À l'occasion de son exposition à la Galerie Photo FNAC de Nice, le photographe Franck Gérard raconte son travail dédié à son grand-père, et à une génération en train de disparaître.
Photographie.com : Parlez nous de votre série Sur la terre. Comment est-elle née ?
C'est une série dédiée à mon grand-père, elle est composée de deux parties. J'ai commencé la première en 2007, je l'ai photographié chez lui dans son village La Forêt-sur-Sèvre. En mars 2010, mon grand-père a fait une chute et il est allé en maison de retraite. Dans la deuxième partie, La visite, exposée en ce moment à la FNAC, je le photographie entre sa maison de retraite (où j'ai fait très peu d'images) et sa maison vide.

© Franck Gérard
Ce projet est né suite à une invitation de Raymond Depardon aux Rencontres d’Arles en 2006. Il avait réuni 17 photographes de la « jeune génération ». À l’issue d’une interview où il conseillait à ces derniers de ne pas être trop révérencieux et même d’adresser un bras d’honneur à l’ancienne génération, quatorze d’entre nous avons décidé de nous réunir de manière informelle, et de travailler parallèlement à sa commande sur la France.
Nous l'avons donc pris au mot, et chacun a travaillé sur un sujet qui lui tenait à coeur, quelque chose d'assez obsessionnel.
Photographie.com : Et vous avez choisi de photographier votre grand-père. Pourquoi ?
Cette série est un hommage à mon grand-père ; c’est quelqu'un de très important pour moi. Je pense d'ailleurs que c'est grâce à lui que je suis devenu artiste. Quand j'étais enfant, on se promenait beaucoup ensemble, et à travers des activités aussi simples que la pêche, aller chercher des champignons, il m'a appris à regarder le monde.
Je parle ici de la figure du grand-père, qui est universelle ; les gens voient souvent leurs propres grands-parents dans mes photos.
Cette génération est en train de disparaitre (il n'a jamais eu de téléphone « portable », d'internet) ; j'ai voulu mettre en évidence son univers, sa relation à la campagne, à la terre.

© Franck Gérard
Photographie.com : Comment les prises de vues se sont-elles déroulées ? Est-ce qu'il a été facile de photographier votre grand-père ?
Non, au contraire. Mon grand-père est une personne très humble, alors au début il luttait contre moi, il me disait "arrête, tu m'embêtes, ne me prends pas en photo, je ne suis pas intéressant…". Donc j'ai toujours dû le photographier très rapidement ; les quelques fois où il a vraiment posé pour moi, cela n’a duré que trois secondes, mais pour lui c'était déjà trop long. Maintenant, je suis sûr qu'il en est fier, sans qu'il me l'ait vraiment dit.

© Franck Gérard
Photographie.com : Est-ce que maintenant vous considérerez ce travail abouti ?
Je ne l'ai pas repris en photo depuis septembre ou fin août, mais je pense que je vais le photographier encore.
C’est une série qui ne pourra s’achever qu’avec la disparition de mon grand-père. La mort est finalement quelque chose d'abstrait pour moi, et je pense que la photo peut m’y préparer : la photo comme thérapie physique et spirituelle…
Photographie.com : Cette série à été exposée à plusieurs occasions en France. Avez-vous eu des retours de la part du public ?
Il y a beaucoup de gens qui m'envoient des messages et me disent qu'ils sont très touchés par ce travail…

© Franck Gérard
Photographie.com : Est-ce que cela vous surprend ?
Quand on regarde une photo, on l'interprète forcément. J'imagine que ces images les renvoient à leurs propres histoires, leurs propres souvenirs, une histoire commune, de fait : je pourrais aller dans une autre maison dans une autre région de France ou d'Europe, il y aura les mêmes objets, les mêmes choses figées comme les photos des petits enfants, le même décor qui semble ne pas avoir changé depuis des siècles.

© Franck Gérard
Photographie.com : Comment est née votre collaboration avec la FNAC ?
Avant qu'elle soit exposée par la FNAC, ma série Sur la terre avait déjà été exposée aux Rencontres d'Arles, à la Bibliothèque Nationale de France, pendant le Mois de l'image à Dieppe… Marion Hislen de la FNAC a vu mon travail, elle a été touchée, elle en a parlé à Hervé Marchand, le directeur de la Quinzaine Photographique Nantaise, et ils ont décidé de m'exposer. Ils m'ont produit de nouveaux grands tirages, dont un portrait de mon grand-père, dont je suis très fier.
Grâce aux expositions de la FNAC, j'ai pu toucher un nombre plus important de personnes - je suis très heureux de leur engagement, ça fait longtemps qu'ils défendent la photo.

© Franck Gérard
Photographie.com : Quels sont vos projets pour l'avenir ?
Je suis actuellement en résidence au domaine de Kerguéhennec en Bretagne, où je travaille sur le paysage. J'ai aussi des projets de conférences « performées » où je présente mon travail sous forme de projection. J'ai déjà fait une performance de ce genre, où j'ai parlé pendant huit heures ; la prochaine fois, cela devrait durer 12 heures !
Propos recueillis par Roxana Traista
Sur la terre. Franck Gérard. Du 7 janvier au 27 février à la Galerie Photo Fnac de Nice.
Biographie de l'artiste :
Franck Gérard est né en 1972 à Poitiers.
Il vit à Nantes et travaille In Situ.
À l’âge de 18 ans il rentre à l’école des Beaux-Arts de Nantes où il choisit comme support d’expression majeur la photographie. Diplômé, il est invité à faire sa première exposition au Confort Moderne à Poitiers.
Le 13 juillet 1999, suite à un accident violent, il décide de pratiquer la photographie au quotidien et met l’humanité au centre de son travail; ce corpus se nomme En l’état.
En 2000, il est en résidence à La Cité Internationale des Arts à Paris dans le IVème arrondissement.
De 2001 à 2003, il vit entre Paris-Belleville et l’Île de Vassivière où il travaille sur une commande publique du CNAP, en collaboration avec le centre d'art et du paysage de Vassivière en Limousin. Il questionne les conséquences politiques et économiques de l’activité humaine sur le paysage. L’exposition a lieu en 2003.
Après quelques expositions et achats par des artothèques, il expose en 2005 lors d’une biennale d'art contemporain intitulée Romanes, à Melle dans les Deux-Sêvres, un travail mené in situ intitulé Économie de marché.
Invité par Raymond Depardon à exposer aux Rencontres internationales de la photographie d’ Arles durant l’été 2006, puis au musée des Beaux-Arts de Nantes en février 2007, il continue ensuite à produire des images pour différents projets comme la manifestation Estuaire, Nantes/Saint-Nazaire, 2007 ou une résidence à Poitiers axée sur une ancienne cité d’urgence nommée Pierre Loti.
Durant l'année 2009, il a été invité à saisir le monde en Lorraine par le centre Georges Pompidou-Metz, à exposer au musée d'Art Contemporain de l'université de Sao-Paulo, à la fondation Ricard à Paris ou encore aux rencontres photographiques de Lorient après une résidence de deux mois à Kiel en Allemagne.
Le 16 octobre 2009 a eu lieu sa première exposition personnelle à Paris à la galerie Briobox.
Il expose en 2010 un témoignage sur son grand-père (Sur la terre.) aux rencontres d’Arles et à la Bibliothèque Nationale Française.