Patrick Ganansia vous avez associé à l’entreprise Herez que vous dirigez, cette notion de culture patrimoine…

Herez est une société de conseil en gestion de patrimoine, c’est-à-dire que l’on prend soin du patrimoine dans sa globalité. Nous aimons cette notion de culture patrimoine, c’est-à-dire une vision à 360° du patrimoine de nos clients où on les emmène et où ils ont envie qu’on les emmène.

Vous avez la réputation d’emmener vos enfants visiter les galeries d’art chaque samedi. Tout en étant un chef d’entreprise, vous aimez l’art…

Ce n’est pas forcément chaque samedi ! Mais c’est vrai que c’est une passion pour moi, et je suis très heureux de passer du temps avec eux pour la partager. C’est aussi pour écouter leur regard car il n’est jamais le même que le mien. C’est une notion de transmission, mais avant tout, c’est une notion de partage avec mes propres enfants pour développer leur regard. Il y a aujourd’hui des artistes dont les œuvres sont très accessible en terme de vision pour les enfants et d’autres sont plus difficiles, mais l'appréciation de ces œuvres plus ardues vient avec un regard qui aura évolué. Plus on regarde, plus on comprend. Et moi, je suis très heureux comme d’autres pères qui pourraient être passionnés par la musique ou d’autre choses, de partager celle de l'art avec mes enfants. Quand ensemble on regarde une même œuvre, chacun ne voit pas la même chose, c’est ce qui est magique dans l’art.

Parlez-nous de la collection d’Herez. Comment s’est-elle constituée ?

C’est comme une histoire d’amour ! Constituer une collection c’est un acte d’engagement. On a une passion donc elle peut se transformer en acquisition. L’acquisition c’est aussi le plaisir du collectionneur qui est un mélange de découverte et d’accumulation. Ce sont deux mots différents qui résonnent très bien dans l’esprit d’un collectionneur.
Nous collectionnons au travers d’Herez un grand nombre de photos mais pas seulement, car la collection est protéiforme. Elle inclut en effet d’autres formes d’artistique, comme la peinture, la sculpture et le dessin. C’est une collection qui est très variés, avec des artistes très différents qui ont tous un point commun : ils provoquent une grande évasion. Et cela fait maintenant une bonne dizaine d’années que l’on a transformé cette passion dans l’art, au départ avec ma famille, puis avec d’autres personnes chez Herez en un un schéma de collection qui est dans nos bureaux et permet tant à l’équipe qu’aux clients de profiter tous les jours de ce regard sur un autre monde.

Comment définir l’esprit des photographies au sein de la collection ?

La photographie est surement la forme artistique la plus accessible visuellement parlant, mais également son accession financière est plus facile que la sculpture ou la peinture. Au fur et à mesure que son œil parcourt les galeries, les musées ou les rencontres avec les photographes, on voit de nouvelles choses à l’intérieur d’une même photographie donc nous avons différentes strates. C’est intéressant de se dire qu’à chaque fois que l’on évolue, on va voir différentes choses dans ces photographies.
Au départ, c’était ce qui était le plus accessible intellectuellement, voire financièrement, et par la suite, la photographie nous apporte autre chose. C’est un regard multiple sur le monde. Suivant les différentes thématiques de la photographie on va s’enrichir intellectuellement de beaucoup de choses différentes.
On a jamais voulu être fermés –d’autres collections peuvent être spécialisées sur des thématiques ou sur un nombre restreint d’artistes–, cela n’a jamais été notre choix parce que nous ne sommes pas des experts et qu’on se laisse embarquer dans l’évasion que nous apportent ces photographes qui peuvent être jeunes et inconnus ou d’autres qui peuvent être reconnus. On se laisse porter par leurs regards et par le voyage qu’ils nous offrent davantage que par leur réputation. Des photographes dans la collection, il y en a beaucoup dont on pourrait parler. Je citerais Marie Benattar que nous avons accompagné ou Isabelle Chapuis qui ont remporté la Bourse du Talent et qui sont des jeunes artistes photographes prometteurs. On va avoir des artistes qui sont déjà successful avec une réputation importante comme Valérie Belin qui réalise un magnifique mix entre photographie et art contemporain ou Courtney Roy qui s’amuse par ses scénarios à nous embarquer dans des univers complètement fou des années 60 des États-Unis. Puis on va aussi avoir des artistes comme Michel Kenna dont l’empreinte britannique est très intéressante à travers des photographies souvent de paysages ou de nature morte avec un regard très particulier. Et puis, nous avons des artistes qui malheureusement nous ont quittés, comme Marc Riboud que nous avons eu la chance de rencontrer et dont nous avons acquis plusieurs de ses tirages qui complètent dans nos bureaux la dimension de voyage pour nos visiteurs et nos collaborateurs.

