L’interview Pro : Charlie Surbey

Chaque mois photographie.com réalisera une interview d’un photographe commercial. Pourquoi ? Parce que dans « commercial » il y a le mot commerce. Pour survivre dans la photo, il faut manger tous les jours !

Charlie Surbey est un photographe Britannique, spécialisé dans le portrait et la nature morte. Ce talentueux quadra est l’auteur d’une photographie spectaculaire. Sa maîtrise de la lumière lui a permis de développer un style immédiatement reconnaissable. Surbey plonge ses modèles dans un univers de pastels évanescents.

Depuis vingt ans de prestigieux clients (Paul Smith, BMW, Microsoft, Esquire) lui confient leurs campagnes publicitaires. Alors que l’Angleterre demeurait plongée dans un confinement brutal, Charlie Surbey a répondu aux questions de photographie.com

Raconte-nous tes débuts dans la photographie ?

J’étais étudiant à l’université de Salisbury (une coquette ville du sud-ouest de Londres) où j’ai découvert avec passion la photographie. J’ai obtenu un diplôme en 1998 ainsi qu’un prix national. Ce prix m’a permis de déposer ma candidature en tant qu’assistant auprès de grands photographes.
Mes professeurs voulaient que je fasse une maîtrise et ils me promettaient une carrière prestigieuse dans le monde de l’art contemporain. Je n’ai pas souhaité cette route, dès cette époque je voulais faire de la photographie commerciale.

Quels furent les premiers domaines dans lesquels tu as travaillé ?

Deux essentiellement : Les produits et les boissons. Deux domaines faciles à produire lorsque l’on est étudiant. Il suffit de se rendre au supermarché du coin et d’acheter une bouteille de bière. Faire de la  photographie de mode ou de voiture est beaucoup plus onéreux.

Quelles étaient tes influences artistiques ?

Dès mon apprentissage à l’université, j‘ai été influencé par les photographes publicitaires : Nadav Kander, Frank Herholdt, Peter Dazeley dont j’ai été l’assistant. C’est en travaillant pour eux à Londres comme freelance que j’ai pris ce qu’il y avait de mieux chez chacun d’entre (la lumière, la composition).

Il y a vingt ans, une séance de shooting chez un grand photographe était un vrai spectacle ! Le client et le directeur artistique venaient au studio. Il fallait divertir tout ce monde. Une fois la prise de vue réalisée, on envoyait les films au laboratoire. En attendant le résultat, on buvait des coups ensemble.
À l’ère du numérique, ce type de journée n’existe quasiment plus. Il n’y a plus de temps mort. Le photographe opère sa propre retouche et contrôle l’ensemble du processus créatif.

Que t’ont appris ces grands photographes en termes de promotion et de marketing ?

L’idée de base est de faire en sorte que le client pense toujours à toi. Peter Dazeley produisait des cubes de papier à son nom. Le type de cube sur lequel on écrit et que l’on trouve sur les bureaux. Par ailleurs, il envoyait tous les mois, des cartes postales personnalisées aux directeurs artistiques des agences.

Aujourd’hui, il est beaucoup plus facile de faire la promotion de son travail par le biais des réseaux sociaux. Mais comme c’est facile tout le monde le fait, d’où une avalanche d’images.
Pour lutter contre cela, il faut développer les relations humaines. Ne pas hésiter à prendre des nouvelles de ses clients (envoyer des fleurs, aller prendre un verre). L’aspect personnel est devenu peut-être encore plus important du fait des réseaux sociaux.

Il y a un aspect spectaculaire dans ta photographie dans le mélange de tons froids et colorés. Comment réussis-tu à créer ces pastels incroyables ?

Ces couleurs froides définissent mon style. J’illumine les objets ou les personnes avec de la gélatine colorée. Pour éclairer un modèle, j’utilise 5 à 6 flashs différents. Ma lumière générale se trouve à 4 ou 5 mètres derrière moi, équipée d’une gélatine bleue. J’éclaire ensuite le sujet avec un « beauty dish » (sans gélatine). Derrière le sujet, je place des lumières équipées de gélatines oranges.

Pour les natures mortes, je ne travaille pas avec une pléiade de miroirs ou de réflecteurs. J’illumine les objets selon différents angles.  Au moment de la postproduction, je rassemble l’ensemble de ces lumières.

La majorité de ma lumière vient par-derrière. Elle permet de souligner la ligne d’une épaule ou d’une partie du visage. Lorsque je photographie à l’extérieur, je place toujours le soleil derrière mon sujet. Avec un réflecteur, on peut ramener de la lumière sur le visage du modèle.
C’est le conseil que je donnerai à un photographe : Ne pas jamais éclairer de face. La lumière écrase tout et la profondeur disparaît.
En éclairant par-derrière on crée une sorte de cercle évanescent derrière le modèle. En postproduction, j’accentue en rajoutant des « flare ».

Depuis quelques années tu as diversifié ton portfolio, pour quelles raisons ?

J’ai d‘abord commencé à faire des portraits car je trouvais mon portfolio de produits parfois monotone. La diversité permet de maintenir l’attention. Je voulais aussi retrouver un lien avec les gens.
Ma série sur les infirmières m’a permis de mieux comprendre leurs vies. Je réalise aujourd’hui autant de portraits que de produits. J’ai commencé une série sur les animaux qui me passionne.

L’ironie de mon parcours réside dans ma situation actuelle : 23 ans après avoir commencé ma carrière dans la photo commerciale je me tourne progressivement vers une photographie plus artistique. Aujourd’hui, j’essaye de trouver un équilibre entre les deux.
Mon agent parfois se plaint de la diversité de mon portfolio, affirmant que cela crée de la confusion.

Quels conseils donnerais-tu  à un jeune photographe qui débuterait dans le métier ?

Une bonne formation au départ est fondamentale, en école ou en université. Il faut profiter de ces années pour développer son propre style.
Depuis quelques années, certaines marques confient leurs campagnes publicitaires à des influenceurs. Ils n’ont aucun savoir technique et arrivent au studio avec leurs iPhones. Or réaliser une image avec un moyen format est beaucoup plus difficile. Il ne s’agit pas de coller une bibliothèque de filtres sur un visuel. Pour faire la différence avec les influenceurs, il faut connaître la technique et développer son propre style.

 

 

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