train de chasser, il y a cette idée de sauvage, alors qu’un ours il y a toujours l’idée d’ours en peluche, objet qui demande à être caressé, alors que là l’ours fait très peur.

Photographie.com : De combien de temps avez-vous eu besoin pour réaliser cette série? A-t-elle déjà été exposée ?

Léa Habourdin : J’ai mis deux ans pour le faire, et deux ans pour en faire la promotion, essayer de l’exposer, le faire connaître. Une partie a été exposée pendant les rencontres d’Arles en 2010, et l’intégralité a été exposée pendant les Boutographies de Montpellier cette année, où j’ai obtenu le premier prix. Il y a eu aussi en 2010 la projection de toute la série en Voies off des Rencontres Internationales de la Photographie.

Photographie.com : Avez-vous déjà en tête votre prochain projet ?

Je suis en train de finir une nouvelle série, mais pour l’instant je ne lui ai pas trouvé de titre. Elle parle de l’impossibilité de retrouver un monde sauvage, sauvage comme nos origines, ou comme le jardin d’Eden... 

Propos recueillis par Roxana Traista