Que représente cette collection pour l'entreprise et ses collaborateurs ? La photographie leur a-t-elle apporté de nouvelles valeurs ?

L’entreprise réunit ses collaborateurs à ses clients, et l’essence même de la société aujourd’hui c’est de venir répondre à un certain nombre de besoins qu’ont nos clients avec une équipe de collaborateurs formidables. La plupart des rendez-vous ont lieu dans nos murs et dans un cadre où l’on est content de faire partager notre amour pour certaines choses. À travers ces photographies ou d’autres d’autres œuvres d’art, on vient exprimer un certain nombre de valeurs que nous partageons dans l’entreprise. C’est aussi pour nous un moyen de faire découvrir des artistes à nos clients. Nombre d'entre-eux m’ont demandé les coordonnées des galeries où nous avions acquis tel ou tel photographe . Et cela permet aussi aux collaborateurs de découvrir des choses sur de médium qui est pas forcément leur passion première. C’est un univers de valeur et de passion que nous mettons tous en commun. C’est aussi simple que cela.
Ainsi, nous créons des liens beaucoup plus profond nos clients autour cette notion de valeur et de partage. C’est une manière pour un client qui viendrait chez Herez de voir qu’il se trouve bien, au-delà des visages qu’il va qu’il va avoir en face de lui, avec des images portant un message d’une toute autre dimension que des images banales.
Aujourd’hui je n’imaginerais pas un Herez sans photographie et sans art, comme je n’imaginerais pas un Herez sans clients. L’entreprise est aujourd’hui intimement associée à cela et nos clients ont pris l’habitude de voir de nouvelles choses lorsqu’ils viennent dans nos bureaux et peuvent s’intéresser à certains artistes et photographes grâce à cela. Et si l’on peut jouer par notre mise-en-avant un rôle pour eux, c’est une belle réussite. Je suis un collectionneur passionné qui est heureux de découvrir de nouveaux talents et de les faire partager avec des gens que l’on aime.

Vous avez créé un nouveau prix Herez Corpo qui est celui de la commande photographique. Ce prix est novateur à plus d'un titre. Il passe tout d'abord par une véritable commande photographique qui sera choisie par un jury d’exception dont ses membres sont issus du monde de l’art.
C'est un message fort puisque la photographie commerciale – considérée comme “art appliqué”– est rarement associé à la création artistique.

On a voulu développer cette idée d’un prix et Herez Corpo car nous avons réalisé qu’en France cette discipline de la photographe de la photo corporate est vraiment sous-valorisée. On considère que c’est une photographie à la marge alors que dans de nombreux pays européens une photographie de commande a le même statut que la photo de mode ou de paysage. C’est une formidable idée de mettre en avant ces photographes qui ont autant de talent que les autres et leur donner ainsi l’occasion s’exprimer à travers une commande. Notre rôle c’est d’organiser ce prix avec un jury qui est formidable pour nous aider à choisir le lauréat et de valoriser son talent.

Vous avez voulu aller encore plus loin puisque ces photographies issues du travail de commande intégreront la collection de Herez.  Par cette acquisition, le photographe bénéficie d'une valorisation qui lui permet d'intégrer le champ de la création artistique.

En effet, il est souvent très difficile pour un photographe d’intégrer le marché de l’art. Par cette reconnaissance qu’apporte le prix Herez Corpo, l’intégration dans sa collection réalise cette validation et son entrée dans le monde de l’art.

Rencontre avec Patrick Ganansia, dirigeant d'Herez qui lance le Prix Herez Corpo.